Les chicas sont bien là
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Leur qualification pour la phase finale de l’UEFA EURO Féminin 2013, qui se disputera en Suède du 10 au 28 juillet prochains, a été à la fois historique et spectaculaire. Historique car cela faisait 15 ans que l’on n’avait pas vu l’Espagne dans la compétition reine du Vieux Continent. Spectaculaire car le sésame a été décroché grâce à une victoire in extremis lors du barrage contre l’Écosse, quelques secondes à peine après un penalty manqué.

Ce succès est le fruit du travail de longue haleine de nombreuses personnes et secteurs qui ont œuvré dans la discrétion pour que la Roja ne soit pas uniquement une affaire d’hommes. Aujourd’hui, les filles se joignent enfin à la dynamique positive du football espagnol. "C'est un rêve qui se réalise. Ce match a été invivable, très compliqué, très éprouvant sur le plan nerveux mais finalement, on atteint un objectif après lequel on courait depuis longtemps : aller à l'Euro", se réjouit l'attaquant espagnole Adriana Martín, interrogée par FIFA.com.

De nombreux changements
Lentement mais sûrement, le football féminin est en train de grandir en Espagne. La Superliga, qui regroupe 16 clubs, se consolide progressivement et les sélections de jeunes commencent à gagner. C'est ainsi que les U-17 ont remporté deux fois le Championnat d'Europe et rapporté une médaille de bronze de la Coupe du Monde de Football Féminine de la FIFA, Trinité-et-Tobago 2010.

"Ce que nous accomplissons tient du miracle car en Espagne, nous comptons aux alentours de 25 000 licenciées féminines. Nous arrivons à regarder dans les yeux des pays où cette discipline a une tradition et un enracinement beaucoup plus forts", assure Ignacio Quereda, sélectionneur des seniors.

"De nombreux de changements sont intervenus au cours des 15 dernières années. Autrefois, il n'existait pratiquement pas d'équipes féminines pour débuter. Aujourd'hui, les filles ont la possibilité de le faire. Les entraîneurs sont plus professionnels et mieux préparés à notre discipline. De plus, nous bénéficions de davantage de soutien de la part de l'institution", explique Martín, 26 ans, qui a elle-même expérimenté cette évolution.

Parallèlement à ces efforts, les mentalités sont en train de changer dans un pays où le football est traditionnellement associé à la gent masculine. "Ça se voit beaucoup. Les gens sont plus sensibilités à ce sport, qui est mieux accepté. On est en train de franchir certaines barrières culturelles", affirme le sélectionneur. "Le football féminin entre dans la norme. On entend encore des commentaires désobligeants, mais on est en train de changer ça. Je crois qu'un soutien plus marqué de la presse serait le bienvenu. Cela nous ferait du bien si le championnat féminin était télévisé. Ça nous offrirait davantage de visibilité et le foot féminin se démocratiserait", souligne la pensionnaire de l'Atlético de Madrid.

Le départ de plusieurs joueuses espagnoles à l'étranger a contribué à renforcer la sélection. Ces expatriées apportent en effet un surplus de maturité et de professionnalisme. "L'expérience acquise à l'étranger permet de grandir et de progresser. On peut transmettre cet apprentissage aux coéquipières. C'est très positif", analyse Martín, qui est passée par l'Angleterre et les États-Unis. "En plus, les bases au niveau national sont beaucoup plus structurées et solides. Les entraîneurs de la fédération peuvent piocher dans un réservoir de joueuses de plus en plus important et talentueux."

Prochaines étapes
Toutes les difficultés n'ont pas disparu pour autant. "Parfois, les parents nous mettent des bâtons dans les roues pour les longs rassemblements des jeunes joueuses. Comme nous ne sommes pas professionnels, nous devons faire des stages plus courts pour les adultes afin qu'elles puissent continuer à travailler et honorer leurs engagements en club", indique le sélectionneur.

L'autre point à améliorer réside dans l'implication des grands clubs espagnols via la création d'une section féminine. L'Atlético, le FC Barcelone, l'Espanyol de Barcelone et la Real Sociedad l'ont déjà fait. Aux autres de leur emboîter le pas. En tout cas, on remarque de plus en plus de concentration et d'implication.

Finalement, il n'existe qu'une seule crainte : que la crise économique qui touche les clubs masculins modestes se propage à la section la plus jeune et donc la plus vulnérable du football en Espagne.

Un coup de fouet
Heureusement, le succès de la sélection alimente la cote de popularité des filles et l'électrique repêchage qui leur a valu la qualification n'y a pas été pour rien. "Il y a eu beaucoup d'audience. C'est clair que c'est le style de match qui fait gagner des supporters. Maintenant que la qualification est en poche, on parle davantage de football féminin. Quand viendra l'Euro, il faudra donner le maximum pour faire la meilleure promotion possible de ce sport", annonce Adriana.

"La qualification a engendré beaucoup d'attentes et le suspense qui l'a entourée a contribué à impliquer davantage les supporters", confirme Quereda. "À l'Euro, nous voulons profiter d'une compétition qui s'est refusée à nous pendant longtemps. Cette participation constituera une promotion exceptionnelle pour que ce sport s'enracine encore plus dans le pays.

En Suède, la Roja figurera dans le Groupe C en compagnie de la France, de l'Angleterre et de la Russie. L'équipe mesure parfaitement qu'elle n'aura pas la tâche facile pour accéder à la phase finale. "On est réalistes. C'est évident qu'on veut aller le plus loin possible, mais le principal, c'est de travailler très dur à chaque match, de profiter de la compétition et d'y mettre tout notre cœur, pour montrer de quoi nous sommes capables et faire bonne figure", lance Adriana. "La qualification pour l'Euro est le fruit de beaucoup d'efforts et d'un travail bien fait. Elle ouvre la porte à la consolidation du football féminin en Espagne", conclut le sélectionneur, plein d'optimisme.