Nommé président d’Aston Villa en 1877, William McGregor est devenu le fondateur de la Ligue de Football anglaise en 1888. On imagine la fierté du drapier écossais, 22 ans plus tard, en constatant que son club de toujours s’était hissé au sommet de la hiérarchie nationale en glanant six championnats.
Aston Villa doit ensuite patienter 71 ans pour remettre la main sur la couronne anglaise, un peu à la surprise générale. Mais cette attente est récompensée par une prouesse encore plus invraisemblable : un succès inattendu sur le Bayern Munich en finale de la Coupe d’Europe des Clubs Champions. FIFA.com vous raconte l’histoire du plus vieux club encore en activité dans le plus vieux championnat du monde.
Naissance d’une institution
L’Aston Villa Football Club est fondé par Jack Hughes, Frederick Matthews, Walter Price et William Scattergood en mars 1874. Le club remporte son premier trophée six ans plus tard, en battant Saltley College 3:1 en finale de la Birmingham Senior Cup. Ce triomphe doit évidemment beaucoup aux dribbles incisifs et aux ouvertures clairvoyantes de George Ramsay. Le natif de Glasgow prend ensuite les rênes du club et lui offre, en s’appuyant sur les prouesses offensives de son compatriote Archie Hunter, sa première victoire en finale de FA Cup sur le club voisin de West Bromwich Albion, en 1887.
Ce succès marque également le premier chapitre d'une âpre rivalité. Un vif antagonisme se développe parallèlement avec Birmingham City, et à ce jour, Baggies et Blues demeurent les pires ennemis des Villans. Après la création de la Football League par Sir McGregor, Villa fait naturellement partie des membres fondateurs de l’élite et termine la saison inaugurale en deuxième position, avec 11 points de retard sur Preston North End.
La légende en marche
Quatrième du championnat à l’issue des exercices 1891/92 et 1892/93, Aston Villa attire des assistances record de plus de 25 000 spectateurs et finit par régner sur l’Angleterre. Sous l’impulsion de l’excellent John Devey, Villa enlève cinq titres et trois FA Cups entre 1894 et 1900. Les Villans établissent également deux records durables au cours de cette période. Le but en solitaire de Bob Chatt, 30 secondes après le coup d’envoi face à West Brom en 1895, restera comme le but le plus rapide jamais inscrit en finale de la FA Cup, avant d’être effacé des tablettes en 2009 par Everton et Louis Saha (25 secondes). Après le doublé coupe-championnat en 1897, il faut attendre 1961 pour voir Tottenham Hotspur faire de nouveau main basse sur les deux trophées nationaux majeurs du football anglais.
Villa devient en outre le premier club à adopter le fameux maillot bleu et bordeaux, au tournant du XXe siècle. En 1910, il remporte son sixième championnat national grâce à l’association prolifique de Joe Bache et d’Harry Hampton. Mais après la conquête d’une sixième FA Cup en 1920, la galerie de trophées prend la poussière pendant de longues années. Cela n’empêche pas les fans de se régaler devant les exploits d’une pléiade de joueurs d’exception comme Tom "Pongo" Waring, un attaquant turbulent connu pour son manque d'assiduité à l'entraînement. Son dilettantisme ne l'empêche pas d'inscrire 49 buts et de mener Aston Villa à la deuxième place du championnat en 1930/31. Seul Dixie Dean, auteur de 60 réalisations en 1927/28, a fait mieux dans l’histoire de l’élite anglaise. Citons également le milieu de terrain Eric Houghton, qui ravit le public entre 1929 et 1947 par ses longues frappes imparables, ainsi que Trevor Ford, grande figure de la fin des années 1940.
Villa renoue avec le succès en 1957 en remportant (2:1) la finale de la FA Cup contre une équipe de Manchester United pourtant donnée favorite. Le doublé de Peter McParland fait plier les Red Devils menés par Duncan Edwards et Bobby Charlton. Les Villans s’adjugent également la toute première Coupe de la Ligue anglaise en 1961.
Il faut attendre l’exercice 1980/81 pour voir Villa conquérir de nouveau le sacre national, après 71 ans d’attente. Alors que la course au titre ne semble d’abord concerner qu’Arsenal, Ipswich, Liverpool, Manchester United et Nottingham Forest, la formation de Ron Saunders, qui doit s’appuyer sur un effectif de seulement 14 joueurs sur 42 matches, vient jouer les trouble-fêtes. Le capitaine Dennis Mortimer, le milieu Gordon Cowans, le jeune attaquant Gary Shaw et son compère Peter Withe sont les grands acteurs de ce triomphe. On retrouve ce même quartet à l’œuvre la saison suivante pour conduire le club à un apogée des plus improbables.
Alors que Villa végète en milieu du tableau, Saunders rend son tablier en janvier et passe la main à son assistant, l’inexpérimenté Tony Barton. Malgré un exercice laborieux qui voit le club terminer en 12ème position, Villa élimine le Dynamo Kiev et Anderlecht pour atteindre la finale de la Coupe d’Europe des Clubs Champions. En guise de récompense, les Villans gagnent le droit de se mesurer au grand Bayern Munich, où évoluent notamment Paul Breitner, Dieter Hoeness et Karl-Heinz Rummenigge.
Les espoirs d’Aston Villa semblent s’évanouir au bout de dix minutes, avec la sortie sur blessure de l'expérimenté gardien Jimmy Rimmer. Sa doublure, Nigel Spink, ne compte à son actif qu’un seul match en professionnel. Mais le novice repousse inlassablement les assauts bavarois et, à la 67ème minute, l’équipe des Midlands marque le seul but de la rencontre par l‘intermédiaire de Peter Withe, idéalement servi sur un centre de Tony Morley venu de l’aile gauche. Villa ne s’arrête pas en si bon chemin et dispose de Barcelone 3:1 en score cumulé en Supercoupe d’Europe, huit mois plus tard.
Relégués en deuxième division en 1987, les Villans retrouvent l’élite la saison suivante. Sous la conduite de Gordon Cowans et de deux jeunes joueurs prometteurs, le prolifique milieu de terrain David Platt et l’ailier supersonique Tony Daley, Villa termine deuxième du championnat en 1990. A l’issue de la saison inaugurale de Premier League, en 1992/93, le club se hisse de nouveau sur la deuxième marche du podium.
Le reste de la décennie se révèle cependant décevant pour le club, qui se console en raflant deux Coupes de la Ligue et en savourant les exploits de Paul McGrath, Dean Saunders, Dalian Atkinson et Dwight Yorke.
Aujourd’hui
Le début du millénaire n’a pas vraiment marqué l’histoire du club. Mais une nouvelle dynamique s’est amorcée depuis l’arrivée de l’entraîneur Martin O’Neill en 2006. De fait, après un premier exercice moyen sous la coupe de l’Irlandais, Villa a terminé sixième au terme des trois dernières saisons, s’inclinant cette année en finale de la Coupe de la Ligue face à Manchester United (1:2). Aston Villa a même dominé Birmingham City lors du fameux derby de Birmingham en avril 2010 (1:0). A ce jour, seul Everton a disputé davantage de saisons qu'Aston Villa parmi l’élite anglaise. Le club des Midlands reste toutefois celui qui a produit le plus grand nombre d’internationaux anglais dans l’histoire.
Le stade
Après avoir d’abord évolué à Aston Park de 1874 à 1876 et à Perry Barr de 1876 à 1897, Aston Villa a investi l’enceinte du Villa Park, inauguré le 17 avril 1897 lors d’un derby face à Birmingham. D’une capacité de 42 632 places, il est l’un des plus utilisés en Angleterre, notamment lors des demi-finales de FA Cup. Construit sur un ancien parc d’attraction, Villa Park est l’un des stades dans lesquels s’est déroulé l’UEFA EURO 1996. Actuellement en extension, il accueillera 50 000 personnes lorsque les travaux seront terminés. Loin du record d’affluence de 76 588 spectateurs, établi le 14 mars 1946 pour un match de FA Challenge Cup entre les locaux d’Aston Villa et Derby County.













