Princesse Astrid : "Le football est bien plus qu'un jeu"
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Son Altesse royale la princesse Astrid de Belgique est une femme très occupée. En marge de ses devoirs au sein de la famille royale, cette mère de cinq enfants consacre une bonne partie de son temps à de nombreuses organisations caritatives. Malgré un emploi du temps chargé, la princesse Astrid a trouvé le temps de s'entretenir avec le Président de la FIFA Joseph S. Blatter, ce jeudi 24 janvier au Siège de la FIFA. FIFA.com a rencontré la princesse de Belgique pour évoquer en sa compagnie son rôle en tant que représentante spéciale du Roll Back Malaria Partnership, le rôle social et culturel du football et l'influence positive de la FIFA.

Quel est l'objet de votre visite à Zurich ?
En tant que représentante spéciale du Roll Back Malaria Partnership (RBM), je suis très honorée d'avoir eu l'occasion de me rendre dans les bureaux de la FIFA à Zurich. J'y ai rencontré le Président Blatter, pour discuter de l'engagement de la FIFA dans le domaine de la santé et plus particulièrement de la lutte contre la malaria. Ces dernières années, la FIFA a apporté un soutien précieux à RBM. J'étais très heureuse de pouvoir exprimer personnellement ma gratitude à M. Blatter. Nous avons également évoqué d'autres collaborations possibles entre la FIFA et RBM, notamment à travers les campagnes que nous proposons.   

Quel rapport entretenez-vous avec le football ? Comment voyez-vous ce sport ?
J'aime regarder le football à la télévision. Je suis contente que mes deux fils pratiquent ce sport. Le football est bien plus qu'un jeu. Il développe l'esprit d'équipe, il influence les comportements et il a le pouvoir de provoquer de grands changements dans nos sociétés, partout dans le monde. Des personnes d'origines sociales ou géographiques très diverses se trouvent des points communs sur le terrain. Ils oublient ainsi leurs différences. Indépendamment des opinions de chacun, le football est capable de rapprocher les communautés. Notre objectif est donc de canaliser cette énergie pour encourager le changement social et faire passer un message d'espoir.   

Qu'espérez-vous accomplir en tant que représentante spéciale de RBM ?
À travers mon action au sein du Roll Back Malaria Partnership, j'espère être en mesure d'inscrire cette maladie sur l'agenda international. Je suis la voix de tous ceux et celles qui luttent contre la malaria. Je souhaite encourager les pouvoirs publics à agir dans ce domaine. Grâce à l'action conjuguée des partenaires de RBM, nous avons accompli des choses extraordinaires en l'espace de quelques années. J'espère contribuer à faire avancer cette cause. Il faut que le nombre de malades diminue, jusqu'à ce que ce fléau appartienne définitivement au passé.

Où en est-on de la lutte contre la malaria au niveau mondial ?
Ces dernières années, nous avons réalisé des progrès importants dans la lutte contre la malaria. Le nombre de décès causés par cette maladie a reculé de 25 % depuis 2001. Au cours de cette période, 43 pays à travers le monde ont vu leur nombre de cas diminuer d'au moins 50 %. À la fin de l'année 2010, nous avions distribué suffisamment de moustiquaires traitées aux insecticides pour couvrir les besoins de 80 % de la population à risque en Afrique. Néanmoins, ces succès restent fragiles. Près de la moitié de la population mondiale reste menacée par la malaria. En dépit de nos avancées dans le domaine de la prévention, du diagnostique et du traitement, 219 millions de personnes contractent la maladie chaque année. On dénombre encore plus de 650 000 décès annuels. Nous devons travailler dans toutes les régions où sévit la malaria. Nous devons également œuvrer pour des solutions durables, afin que la malaria ne soit pas en mesure de faire son retour dans les zones où elle avait été éradiquée.

En quoi la FIFA peut-elle vous aider à résoudre ce grave problème de santé ?
En tant qu'instance dirigeante d'un sport pratiqué par des millions de personnes, je crois que la FIFA a la responsabilité et l'opportunité de mettre le pouvoir du football au service de la promotion de messages positifs et du changement social. J'ai été très impressionnée par les programmes Football for Health et 11 pour la Santé mis en place par la FIFA. Ces initiatives s'appuient sur le football pour encourager des comportements sains et transmettre un message d'espoir aux communautés confrontées à des maladies comme la malaria ou le VIH/SIDA. J'espère que la FIFA et RBM seront en mesure de collaborer sur de nouveaux projets, qui contribueront à améliorer la santé de chacun.  

Le Président de la FIFA rappelle souvent que le football joue un rôle social et culturel. Êtes-vous de ceux qui pensent que le football est plus qu'un jeu ?
Tout à fait ! Je crois que le football a le pouvoir de rapprocher les communautés, de faire passer des messages d'espoir et de contribuer au changement social. La campagne Unis contre la malaria (UAM) lancée par les partenaires de RBM s'est appuyée sur la popularité du football pour toucher plus d'un milliard d'individus, grâce à des annonces et des publicités diffusées pendant la Coupe du Monde 2010. Pendant la Coupe d'Afrique des Nations, des joueurs comme Samuel Eto’o ou Didier Drogba relaient le message dans plus de dix pays africains. À travers cet engagement, le football s'adresse à des passionnés qui vivent aux seins de communautés vulnérables. Ces messages vont sauver des vies.  

Pourquoi avez-vous choisi de vous engager auprès du Roll Back Malaria Partnership ?
J'ai décidé de devenir la représentante spéciale du Roll Back Malaria Partnership parce que je trouvais inacceptable que tant de gens souffrent et meurent à cause d'une maladie que l'on sait prévenir et traiter, comme la malaria. Dans le cadre de mes fonctions, j'ai eu l'occasion de me rendre en Zambie, en Tanzanie et en Indonésie. J'ai pu voir par moi-même les dégâts que cause la malaria : des mères marchent pendant des heures, accompagnées de leurs enfants malades, en quête d'un traitement indisponible ou trop cher ; des classes se retrouvent désertées ; des pères enterrent leurs enfants bien trop jeunes. Mais j'ai également pu constater que des solutions simples et peu coûteuses pouvaient être porteuses d'espoir : des moustiquaires traitées, des insecticides, des diagnostiques fiables et des traitements appropriés. Ces outils ont fait leurs preuves. Ils sont efficaces, ils ne coûtent pas cher et ils peuvent changer le cours de l'histoire pour des générations. Plus que jamais, nous devons travailler ensemble pour protéger ces outils.   

Pour quelle raison vous passionnez-vous pour cette cause ?
La malaria revêt une importance particulière à mes yeux car elle s'attaque aux personnes les plus vulnérables : les femmes enceintes et les enfants. Malgré les formidables progrès de la médecine, cette maladie tue encore aujourd'hui un enfant à chaque minute. Je ne vous parle pas de statistiques. Il s'agit de vies humaines et de destins qui ne s'accompliront jamais. Ces décès ont un impact économique significatif, dans des régions souvent déjà durement éprouvées. En Afrique, qui concentre 90 pour cent des décès liés à la malaria, on estime que cette maladie entraîne une perte de productivité de 12 milliards de dollars par an. La malaria est une maladie que l'on sait traiter et prévenir. Pourtant, elle plonge des pays entiers dans la pauvreté. Je veux voir des mères donner naissance à des enfants en bonne santé, qui fêteront leur cinquième anniversaire et dont les études ne seront pas perturbées par la malaria. Ce n'est pas une utopie mais, pour réaliser cet objectif, nous aurons besoin de l'aide et de l'engagement de nombreuses personnes. Je crois qu'il est de notre devoir de trouver les ressources nécessaires pour que tout le monde puisse vivre une vie saine et productive, sans craindre la malaria.