La Pasión de un Pueblo : Voici le surnom qui résume l'América de Cali, le quatrième plus ancien club de première division colombienne et le deuxième plus titré. Des footballeurs de génie y ont joué, mais pour obtenir sa première couronne de champion, il a dû être exorcisé... FIFA.com vous présente un club à l'histoire aussi riche que singulière.

Naissance d'une institution
Si la fondation de la Corporación América de Cali, comme on désigne le club aujourd'hui, date officiellement du 13 février 1927, plusieurs historiens du club colombien identifient deux faits antécédents liés à sa naissance.

Le premier fait date de 1918. C'est le 21 décembre de cette année qu'est créé l'América Football Club, dans un quartier modeste de Cali. Son existence est éphémère, mais cela nous renvoie au deuxième antécédent, qui remonte à 1923 : un groupe d'anciens joueurs d'América fondent le Racing Club, en référence au club argentin homonyme portant un maillot blanc et bleu à rayures verticales.

Parmi ces membres fondateurs figuraient Álvaro Cruz et Hernán Zamorano Isaacs, qui, quatre ans plus tard, remettent au goût du jour le nom d'América. De fait, c'est ce dernier qui, le 13 février 1927, devient le premier président de l'América de Cali.

La légende en marche
Comment l'América a-t-il troqué le bleu et blanc pour le rouge qui le caractérise aujourd'hui ? Au cours d'une virée dans l'intérieur du pays en 1931, l'effectif de la Mechita fut invité à assister à un match de basket-ball à Barranquilla entre Unión Colombia et les Diablos Rojos (diables rouges). Impressionnés par la couleur du maillot de ces derniers, les joueurs décidèrent aussitôt de l'adopter.

La figure du diable fit même son apparition sur l'écusson du club au début des années 1940, mais pour des questions religieuses, il devint indésirable sous le mandat de l'entraîneur Gabriel Ochoa Uribe, avant de disparaître complètement de l'emblème en 1992.

Pourtant, l'histoire de l'América a toujours été empreinte de mysticisme. La légende raconte qu'en 1948, alors que le passage au professionnalisme avait été entériné, un des socios du club nommé Benjamín Urrea fut scandalisé au point de lancer une malédiction : "Au diable le professionnalisme ! Faites ce que vous voulez de l'América, mais je jure devant Dieu qu'il ne sera jamais champion...". Beaucoup rirent de bon cœur ce jour là, bien loin d'imaginer la famine qui allait frapper le palmarès du club. Ainsi, en 1978, un groupe de socios et Urrea lui-même décidèrent d'exorciser le club pour mettre fin à la Maldición del Garabato, la malédiction du grand échalas, en référence au profil dégingandé d'Urrea. Croyez-le ou non, l'América remporta son premier sacre la saison suivante...

Ce succès ouvrit la voie à l'ère la plus prolifique du club. Sous la houlette de Ochoa Uribe et avec des joueurs du calibre de Willington Ortíz et Anthony de Ávila, les Paraguayens Juan Manuel Battaglia et Roberto Cabañas, et les Argentins Julio Falcioni et Ricardo Gareca, les Diablos Rojos ont archi-dominé le football colombien dans les années 1980, décrochant un quintuplé inédit entre 1982 et 1986, le dernier titre obtenu aux dépens du frère ennemi du Deportivo Cali.

Seule la Copa Libertadores a échappé aux griffes de cette fameuse équipe. Ce ne sont pourtant pas les occasions qui ont manqué : la Mechita a disputé trois finales consécutives sans jamais soulever le trophée. Elle s'est inclinée en 1985 aux tirs au but face à Argentinos Juniors, puis face à un autre club argentin, River Plate, en 1986. Mais c'est la finale 1987 qui a suscité le plus de regrets : c'est un but de Diego Aguirre à dix secondes de la fin du troisième match décisif qui a fait pencher la balance du côté de Peñarol (Uruguay).

La décennie 1990 fut également riche en succès. Grâce aux talents de Freddy Rincón, Jairo Castillo, Albeiro Usuriaga, Oscar Córdoba, Jorge Bermúdez et Jerson González, les Escarlatas ont décroché trois autres titres nationaux et atteint une quatrième fois la finale de la Copa Libertadores, chutant de nouveau face à River Plate. En 1996, l'América s'est hissé en deuxième position au classement mondial des clubs, performance unique en Colombie à ce jour. En 1999, le club a fait main basse sur son premier titre international, la Coupe Merconorte.

Le triplé enchaîné par América entre 2000 et 2002 fait de lui le club le plus titré du XXIème siècle en Colombie. Pourtant, il n'a plus eu l'occasion de célébrer le moindre trophée depuis l'Apertura 2002 et demeure, avec 12 titres, le deuxième club le plus titré de Colombie à une unité de Millonarios.

Aujourd'hui
L'América vient de se qualifier pour le mini championnat à quatre du tournoi de clôture et espère mettre fin à six années de disette. Défaits en finale du tournoi d'Ouverture 2008 face à Boyacá Chicó, les Escarlatas sont plus que jamais candidats au titre. Leur principal objectif est de retrouver la Copa Libertadores, qui fuit le club depuis 2005 et qui manque cruellement aux dirigeants comme aux fans.

Le stade
Le stade olympique Pascual Guerrero, anciennement Estadio Departamental, a été inauguré le 20 juillet 1937 et porte le nom du poète qui a fait don des terrains sur lesquels a été bâtie l'enceinte. Il peut accueillir 45 000 spectateurs et constitue le fief de l'América et du Deportivo Cali.