Le football n'a probablement jamais été aussi populaire ou
suivi qu'au 21ème siècle. En même temps, la réputation des
joueurs formant l'élite de la profession est au plus bas. Dans
de nombreux pays, il est devenu monnaie courante de s'en
prendre aux footballeurs, ou plutôt à leur salaire. A tel point que
le sujet occulte de plus en plus le spectacle qui prend place au
fil des semaines sur le rectangle vert. Pour les plus cyniques,
cela ne fait aucun doute : les stars du ballon rond, avec leurs
émoluments hebdomadaires à cinq ou six chiffres, ont comme
principale préoccupation d'exploiter la manne que constitue ce
sport si populaire.
Malgré cette image négative, force est de constater que les
principaux intéressés, dans leur grande majorité, connaissent
parfaitement leurs responsabilités. Rares sont ceux qui rechignent
à utiliser leur argent ou leur statut au bénéfice d'une bonne
cause. Mais cela fait partie de leur vie privée. Certains
consacrent une grosse partie de leur temps libre ou de leurs
revenus à un projet humanitaire d'envergure. D'autres
préfèrent se rendre dans l'hôpital pour enfants de leur ville.
Mais quel que soit le mode d'intervention choisi, un point
commun subsiste : les grands noms du football ne clament pas leur
altruisme sur les toits du monde entier.
Sécurité sociale, bourses d'études et opérations à
coeur ouvert
Il existe cependant des actions caritatives dont
l'ampleur est telle qu'elles ne peuvent pas échapper à
l'attention des médias. Parfois, la publicité est même un outil
essentiel pour que le travail effectué ait un maximum d'impact.
Un bel exemple en la matière a été donné la semaine dernière par
Stephen Appiah. Le milieu de terrain du Ghana et de Fenerbahçe
vient de lancer une ligne de vêtements qu'il a créée lui-même,
dont tous les bénéfices seront reversés à la fondation StepApp. La
mission de cette organisation est de mettre en place un système de
sécurité sociale et d'accès aux soins dans certains des
endroits les plus sinistrés du Continent Noir.
Appiah appartient à une longue lignée de joueurs africains qui, même s'ils ont acquis célébrité et capitaux en Europe, n'ont jamais coupé le cordon avec leur pays d'origine. Les exemples foisonnent. Au Nigeria, la fondation de bienfaisance Joseph Yobo a déjà accordé plus de 300 bourses d'études à des jeunes en difficulté. Le défenseur central d'Everton a également investi dans un centre de formation bâti sur le territoire du peuple Ogoni, dans le sud-est du pays.
Son compatriote Kanu est quant à lui quasiment aussi connu pour sa fondation philanthropique que pour ses buts en Premier League anglaise. La Kanu Heart Foundation a déjà permis à plus de 1 000 enfants (dont 250 pour la seule année 2006) nigérians de se rendre à l'étranger pour y être opérés à cœur ouvert. L'attaquant de Portsmouth connaît bien son sujet, puisqu'il a lui-même flirté avec la mort en raison d'une anomalie cardiaque. "Je n'arrêterai jamais de travailler pour la fondation. ", explique l'international nigérian, qui porte également la casquette d'Ambassadeur itinérant de l'UNICEF.
Pendant ce temps-là, outre-Atlantique
Si les footballeurs africains constituent presque un modèle
en matière de bienfaisance, leurs homologues sud-américains ne sont
pas en reste. De Caracas à la Terre de Feu, de joueurs à peine
connus aux Ronaldo et autres Ronaldinho, la philanthropie est chez
les Sud-Américains une discipline aussi répandue que le football
lui-même.
On ne compte plus le temps passé par Ronaldo et Zidane à promouvoir le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Ronaldinho, de son côté, a fondé un institut éponyme à l'occasion d'une visite dans son fief natal de Rio Grande do Sul, l'année dernière. L'objectif de l'institut Ronaldinho est de permettre aux enfants les plus défavorisés d'accéder à l'éducation par le biais du sport. "Je sais ce que c'est de ne pas avoir une enfance facile. Comme beaucoup d'autres gamins brésiliens, j'ai souffert. C'est pourquoi, lorsqu'on me sollicite pour aider, je ne peux pas rester indifférent", raconte la star barcelonaise, élevée à Vila Nova, l'un des quartiers difficiles de Porto Alegre. " ."
La plupart des coéquipiers de Ronaldinho en équipe nationale, ainsi que le sélectionneur Dunga, participent à des actions similaires. Gilberto Silva, par exemple, s'investit énormément dans l'organisation Street League, qui utilise le football pour venir en aide aux personnes sans domicile fixe. A propos de son engagement auprès des SDF, le milieu de terrain d'Arsenal affirme qu'il ne l'arrêtera "pour rien au monde". Les exemples sont légion. FIFA.com a déjà eu l'occasion de présenter la fondation Gol de Letra, qui a vu le jour à l'initiative des anciens Parisiens Leonardo et Rai. Forte de ses 70 salariés, cette structure intervient directement - par le biais de l'éducation - auprès de 1 400 enfants à São Paulo et Rio de Janeiro.
Les footballeurs brésiliens ne sont pas les seuls à avoir la fibre philanthropique, loin s'en faut. Dans sa ville natale de Cali, en Colombie, le gardien de but de Cologne Faryd Mondragón supervise la construction d'un centre de formation sportive et d'éducation sociale qui pourra accueillir plus de 100 jeunes. Plus au sud, Javier Zanetti est l'un des joueurs argentins les plus actifs dans le domaine socio-éducatif. Après avoir donné naissance à la fondation PUPI, qui s'occupe de l'éducation et de la nutrition de nombreux enfants en situation précaire, il s'est associé à son coéquipier de l'Inter Milan Esteban Cambiasso pour créer une autre organisation caritative : Leoni di Petrero. Cette dernière œuvre en faveur d'enfants vivant en marge de la société. "Il est très important que le sport continue de véhiculer certaines valeurs. ", analyse Zanetti, qui est également ambassadeur de la FIFA pour le projet SOS Villages d'Enfants en Argentine.
En Equateur, Iván Hurtado et Ulises de la Cruz sont deux parfaites illustrations des propos de l'Intériste. Le premier est à la tête d'une fondation située à Esmeraldas, sur le littoral nord du pays, qui héberge 150 enfants jusque-là sans abri. Quant au défenseur de Reading, il a financé dans son village natal de Piquiucho des projets aussi divers que la construction d'un dispensaire et d'une station de production d'eau potable. Autre exemple parmi tant d'autres : Clarence Seedorf, qui a apporté les fonds nécessaires à l'édification et au fonctionnement de plusieurs écoles et complexes sportifs au Brésil, ainsi qu'au Surinam, son pays d'origine. L'international néerlandais justifie sa démarche en des termes on ne peut plus clair : par le biais de la fondation Champions for Children, il souhaite "se rendre utile", ce qui pour lui signifie "rendre le monde meilleur".
Un SOS bien reçu
Comme cible et bénéficiaire de son travail caritatif,
Seedorf a opté pour le Surinam. Sa décision se comprend aisément,
même s'il aurait pu tout aussi bien choisir d'œuvrer aux
Pays-Bas. Mais les besoins sont autrement plus importants en
Amérique du Sud. C'est pour cette raison précisément - la
richesse relative du Vieux Continent par rapport à d'autres
régions - que le travail de bienfaisance effectué par les grands
noms du football européen passe parfois inaperçu. Deux Irlandais
font partie des exceptions notables à cette tendance : le gardien
de but international Shay Given, qui a collecté à lui seul presque
3 millions d'euros pour l'organisation Cancer Research, et
son compatriote Niall Quinn, qui a reversé à des fins
philanthropiques l'intégralité des fonds récoltés (1,4 millions
d'euros) lors de son jubilé.
En ce qui concerne les clubs, c'est Tottenham Hotspur qui mène la danse, avec plus de 6 millions d'euros déjà dépensés dans le cadre de la Tottenham Hotspur Foundation. Le club londonien travaille également en partenariat avec SOS Villages d'Enfants, à qui il reverse toutes les amendes infligées aux joueurs pour financer un projet SOS à Rustenburg, en Afrique du Sud. La FIFA collabore elle aussi depuis presque 13 ans avec SOS Villages d'Enfants. L'année dernière, l'opération "Six Villages pour 2006" a permis de collecter la coquette somme de 25 millions d'euros, grâce entre autres au soutien actif de joueurs comme Andryï Shevchenko, Fabio Cannavaro, Wayne Rooney ou encore Ruud van Nistelrooy.
La mobilisation formidable et spontanée suite au tsunami de 2004 est un autre exemple d'une mentalité bien ancrée dans la grande famille du football : celle de répondre présent le moment voulu. Le statut de privilégié n'a certes pas fini de coller à la peau des footballeurs. Cela étant, il est injuste de prétendre que les stars du ballon rond n'ont que faire de leurs congénères moins fortunés. Bien au contraire.