Muamba : "Mon malheur a eu des conséquences positives"
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Fabrice Muamba s'est rendu au Siège de la FIFA pour un entretien informel avec le Président de la FIFA Joseph S. Blatter et Jiri Dvorak, le médecin en chef de la FIFA. Le 17 mars dernier, le milieu de terrain des Bolton Wanderers avait été victime d'un arrêt cardiaque en plein match. Plus de six mois après les faits, le natif de Kinshasa était présent pour évoquer cette expérience difficile mais aussi son avenir.  

L'ancien joueur de Birmingham et Arsenal a pris le temps de passer en revue un certain nombre de sujets en compagnie de FIFA.com. Muamba revient sur son état de santé, son récent déplacement sur les lieux du drame et son enfance en RD Congo.

Fabrice Muamba, vous êtes au Siège de la FIFA à l'invitation du Président Joseph S. Blatter. Qu'attendez-vous de cette visite ?
Je suis très heureux que les dirigeants de cette grande organisation aient souhaité me rencontrer. J'espère que nous pourrons travailler ensemble à l'avenir. Le football peut aider de nombreuses personnes à réaliser leurs rêves. Ce sport envoie un message positif et c'est la raison pour laquelle il doit encore se développer dans de nombreux pays. Cette invitation montre que l'instance dirigeante s'intéresse à tous les joueurs, dans tous les championnats. Peu importe qui vous êtes et d'où vous venez : la FIFA est là pour vous soutenir.

Comment vous sentez-vous depuis votre accident ?
Physiquement, je suis en forme. J'ai le droit de faire de l'exercice et je me sens de mieux en mieux. Je prends encore des médicaments mais j'espère revenir bientôt à la normale. J'ai hâte de retrouver ma vie de tous les jours !

Vous êtes récemment revenu à White Hart Lane, le stade où vous avez eu votre malaise cardiaque. Qu'avez-vous ressenti en retrouvant cet environnement ?
J'étais très ému. Je voulais me retrouver à l'endroit où je m'étais écroulé. J'ai pu me rendre sur le terrain et toucher la pelouse. C'était très intense. De nombreuses pensées m'ont traversé l'esprit sur le coup. Je me suis demandé : pourquoi moi ? Qu'est-ce que j'ai bien pu faire pour mériter ça ? Avec le recul, je remercie Dieu. Grâce à cet incident, les gens ont pris conscience de l'importance de cette question. Ce drame a prouvé que, dans le football, tout le monde pouvait travailler main dans la main. Je n'ai pas de regrets car le football m'a tout donné. Nous soutenons les footballeurs à un autre niveau. Ma mésaventure a prouvé que lorsque tous les acteurs du football se donnent la main, ils peuvent accomplir des choses fantastiques. Les accidents, ça arrive ; on n'y peut rien mais je trouve que ce malheur a eu des conséquences très positives. Nous pouvons être fiers du travail accompli par les équipes médicales dans le football.

Comment se sont passées les premières semaines de convalescence ?
Sur le coup, je n'avais pas vraiment conscience de la gravité de la situation. Ce n'est qu'en voyant Piermario Morosini que je me suis rendu compte de ce qui aurait pu m'arriver. Je suis reconnaissant à Dieu et aux personnes qui étaient présentes et qui ont réalisé un excellent travail. À ce moment-là, j'ai compris que la situation était très grave. C'était une vraie prise de conscience. Je n'avais pas une idée très claire de ce qui m'était arrivé, jusqu'à ce que j'apprenne qu'un autre footballeur n'avait pas eu autant de chance que moi. Dans ma tête, tout a changé.

Qu'avez-vous retiré de cette expérience ?
Il faut chérir la vie. C'est une chose précieuse. Il faut aussi prendre conscience de ces dangers et agir en conséquence. Si vous avez des problèmes de cœur, vous devez vous faire suivre par un médecin. C'est votre vie qui est en jeu alors allez voir un docteur et assurez-vous que vous êtes en parfaite condition physique et mentale avant de prendre part à une activité sportive.

Votre parcours de footballeur est assez atypique. Vous avez quitté la RD Congo alors que vous étiez encore très jeune.
J'avais 11 ans quand j'ai quitté la RD Congo pour m'installer en Angleterre. Mon père a obtenu le statut de réfugié politique. Je suis retourné là-bas il y a trois mois et j'ai dû me montrer très discret. Personne ne devait savoir que j'étais sur place. La nouvelle de mon voyage s'est répandue après la diffusion d'un reportage à la télévision britannique. Il valait mieux ne pas faire trop de bruit, pour ma propre sécurité. Nous étions bien installés en RD Congo mais en Afrique, un changement de régime s'accompagne souvent de nombreux bouleversements. Tout le monde veut tout changer et beaucoup de gens ont dû partir en même temps.

Aviez-vous déjà commencé à jouer au football ?
Je jouais un peu mais rien de très sérieux. Je m'amusais avec mes amis et les gens que je fréquentais à l'époque. C'était une activité qui me plaisait. De leur côté, mes parents m'ont toujours assuré que, tant qu'il n'y avait pas de problèmes à l'école, je pourrais jouer au football. L'éducation est toujours passée en premier. C'est comme ça que je me suis pris de passion pour le jeu. Dès que j'avais fini mes devoirs, j'allais jouer au football aussi longtemps que je le pouvais.