Comme beaucoup de clubs issus de la "deuxième ville" d'un pays, Asante Kotoko a construit un lien particulier avec ses supporters. Dirigeants et supporters se sont souvent retrouvés unis dans la lutte contre un ennemi commun, l'équipe de la capitale. Installés à Kumasi, au cœur du territoire ashanti, les Porcupine Warriors entretiennent une forte rivalité avec Hearts of Oak, le grand club d'Accra.

Si la cité portuaire incarne le Ghana moderne, les habitants de Kumasi rappellent volontiers que leur équipe reste à ce jour la plus titrée du pays, aussi bien sur la scène nationale qu'au niveau continental. En 2000, Asante Kotoko s'est même vu décerner le titre de "Club du siècle" par l'International Federation of Football History and Statistics. Si la CAF leur a préféré deux clubs égyptiens, Al Ahly et Zamalek, les Fabulous, troisièmes, devancent encore leurs rivaux de quatre places.  

Naissance d'une institution
L'histoire d'Asante Kotoko plonge ses racines dans le passé colonial du Ghana. Au début des années 20, un natif de Kumasi du nom de Kwasi Kumah part s'installer à Accra. Très vite, il trouve un emploi de chauffeur auprès d'un soldat britannique. Initié au beau jeu par ses employeurs, Kumah rentre chez lui en 1924, bien décidé à monter sa propre équipe. Pendant une dizaine d'année, le club peine cependant à trouver son identité. Un beau jour, un sage prédit aux dirigeants que de grandes choses se produiront s'ils optent pour le nom de kotoko, qui signifie "porc-épic" en ashanti. L'animal bénéficie déjà d'une belle cote de popularité dans la région, puisqu'il symbolise l'ancien empire. En 1935, le nom Kumasi Asante Kotoko FC est définitivement adopté. Depuis cette époque, le club entretient des liens étroits avec sa ville et ses supporters. Son blason représente un porc-épic à l'allure belliqueuse, au-dessus duquel on peut lire ces mots : Kum apem a, apem beba ("tuez-en un millier, mille autres prendront leur place").

La légende en marche
À la fin des années 50, lorsque le championnat du Ghana ouvre ses portes pour la première fois, les Porcupine Warriors font partie des clubs qui comptent. Soucieux de justifier leur réputation, ils s'adjugent la deuxième édition de la compétition. Il faut cependant attendre la décennie suivante pour les voir imposer leur marque au niveau national et partir à la conquête du continent. À compter de 1967, Asante Kotoko atteint la finale de la Coupe d'Afrique des Clubs Champions à quatre reprises en sept ans. Les Ghanéens ne s'imposent qu'une seule fois au cours de cette période, en 1970, mais passent souvent tout près de l'exploit.

En 1967, ils obtiennent deux matches nuls consécutifs contre le Tout Puissant Mazembe Englebert. À l'époque, les tirs au but n'ont pas cours. Les joueurs décident de rentrer au pays et découvrent alors qu'une troisième manche était prévue. Malheureusement, il est trop tard : les Zaïrois s'imposent par forfait. Trois ans plus tard, Asante Kotoko prend sa revanche sur le TP Mazembe et entreprend de défendre sa couronne continentale. Une fois de plus, la troisième manche se révèle fatale aux Porcupine Warriors, qui s'inclinent 0:1 face au Canon Yaoundé dans des circonstances particulières. En effet, le match a été interrompu avant son terme en raison de troubles dans les tribunes. En 1973, les Ghanéens pensent avoir fait le plus difficile en s'imposant 4:2 à l'aller mais l'AS Vita Club remporte la finale retour 3:0 et ramène le trophée au Zaïre.

Asante Kotoko connaît encore deux échecs frustrants en finale, en 1982 et 1993. La deuxième fois, les Porcupine Warriors s'inclinent aux tirs au but contre Zamalek, après deux manches achevées sur des scores nuls et vierges. Depuis, le club de Kumasi traîne la réputation d'un éternel second. Ses défaites en finale de la Coupe de la Confédération de la CAF en 2004 et de la Coupe d'Afrique des vainqueurs de Coupe en 2002 ne l'ont guère aidé à dissiper les doutes qui l'entourent. Battu à cinq reprises en finale de l'épreuve reine du football africain, ce qui constitue un record peu enviable, Asante Kotoko compte néanmoins deux couronnes africaines à son tableau de chasse, conquises en 1970 et 1983. Cette année-là, les Ghanéens se sont permis d'écarter Al Ahly, le club le plus titré de la compétition, vengeant ainsi leur échec en finale de l'année précédente.  

Sur la scène nationale, le club a souvent dominé les débats. Asante Kotoko et Hearts of Oak se partagent 40 des 50 titres de champion du Ghana. Le premier compte cependant deux sacres de plus que son grand rival. Les Porcupine Warriors ont signé trois triomphes consécutifs à trois reprises et, entre 1980 et 1983, ont même trusté le titre quatre ans de suite.

Aujourd'hui
Compte tenu de son palmarès exceptionnel, on peut considérer qu'Asante Kotoko traverse actuellement une période de vaches maigres. Le géant de Kumasi n'a empoché que trois titres de champion depuis 1993 et n'a plus été sacré au niveau national depuis 2008. Ses performances au niveau africain sont encore plus décevantes. Les Porcupine Warriors n'ont plus atteint la phase de groupes de la Ligue des champions de la CAF depuis 2006. Le club a entamé l'exercice 2010/11 par une série de sept défaites consécutives, plongeant ainsi dans une crise inédite. Heureusement, les Fabulous ont réussi à surmonter ces difficultés passagères pour terminer la saison à la deuxième place avec trois points d'avance sur Hearts of Oak...

Le stade
Asante Kotoko évolue dans la plus grande enceinte du pays. Le stade Baba Yara peut accueillir 40 000 spectateurs, soit 1 000 de plus que le stade Ohene Djan d'Accra. Anciennement connue sous le nom de stade des sports de Kumasi, cette arène a été inaugurée en 1959 et rénovée à la fin des années 70 puis dans les années 2000, en vue de la Coupe d'Afrique des Nations de la CAF. Le stade Baba Yara a également servi de cadre à plusieurs rencontres du grand rendez-vous continental, en 1963, 1978 et 2000.