Au vu de son altruisme, Ilya Leonov sait ce qu'il aurait fait s'il n'avait pas percé dans le sport : gendarme, pompier ou douanier. En revanche, il est conscient que sa maladresse avec les mains l'aurait éloigné des métiers de la médecine... Avec les pieds, c'est une toute autre histoire. Sur le sable, Leonov est capable de faire de la magie avec un ballon. Grâce à lui, la Russie a connu de grands moments de joie. En tant que capitaine de la sélection de beach soccer, son nom est associé aux plus grands succès historiques de ce sport.

Tout commence il y a 11 ans. À cette époque, Leonov pratique encore le football. Il parvient même à évoluer en seconde division. Puis, les sirènes du futsal l'attirent dans un premier temps. "Je n'avais jamais entendu parler de beach soccer avant 2005", avoue-t-il à FIFA.com. "Des anciens joueurs ont monté une équipe et ils s'entraînaient sur la plage de Serebryany Bor, à Moscou. J'étais un des plus jeunes et j'apportais beaucoup à l'équipe. Il fallait bien que quelqu'un fasse les efforts physiques !", ajoute avec humour le défenseur de 36 ans.

Par la suite, la Fédération russe a apporté son soutien. Des équipes professionnelles ont vu le jour, et l'équipe a effectué des déplacements à l'étranger puis les titres n'ont pas tardé à arriver. La stratégie mise en place au sein de l'équipe a été la clé du succès, mais ce n'était pas la seule raison. "Nous avons participé aux différentes compétitions et des clubs ont été créés. Nous avons invité des joueurs étrangers de grande qualité. Les Russes ont progressé à leur contact, lors des entraînements et des matches", raconte le vainqueur des Coupes du Monde de Beach Soccer de la FIFA, Ravenne 2011 et Tahiti 2013, et médaillé de bronze de Portugal 2015.

Jamais rassasié
Tous ces titres n'ont pas tempéré sa soif de victoires. La Coupe du Monde de Beach Soccer, Bahamas 2017 débute dans moins d'un an. Les Russes espèrent bien se refaire une santé après la désillusion de 2015. "Je dois admettre que nous nous sommes laissés submerger par l'enjeu de la demi-finale. Nous n'avons pas arrêté de contester les décisions arbitrales et nous sommes sortis du match. En revoyant la rencontre, nous avons compris que nos critiques n'avaient pas lieu d'être. Nous devons nous focaliser seulement sur notre jeu", reconnaît le grand admirateur de Madjer, Amarelle, Alan et Benjamin.

S'ils veulent avoir l'occasion de se racheter aux Bahamas, les Russes devront sortir de la phase de groupes des éliminatoires de la zone Europe qui débute le 2 septembre, à Jesolo, en Italie. Les 28 équipes engagées seront réparties en 7 groupes dans lesquels tous les participants joueront les uns contre les autres. Les deux premiers de chaque groupe, ainsi que les deux meilleurs troisièmes, accèderont au tour suivant. Ils seront ensuite divisés en quatre groupes et s'affronteront à nouveau dans un mini-championnat. Les premiers de chaque groupe se qualifieront pour les demi-finales et poursuivront leur route vers les Bahamas. Le nom du champion sera connu le 11 septembre.

"C'est un tournoi difficile. Nous devons être dans le top 4. Pour cela, il faut gagner les six premiers matches. Bien sûr que nous voulons proposer un jeu bien léché et donner du plaisir aux gens qui nous regardent, mais seul le résultat compte. Au premier tour, notre principal adversaire sera l'Allemagne. Nous connaissons moins le Kazakhstan ou la Norvège", analyse Leonov, qui officie actuellement en tant qu'entraîneur-joueur de l'équipe de beach soccer du Lokomotiv Moscou.

Sur le toit de l'Europe
Remporter le tournoi de Jesolo serait synonyme non seulement de qualification pour la Coupe du Monde, mais aussi de record au nombre de victoires de ce trophée européen, soit cinq, comme l'Espagne et le Portugal. "Notre jeu repose sur la discipline, l'engagement, la préparation physique, la bonne ambiance et la confiance entre les joueurs. Le Championnat de Russie, que je qualifierais de meilleur du monde, permet d'admirer différents styles de joueurs. La venue d'étrangers a été positive en ce sens", estime le capitaine de la Sbornaja.

Ce niveau d'excellence n'est pas facile à maintenir. Surtout lorsque l'on connaît les conditions climatiques de ce pays où aller à la plage n'est pas l'activité première. La tentation de se tourner vers le futsal n'est jamais très loin. "À Moscou, nous ne disposons pas de stade couvert. Nous devons nous entraîner en intérieur en hiver, sur des pelouses synthétiques. Cela nous permet de garder le rythme. Nous sommes obligés de jouer au futsal. La stratégie est la même qu'au beach soccer mais les différences se font sentir au point de vue technique", explique-t-il.

Après plus de dix ans en sélection et ses deux sacres mondiaux, il est désormais reconnu dans son pays. Le beach soccer a tout donné à Leonov. "Devenir le capitaine de la Russie a été une sensation incomparable. J'ai pu rencontrer de nombreuses personnalités grâce à mon sport. J'ai eu l'occasion de rencontrer Maradona, Zidane, Rooney, Messi, Xavi et Iniesta. Je suis vraiment heureux d'avoir pu vivre ces moments-là", analyse le Moscovite, fier de sa carrière.

Leonov compte bien ajouter une nouvelle Coupe du Monde à son palmarès avant de raccrocher les crampons et de mettre fin à une carrière exceptionnelle : "J'ai 36 ans mais je veux toujours devenir le meilleur joueur du monde. Madjer avait 39 ans et il a été l'un des meilleurs lors de la Coupe du Monde de Beach Soccer de la FIFA, Portugal 2015. Les titres collectifs sont plus importants pour moi. Si la Russie est sacrée et que je suis sur le terrain, les trophées individuels suivront", conclut-il.