Ce 29 février marquait la première journée de Gianni Infantino au Siège de la FIFA, à Zurich. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que cette journée fut intense. Le nouveau Président de la FIFA a non seulement pris possession des lieux, mais il a également pris part à un petit tournoi de football à sept contre sept, en présence de grands noms du football mondial. Il a aussi trouvé le temps de répondre aux questions de FIFA.com.

Nous avons pu lire l’émotion sur votre visage à l’annonce des résultats du deuxième tour. Pouvez-vous nous dire à quoi vous avez pensé en réalisant que vous étiez devenu le Président de la FIFA ?

Je crois que je n’ai toujours pas réalisé. Tout était très confus. Toutes les émotions qu’un être humain peut ressentir, je les ai ressenties : joie, fierté, responsabilité... le poids de la mission dans laquelle vous vous embarquez, mais aussi la passion, et l’énergie de faire ce qui est bon. Oui, vraiment, imaginez tout ce que vous pouvez imaginer au même instant jusqu’à ce que vous ne pensiez plus à rien du tout. Vous ressentez, c’est tout. Mais des émotions, c’est ce que doit être le football.

En parlant d’émotions, on vous connaît comme dirigeant du football, mais quel est le supporter qui sommeille en vous ? Quelle importance le football a-t-il eue pour vous ?
Le virus du football m’a contaminé très jeune, grâce à mes parents et à mon père en particulier. J’étais un grand inconditionnel, je suivais mon équipe partout. Je me souviens que lorsque je lançais "Je vais au match !", j’étais en général habillé d’un jeans et du plus vieux de mes T-shirts. Maintenant, quand je vais au stade, je dois mettre un costume cravate. Je crois que nous devons changer ça et redevenir - nous aussi les dirigeants et officiels - des supporters, et moins des politiciens. Si chacun peut se souvenir qu’il est à la base un amateur de football, notre sport se portera bien mieux.

Quel était votre poste sur le terrain ?

Normalement sur le banc - et si vous m’avez vu jouer ce 29 février, alors vous savez pourquoi... (rires) Plus sérieusement, j’aimais jouer en attaque, mais je ne marquais pas beaucoup de buts. Au final, je ne jouais que parce que ma mère lavait les maillots du club. Je jouais de temps en temps, quand nous menions au score et que l’entraîneur n’avait plus grand chose à craindre. Mais jouer a toujours été un plaisir, dans ma jeunesse, et encore aujourd’hui.

Quelle est votre relation avec la Coupe du Monde de la FIFA™ ? Quels sont vos premiers souvenirs ?
Ça remonte à 1978. J’avais huit ans et je commençais à regarder la télévision avec mon père. Je me souviens de Daniel Bertoni et Mario Kempes en finale contre les Pays-Bas. Je me souviens aussi de la sélection italienne qui avait bien débuté avec Paolo Rossi, Antonio Cabrini, etc. Et puis je me souviens aussi très bien de l’édition 1982, gagnée par l’Italie. J’avais 12 ans et cela m’a beaucoup marqué. Et je revois cette même passion ici en Suisse, qui est un pays très international. Comme l’an dernier lors de la Coupe du Monde, tous les matins en amenant les enfants à l’école : les parents, les enfants, tout le monde parle de son équipe - Algérie, Allemagne, Suisse Angleterre ou autre - et c’est là qu’on se rend compte de l’importance de la Coupe du Monde. Il ne faut jamais l’oublier. Nous devons protéger cette compétition.

Quelles idées avez-vous en particulier pour cette Coupe du Monde ?

Ce n’est pas un secret, j’aspire à faire passer la phase finale de la compétition à 40 équipes. Quarante, cela ne représente que 19% de nos membres, ce qui n’est pas énorme si l’on compare aux phases finales des compétitions continentales qui rassemblent entre 30% et 100% des membres des confédérations. Nous donnerions donc à huit équipes la possibilité de participer à cette grande fête, et à bien davantage d’équipes de disputer les qualifications avec l’espoir d’y participer. Il y a bien sûr une multitude d’aspects à considérer comme par exemple le calendrier, mais je pense que l’impact sera négligeable. Après, il est évident qu’il faut tout analyser en détail, avec sérieux, et ensuite avancer.

Qu’en est-il des autres compétitions de la FIFA ?
Féminines ou masculines, les compétitions de jeunes sont bien sûr extrêmement importantes. Il faut aussi se pencher sur les catégories d’âge : sont-elles toujours les bonnes ou doit-on commencer plus jeune ? Il nous faut également voir s’il est judicieux ou non d’avoir là aussi davantage d’équipes en phase finale ou, en tous les cas, nous assurer que l’on peut disputer des compétitions internationales au niveau local, avec l’aide de la FIFA. Tous les pays ne peuvent pas disputer une Coupe du Monde. Certains pays n’y participeront jamais et seront même loin de pouvoir en rêver. Mais, hommes ou femmes, jeunes ou adultes, le droit de pratiquer le football reste le même. La FIFA se doit d’être là pour ces pays, car la compétition est à la base de tout.

Pouvez-vous nous dire quelles sont vos attentes quant à certains événements de votre première année de mandat ?
Il y a tout d’abord les qualifications pour la Coupe du Monde en Russie : c’est le grand rassemblement des équipes du monde entier qui rêvent de disputer la phase finale. Puis deux compétitions féminines de jeunes : pour les moins de 17 ans en Jordanie et les moins de 20 ans en Papouasie-Nouvelle-Guinée. C’est important d’amener le football féminin dans ces pays, d’y ouvrir les portes d’une nouvelle époque. J’y serai sûrement et ce sera un plaisir. Il est important de montrer au monde que nous croyons en ces pays et à l’impact que les compétitions peuvent avoir aux niveaux national et régional.

Au-delà des compétitions, le développement du football est une autre mission essentielle de la FIFA. Quelle est votre conception du développement ?
J’ai voyagé dans de nombreux pays aux quatre coins du monde et j’ai vu de mes propres yeux quels sont les besoins. Je pense que nous pouvons et devons faire beaucoup dans ce domaine, et je pense aussi qu’il est possible de faire beaucoup avec pas grand-chose. Ce que je pense surtout, c’est qu’il faut effectuer des investissements sur-mesure, car les besoins ne sont pas les mêmes au Bhoutan, à Madagascar, en Suisse ou au Paraguay. Nous devons veiller à cibler au mieux chacune de nos associations membres, et à les aider à y développer le football en fonction de leurs besoins spécifiques.

Peut-on dire qu’il existe un besoin d’augmenter la participation des joueurs et anciens joueurs dans les processus décisionnels du football ?
Nous devons écouter les joueurs et les impliquer dans nos activités, qu’il s’agisse de développement ou d’initiatives sociales, et pas seulement dans les prises de décisions. Notre responsabilité est grande en termes de responsabilité sociale. Nous avons vu que les anciens joueurs aiment participer aux activités de la FIFA. Ils aiment rendre au football un peu de ce qu’il leur a apporté. Nous devons trouver le moyen de les inclure et c’est pourquoi une de mes priorités est de monter cette équipe de légendes pour briller pour la FIFA et avec la FIFA partout dans le monde.

Votre agenda vous amènera aussi à participer à l’assemblée générale annuelle de l’IFAB, dont l’ordre du jour prévoit d’aborder la question de la vidéo pour aider les arbitres. Que pensez-vous de cette question ?
L’aide technologique est évidemment un sujet important qui doit être sérieusement étudié. Nous sommes en 2016 et on ne peut pas occulter la technologie. La technologie sur la ligne de but est déjà une réalité. Nous devons nous pencher sur ce dossier et faire des tests en conditions réelles pour voir dans quelles circonstances la vidéo peut être utilisée. C’est en effet important voire essentiel de voir l’impact que cela a sur le déroulement d’un match. Une des particularités du football est sa fluidité, il ne s’arrête pas à l’inverse de nombreux autres sports où l’on a le temps de regarder des vidéos. Si cette fluidité est assurée, alors nous devrons voir comment la technologie peut nous aider. Quoi qu’il en soit, des tests sérieux devront être effectués le plus tôt possible.

Pensez-vous possible de trouver l’équilibre entre davantage de technologie et cette nécessaire fluidité ?
Absolument. Les technologies évoluent et sont de plus en plus performantes. Donc si nous pouvons nous en servir pour aider les arbitres à prendre la bonne décision, c’est aussi une composante de la transparence. Et ce à quoi nous devons nous atteler.

Après l’IFAB, ce sera au tour de la deuxième conférence de la FIFA sur le football féminin et le leadership, le 7 mars. Quelles sont vos idées en matière de football féminin ?
Nous devons élaborer notre stratégie pour le football féminin. Pour le terrain certes, mais aussi en dehors car il faut des femmes dans les instances, qu’il s’agisse de nos membres, des confédérations ou de la FIFA. Les réformes ayant été approuvées, cet axe est dorénavant ancré dans les Statuts. C’est pourquoi le 7 mars est une date importante. Comme pour le développement du football en général, nous devons cibler chaque pays en fonction de ses besoins. Avoir une stratégie globale n’est pas pertinent, car ce qui vaut pour l’Allemagne ou les États-Unis ne vaut pas pour la majorité des autres pays. Nous devons donc nous appuyer sur l’expertise de ces deux grandes nations - pour ne citer qu’elles - et aider les autres pays à mettre en œuvre des programmes sur mesure. Avec la volonté de développer le football féminin que je perçois partout dans le monde, je pense que nous pouvons obtenir d’excellents résultats.

Nous avons commencé cet entretien en évoquant l’amour du ballon rond. Or, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer le gouffre qui existe entre la FIFA et la les amateurs de football en général. Quel message pouvez-vous leur adresser ?
Je veux qu’ils aient confiance en nous. Qu’ils aient confiance en moi, parce que je suis aussi un amateur de football. Je suis comme eux. J’aime le football. Je sais ce que c’est que de parcourir des kilomètres et des kilomètres pour voir jouer son équipe, car je l’ai moi-même fait très souvent. Je sais ce que cela veut dire d’aimer le football et de suivre son équipe. Le football n’est rien sans ses supporters. Nous avons besoin des joueurs et aussi des supporters, et je pense que ces deux éléments ont été trop longtemps négligés. Il est temps de changer ça. Il est temps de les inclure, et de les associer à notre travail.