Echapper à la pauvreté grâce au ballon rond. Ce doux rêve devient réalité pour de nombreux jeunes Nigérians grâce à un nouveau programme de football de rue intitulé Search and Groom et mis en place en partenariat avec la FIFA.

Le Nigeria est fou de football. Le pays transpire ce sport comme aucun autre. Le rêve de devenir footballeur permet à de nombreux Nigérians de surnager dans les eaux troubles de la pauvreté, du chômage et de l'absence de logement. Pourtant, dans la capitale, Lagos, Search & Groom, initiative partenaire du programme "Football for Hope" de la FIFA, profite de cette passion pour aider des jeunes à améliorer leurs vies. Quel que soit leur talent sur le terrain.

Le football de rue fait son show
Du 12 au 15 juillet, Search & Groom a organisé la Street Soccer League Cup, tournoi mettant aux prises 16 équipes de Lagos et d'ailleurs pendant quatre jours. Cet événement, organisé dans le cadre du programme Football for Hope de la FIFA, associait un tournoi de football à cinq à des ateliers sur quelques-uns des plus criants problèmes sociaux du Nigeria, comme l'expansion du VIH/SIDA, le chômage et les lacunes pédagogiques chez les jeunes. Les matches se sont déroulés dans un stade comportant un mini terrain et pouvant accueillir 1 000 spectateurs. Les rencontres ont été suivies avec passion par des écoliers des alentours invités à profiter du spectacle. Les équipes venaient des quartiers les plus pauvres de Lagos mais aussi, pour l'une d'entre elles, de l'extrême nord du pays.

L'an passé, le tournoi a contribué au succès de Free Kick, également organisé grâce au financement de "Football for Hope". La compétition de cette année a toutefois été élargie et enrichie avec l'accueil de célébrités locales et d'anciennes stars de l'équipe nationale du Nigeria. Ces invités ont encouragé les joueurs à ne pas abandonner leurs rêves et les ont félicités pour la prise en charge de leur propre avenir.

Les stars d' Ajegunle
Entre deux matches, deux des stars du tournoi ont pris le temps de s'entretenir avec FIFA.com. Simon Okwori et Nimikimi Macintosh évoluent ensemble dans l'équipe représentant le quartier considéré comme le plus rude de Lagos : Ajegunle. "Nous sommes comme des frères, déclare Simon avec un large sourire. D'ailleurs, les gens nous confondent souvent et m'appellent Macintosh." Les deux amis, assis à l'ombre d'un stand à l'écart des commentaires déchaînés qui rythment les matches, analysent l'importance de Search & Groom dans leur vie.

"Nos vies se sont bien améliorées," fait remarquer Simon, tandis que Nimikimi acquiesce. Les deux compères jouent ensemble au football à Ajegunle depuis leur enfance et se sont engagés avec Search & Groom depuis sa création en 2003.

En grandissant à Lagos, Simon et Nimikimi ont enduré de rudes épreuves. Agé de 19 ans, Nimikimi est né dans la capitale, mais sa famille est retournée dans l'Etat du Bayelsa, dans le delta du Niger, alors qu'il avait 13 ans. Depuis lors, il se débrouille seul, dormant chez des amis ou à même le sol dans la boutique du coiffeur chez qui il travaille. L'argent qu'il gagne en coupant les cheveux lui permet tout juste de joindre les deux bouts.

Simon, 20 ans, est né dans l'Etat de Benue et a débarqué à Lagos avec sa famille lorsqu'il était enfant. Les onze membres de sa famille vivent dans un appartement d'une seule pièce à Ajegunle. C'est essentiellement grâce à la petite pension militaire du père que la famille parvient à survivre. "On est parfois tellement nombreux dans l'appartement que je préfère aller dormir au même endroit que Nimikimi, pour trouver un peu de tranquillité et de calme", avoue Simon.

Simon et Nimikimi partagent tous deux le rêve de devenir joueurs professionnels en Europe. Mais ils en connaissent aussi les risques : "Il faut préparer l'après football. C'est une des choses que nous avons apprises avec Search and Groom," admet Simon.

Les conseils du grand-père
S'il est une personne qui s'est largement employée à diffuser ce message, c'est bien Joseph Erico, celui que beaucoup considèrent comme le grand-père du football nigérian. Ancien gardien de but de la sélection nationale des années 70, il a ensuite fait partie du staff technique de la sélection U-23 lors de sa participation au Tournoi Olympique 2000 puis des Super Eagles à la Coupe du Monde de la FIFA 2002. Il œuvre maintenant bénévolement en tant qu'entraîneur pour Search & Groom. "Je soutiens tout ce qui est en faveur des enfants, dit-il. Search & Groom ne leur offre pas seulement l'occasion de s'exprimer sur le terrain. Ce programme permet aussi de s'assurer qu'ils prennent véritablement leurs vies en main."

Erico entraîne les deux joueurs depuis quatre ans et ceux-ci lui sont très reconnaissants pour les conseils qu'il leur a prodigués. "Il a eu beaucoup d'influence sur nous et nous sommes fiers de pouvoir jouer sous les commandes d'un ancien entraîneur national", affirme Simon. Quant à l'avenir : "Quoiqu'il arrive, on reviendra toujours à Ajegunle pour aider d'autres jeunes pour qui le football est une passion. C'est ça notre rêve", continue Simon.

"On est un peu devenus des modèles à Ajegunle," remarque Nimikimi, qui a renoncé plusieurs fois à jouer en tant que professionnel à Lagos pour pouvoir rester au contact de Search & Groom.

La vie à Lagos
L'état d'esprit positif des deux jeunes hommes est d'autant plus remarquable qu'ils sont confrontés à un quotidien des plus difficiles. Simon a quitté l'école à 17 ans. Il contribue aujourd'hui aux revenus de sa famille en vendant des objets d'art qu'il créé lui-même. Il espère pouvoir un jour entamer des études d'art graphique. Simon choisit de réaliser la plupart de ses tableaux au fusain, qui correspond le mieux à ses illustrations de la dure lutte que mènent les classes pauvres au Nigeria.

La situation de Nimikimi est encore plus précaire. Privé de soutien familial à Lagos, il a dû quitter l'école et travailler pour survivre. Et comme il n'a pas fréquenté l'enseignement secondaire, il a bien peu d'espoir de trouver un travail correct. Malgré ces difficultés, Nimikimi tient à se construire une vie dans son quartier. Grâce à Search & Groom, il a déjà voyagé deux fois à l'étranger, au Kenya et en Afrique du Sud. Il ne voit pourtant aucune raison d'abandonner Ajegunle : "On aime être chez nous et on est fiers d'être Nigérians", affirme-t-il sans hésitation .

" Radio Retrouvailles"
Comme par un tour de passe-passe du football, c'est grâce à son voyage en Afrique du Sud en 2006 que Nimikimi s'est à nouveau rapproché de sa famille. En septembre dernier, il faisait partie de l'équipe de Search and Groom à la Coupe du Monde des sans-abri qui se déroulait au Cap. Alors qu'elle écoutait la radio dans l'est du delta du Niger, sa mère a entendu le nom de son fils au cours d'un reportage sur le tournoi. Le contact fut alors rétabli entre mère et fils. Après sept années de séparation, Nimikimi put rendre visite aux siens dans l'est du pays. Depuis ces retrouvailles, les aînés de Nimikimi ont décidé d'aider leur jeune frère. Mais l'idée de retourner dans le delta fut vite écartée : "Il n'y a pas de Search & Groom là-bas", justifie Nimikimi.

L'édition 2007 de la Street Soccer League Cup a été l'objet d'une importante couverture médiatique au Nigeria. Si l'action menée par Search and Groom dans le cadre du "Développement par le Football" demeure unique dans le pays le plus peuplé d'Afrique, l'idée de faire du football un levier pour aider les jeunes à atteindre les buts qu'ils se sont fixés a rapidement rencontré le succès. Yomi Kuku, le Directeur du projet Search and Groom se projette déjà dans l'avenir : "Nous sommes persuadés que le tournoi de l'année prochaine sera encore meilleur et plus grandiose !"

L'équipe d'Ajegunle, celle de Simon et Nimikimi, a terminé à la troisième place de cette première Street Soccer League Cup. Nimikimi a été élu Meilleur joueur de la compétition, après avoir impressionné la foule et ses amis joueurs par son toucher de balle et sa vision du jeu. Les deux amis sont déjà impatients de retrouver Search and Groom l'année prochaine, et pourquoi pas, remporter le titre 2008 !