Le douloureux passé du Cambodge continue encore aujourd'hui de tuer des innocents, mais le football contribue à panser les plaies de l'histoire.
 
Le procès tant attendu des anciens leaders Khmers rouges est une grande avancée pour le Cambodge qui tente tant bien que mal d'oublier cette période terrifiante. Cependant, aucune décision de justice n'empêchera les mines antipersonnel, les obus qui n'ont pas explosé ou les vieilles munitions de continuer à faire des centaines de victimes à travers le pays, dans une campagne ruinée par les décennies de guérilla qui ont suivi le régime de terreur imposé par Pol Pot entre 1975 et 1979.

On estime à six millions le nombre de mines antipersonnel enfouies le long de la frontière thaïlandaise, et c'est là qu'une organisation utilise la passion des Cambodgiens pour le football afin de communiquer sur la question et d'aider de nombreux jeunes à tout simplement rester en vie. "Spirit of Soccer" a été un des premiers projets à recevoir des fonds du mouvement Football for Hope, dirigé par la FIFA et streetfootballworld.

Grâce à un programme sur mesure de sensibilisation aux dangers des mines, les enfants peuvent pratiquer leur sport favori tout en apprenant comment éviter les mines. Sur le terrain, les messages de sécurité se mêlent aux enseignements techniques et aux consignes tactiques, et, par ailleurs, des affiches, des t-shirts et des ballons portant des slogans de sensibilisation sont un relais efficace en dehors du terrain.

Comme de nombreuses organisations du mouvement Football for Hope, l'idée de Spirit of Soccer est née d'une vision d'horreur - non pas au fin fond de la forêt cambodgienne, mais à des milliers de kilomètres de là. Durant la guerre des Balkans, au milieu des années 90, Scotty Lee conduisait des convois d'aide humanitaire jusqu'aux villages frontaliers et c'est là que cet Anglais s'est rendu compte des conséquences dévastatrices d'une guerre civile sur les populations locales.

D'Arsenal à Sarajevo
En 1996, alors qu'il était de retour dans la région pour diriger des camps d'entraînement pour le compte du club d'Arsenal, il observait un groupe de jeunes taper la balle aux alentours de l'aéroport de Sarajevo quand l'un deux marcha sur une mine. Trois moururent. Quatre durent être amputés. Tous avaient moins de dix ans.

Scotty Lee venait de réaliser que, quel que soit l'endroit et quels que soient les risques, les enfants voudront toujours jouer au football. Vivre cette tragédie lui a donné envie d'utiliser le football pour enseigner des messages simples et efficaces aux enfants afin qu'ils apprennent à éviter les mines et autres résidus de guerre explosifs.

Spirit of Soccer a vu le jour en Bosnie et au Kosovo, et le succès de l'organisation a incité son fondateur à exporter ce projet au Cambodge en 2003, ainsi qu'en Transnistrie, région de Moldavie très instable politiquement.

"Nous développons les relations avec les ministères de l'Éducation et des Sports du pays concerné et aussi avec la fédération de football pour former des entraîneurs et des professeurs d'éducation physique qui transmettront nos messages", explique Lee. "Ils sont des modèles au sein des communautés et gèrent des activités footballistiques au niveau local.

À la fin des séances d'entraînement, ils prennent le temps d'informer les jeunes sur les mines antipersonnel et de leur expliquer comment minimiser les risques en évitant certaines zones".

Aujourd'hui, quelque 46 000 enfants de plus de 238 écoles situées dans des régions fortement minées ont été sensibilisés à la question des mines par Spirit of Soccer ou, plus précisément, par leurs courageux éducateurs qui s'investissent sans compter.

Risque élevé
Conséquence de la traque des Khmers rouge contre les intellectuels et les ouvriers qualifiés, plus de 70% de la population cambodgienne vit de l'agriculture. "Pour nourrir leur famille, les gens prennent de gros risques à travailler cette terre infestée de mines", souligne Lee.

"La plupart des enfants ne sont pas blessés par des mines mais par des
résidus explosifs, comme des grenades ou des munitions, qui explosent
sur un coup de bêche." Résultat : le Cambodge peut déplorer le plus haut taux d'handicap physique au monde. Conséquence : nombre de victimes se retrouvent qui plus est dans la misère du fait de leur handicap.

Spirit of Soccer œuvre dans les trois provinces dont le sol est le plus miné, y compris la tristement célèbre région du "K5", où trois millions de mines ont été enfouies par 100 000 travailleurs forcés. Depuis le début des activités de Spirit of Soccer, les services cambodgiens d'information sur les victimes des mines ont pu enregistrer une baisse de moitié du nombre d'enfants victimes de mines. 

"Je voudrais devenir footballeuse mais je ne peux pas jouer en sécurité par ici car il y a beaucoup de mines", explique Kluen Tie, 13 ans, qui fait partie de la centaine de jeunes inscrits aux tournois de sensibilisation aux mines organisés par Spirit of Soccer dans la province du Battambang. Comme nombre de garçons et de filles, elle a parcouru des kilomètres pour une journée de football et de formation. "Je suis très contente de ce qu'on fait
aujourd'hui", commente-t-elle. "J'espère à l'avenir pouvoir jouer au football tranquillement, sans mines."

J'espère à l'avenir pouvoir jouer au football tranquillement, sans mines. 
Kluen Tie, Cambodgienne, 13 ans

Tant qu'il y aura des guerres et des résidus explosifs laissés derrière
les belligérants, Scotty Lee et Spirit of Soccer auront toujours fort à
faire. Son objectif est maintenant de se développer au sud-est du pays,
à la frontière avec le Vietnam, où, bien que déposées dans les années 60, les armes continuent de tuer et blesser de jeunes enfants.

Cette année, Spirit of Soccer est face à un défi de taille : l'Irak, un pays où Scott s'est rendu l'an dernier et où la passion du ballon rond grandit de jour en jour chez les jeunes malgré l'instabilité et la dangerosité de la région. "Nous avons pu apporter du football là où il n'y avait que de la violence, et les jeunes, tous très courageux, ont écouté nos recommandations avec attention. Nous étions au cœur de la communauté, mais nous avons aussi emmené les enfants à un autre endroit pour quelques heures afin qu'ils puissent un peu oublier la  tragédie qu'ils vivent au quotidien", raconte Lee.

Grâce au mouvement Football for Hope, Lee espère établir cette année
un projet durable au nord de l'Irak et y mettre en pratique la devise de son organisation : "sauver des vies grâce au football".