"Je n'avais encore jamais vu ça. Toutes ces caméras et ces flashes... j'ai l'impression d'être Joachim Löw, le sélectionneur de l'équipe d'Allemagne !" La scène se déroule à la sortie d'une séance d'entraînement de l'équipe nationale féminine afghane, organisée à la Sportschule Ruit. En voyant la foule compacte des journalistes venus assister à l'événement, le technicien allemand a sans doute eu l'impression de se trouver sur une autre planète. Pour ses joueuses également, ce séjour de douze jours en Allemagne restera une expérience inoubliable.
Les 18 jeunes femmes sélectionnées pour participer à ce stage ont enfin connu le plaisir de jouer quotidiennement au ballon sans avoir à redouter quoi que ce soit. "Nous sommes ici pour démontrer que le football féminin devrait avoir sa place en Afghanistan. Ce n'est malheureusement pas encore le cas. Ces filles aiment le football, mais elles voudraient pouvoir vivre leur passion dans la sérénité", explique Stärk à FIFA.com. "Ce stage se veut avant tout un symbole de liberté."
"Encore beaucoup de travail"
Comme on l'imagine, les entraînements ne se
passent pas exactement de la même façon en Afghanistan. Là-bas, les
footballeuses prennent de grands risques à chaque fois qu'elles
entrent sur le terrain. "Nous ne sommes jamais à l'abri.
Pour le moment, je me contente d'espérer que les Talibans
continuent de nous ignorer", poursuit l'entraîneur
allemand, qui vit et travaille aujourd'hui à Kaboul. "Si
vous voyez ce que je veux dire..." Evidemment, toutes les
sessions de travail ont lieu derrière des portes closes et sous la
protection des forces internationales.
Malgré ces conditions difficiles, Stärk n'a rien perdu de son idéalisme ou de son enthousiasme. Cependant, il ne se berce pas d'illusions : "Il reste encore beaucoup de travail à accomplir, ici. Mais, chaque jour, on constate des progrès au niveau sportif ou administratif. C'est un beau défi. De toute façon, dès que les filles pensent au football, leur regard s'illumine et, ça, c'est la plus belle des récompenses. Parfois, je reste là à les observer. Je suis toujours très ému lorsque je les vois jouer. J'ai senti qu'elles avaient profité de chaque seconde de notre séjour en Allemagne".
Construire sur le terrain et en dehors
Cela fait maintenant cinq ans que Stärk, en
compagnie d'une trentaine d'éducateurs envoyés par la
fédération allemande (DFB), travaille en Afghanistan. En compagnie
d'Ali Asker Lali, un Afghan d'origine qui a vécu pendant 25
ans en Allemagne, Stärk a su insuffler sa passion pour le football
à des femmes venues d'horizons très divers. Toutefois, son
travail ne se limite pas au terrain. Ce quinquagénaire dynamique a
également beaucoup fait pour le développement des infrastructures
locales.
"Nos objectifs sont d'ordre général. Nous voulons faire progresser le football afghan. Cela comprend également la formation d'entraîneurs locaux, par exemple. Ces dernières années, nous avons fait découvrir le football à près de 2 000 jeunes", précise Stärk, qui rappelle également avec fierté que le pays dispose d'une équipe nationale masculine depuis maintenant trois ans. Mais, au-delà de ces tâches administrative, l'émissaire de la DFB garde constamment à l'esprit une phrase dont il a fait sa devise : "Ne jamais perdre de vue l'essentiel".
Objectif : un premier match international
De leur côté, les jeunes Afghanes s'efforcent
de maîtriser les dimensions de leur nouveau terrain de jeu. En
effet, à Kaboul, elles ne disposent que d'un espace réduit, qui
ne leur permet pas d'organiser des matches à onze contre onze.
C'est justement l'une des raisons qui ont poussé Stärk à
organiser ce stage à la Sportschule Ruit. "Mais ce n'est
pas tout. Nous voulions aussi donner l'occasion aux filles de
découvrir une autre culture. Nous espérions également attirer
l'attention des médias sur notre situation. Voilà pourquoi il
était important que la presse nous soutienne." Conscient des
efforts fournis dans ce domaine, Stärk n'a évidemment pas
manqué de remercier la FIFA, le ministère des affaires étrangères
allemand, le Comité olympique allemand et la DFB pour leur
coopération.
"A la fin de l'année, je mettrai un terme à cette aventure. Il sera temps alors de confier les rênes à la fédération afghane. Ensuite, d'ici deux ou trois ans, nous reviendrons sur place pour nous rendre compte de l'évolution de la situation." En attendant, Stärk a encore de grands projets. "Nous aimerions organiser un match international féminin." On parle de l'Arabie Saoudite comme adversaire. En effet, le premier match officiel entre deux équipes féminines, dans ce pays, a récemment eu lieu à l'occasion de la rencontre opposant l'université Prince-Mohammed-ben-Fahd et le collège Al-Yamamah.
