"Le Chili c'est qui ? Colo Colo ! Colo Colo qui c'est ? Le Chili !" Un tantinet exagéré le slogan des supporters de la formation alba ? Pas tant que ça. Après tout, le club de Santiago est le plus titré du Chili et son passé, entre moments de gloire, crises et tragédie, est intrinsèquement lié à l'histoire et au développement footballistiques du pays. FIFA.com raconte.
Naissance d'une institution
En 1924, un attaquant nommé David Arellano participe avec le Chili au Tournoi sud-américain en Uruguay. Impressionné non seulement par la qualité de l'organisation, mais également par les méthodes d'entraînement et les tactiques mises au point par la Celeste ainsi que l'Argentine, l'international chilien rentre au pays avec une seule idée en tête : reproduire dans son club, le prestigieux Magallanes, le modèle découvert en Uruguay. Mais devant la réticence de ses dirigeants, il décide l'année suivante - et avec quelques jeunes coéquipiers - de fonder sa propre équipe.
C'est ainsi que naît, le 19 avril 1925, le Colo Colo Football Club. Le nom est emprunté à un ancien cacique mapuche réputé pour son intelligence et qui avait combattu les Espagnols au XVIe siècle. Le choix de la tenue est une formalité : maillot blanc (symbole de pureté), short noir (marque de sérieux) et écusson rouge, bleu et blanc, couleurs du drapeau chilien. Sans plus tarder, Arellano met en pratique ses idées révolutionnaires et en 1926, son équipe remporte le Tournoi de Santiago sans jamais connaître la défaite.
La renommée du Cacique, surnom donné au club dès sa naissance, dépasse rapidement les murs de la capitale et dès ses premières années d'existence, Colo Colo devient l'équipe la plus populaire du pays.
La légende en marche
En 1927, Colo Colo est la première formation chilienne à effectuer une tournée hors de ses frontières. Lors d'un match en Espagne contre la Unión Deportiva (future Real Valladolid), Arellano reçoit un coup qui va déclencher une péritonite. L'inflammation, découverte trop tard, entraîne le décès du joueur. En signe de deuil, le club décide immédiatement d'ajouter une bande noire au-dessus de la tête d'indien qui orne son blason.
Colo Colo est l'une des institutions qui préside en 1933 à la création de la Ligue professionnelle de football. C'est par ailleurs la seule équipe à n'avoir jamais quitté la première division chilienne. En 1937, les Albos remportent leur premier championnat du Chili, au terme d'une saison où ils ne s'inclinent pas une seule fois.
En 1947, le Cacique s'adjuge son cinquième titre national et se voit confier dans la foulée, en 1948, l'organisation du premier Championnat sud-américain des champions, ancêtre de l'actuelle Copa Libertadores de América. Ancêtre également de la Ligue des champions de l'UEFA ? La rumeur dit que Gabriel Hanot, journaliste sportif de son état et instigateur de la première coupe d'Europe, pouvait difficilement ne pas être au courant de l'initiative chilienne...
Dans les années 1950, Colo Colo quitte rarement le haut de l'affiche, mais c'est le cru 1963 du Cacique qui restera dans les annales du club. Cette année-là, l'équipe alba inscrit 103 buts en une saison, dont 37 pour le seul Luis Álvarez. Ces deux records sont toujours en vigueur à Colo Colo, même si celui d'Álvarez a été égalé en 2008 par Luca Barrios.
Emmené par les légendaires Carlos Caszely et Francisco Valdés, le Colo Colo version 1973 devient le premier club chilien à atteindre la finale de la Copa Libertadores. Battue à cette occasion par les Argentins d'Independiente, l'équipe n'en constitue pas moins la base de la sélection chilienne qui se qualifiera pour la Coupe du Monde de la FIFA, Allemagne 1974.
Suite à des années 1980 prospères, l'épisode le plus mémorable du club survient au début de la décennie suivante, sous la houlette de l'entraîneur croate Mirko Jozic. En 1991, Colo Colo réalise un exploit qui reste unique à ce jour dans le football chilien : soulever la Copa Libertadores. Après l'arrivée aux commandes du Paraguayen Gustavo Benítez, le Cacique triomphera en Copa Sudamericana et en Interamericana. Le club remportera en outre, pour la deuxième fois de son histoire, trois championnats du Chili consécutivement.
Le tournant du millénaire annonce l'un des épisodes les plus noirs de l'histoire de Colo Colo. En 2002, la justice ordonne la mise en faillite du club, qui toutefois ne disparaît pas. En 2006, la décision est levée et Claudio Borghi prend les rênes. Avec dans son effectif des individualités comme Matías Fernández, Jorge Valdivia, Alexis Sánchez ou encore Humberto Suazo, le Cacique renaît de ses cendres, réalisant même en 2008 un exploit inédit : décrocher le titre national quatre fois de suite.
Aujourd'hui
Après avoir fêté en décembre 2008 son 28e sacre dans le championnat du Chili, Colo Colo entretenait de sérieux espoirs en vue de la Copa Libertadores 2009. Cependant, son élimination dès la phase de groupes de l'épreuve reine sud-américaine, conjuguée à une absence inattendue dans les play-offs de l'Apertura 2009, ont jeté un froid du côté de l'Estadio Monumental. Le premier à en faire les frais a été l'entraîneur Marcelo Barticciotto, à qui succédera en juin l'Argentin Hugo Tocalli.
Le stade
Si l'idée de construire un stade remonte aux années 1930, le terrain sur lequel est bâti l'Estadio Monumental David Arellano n'a pas été acheté avant 1956. Pour financer les travaux, les dirigeants de Colo Colo pensaient obtenir une aide du gouvernement, sous prétexte que la nouvelle enceinte pourrait accueillir des rencontres de la Coupe du Monde de la FIFA 1962. Mais un tremblement de terre vint contrarier tous les plans et finalement, ce n'est qu'au milieu des années 1970 que le stade fut inauguré.
A cette occasion, le 20 avril 1975, les locaux disputent et remportent un match contre Aviación. Colo Colo évolue ensuite à cinq reprises dans ses nouvelles installations, avant qu'une inspection décèle un défaut de construction. Ce n'est que 15 ans plus tard, le 30 septembre 1989, que l'Estadio Monumental David Arellano ouvre définitivement ses portes aux supporters albos. Le Cacique s'impose face à Peñarol. La capacité actuelle du stade est de 45 000 personnes.



