Le Brésil compte plus de 190 millions d'habitants et presque 800 clubs de football professionnels. De façon étrange, deux équipes se partagent la ferveur de plus de 25 % d'une population accro au ballon rond : le Flamengo et le Vasco da Gama. La rivalité entre les deux formations a longtemps été subordonnée à celle qui opposait le Flamengo au Fluminense, autre grand club de Rio de Janeiro. Mais aujourd'hui, O Clássico dos Milhões (le derby des millions) constitue bien le plus grand rendez-vous footballistique dans le calendrier carioca.

La popularité inégalée de ce choc depuis une quarantaine d'années n'est pas seulement due au nombre de supporters des deux équipes dans tout le pays. Avant les années 1970, le Flamengo et le Vasco ne s'étaient affrontés que deux fois en finale du championnat du Brésil. Depuis, ils ont croisé le fer à 16 reprises dans la rencontre décisive pour l'attribution du titre. Les duels entre Zico et Roberto Dinamite, reconnus comme les deux joueurs les plus légendaires de chaque côté, déclenchaient les passions à travers tout le Brésil. Le choc entre les deux équipes a attiré jusqu'à 175 000 spectateurs. Les quelques joueurs ayant porté les deux maillots, rubro-negro (Flamengo) et cruzmaltino (Vasco), ont suscité des polémiques d'ampleur nationale. C'est le cas de Tita, Bebeto, Romario ou encore Edmundo. Depuis 40 ans, les deux grands rivaux sont habitués à jouer les premiers rôles dans le football brésilien.

Les origines
Le Flamengo et le Vasco ont longtemps disputé des régates avant de s'affronter sur les terrains de football. C'est suite à la promotion du Vasco dans le Campeonato Carioca en 1922 que les deux clubs se rencontrent pour la première fois. A cette occasion, Cecy marque deux fois, le promu s'impose 3:1 et remporte son premier titre de champion de l'Etat de Rio.

La rivalité s'intensifie dans les années 1930. En 1931, le Flamengo concède la plus lourde défaite dans l'histoire du derby, un 7:0 auquel Russinha contribue allègrement. En 1938, pour l'inauguration du flambant neuf Estadio Gavea de Flamengo, le Gigante da Colina (géant de la colline) gâche la fête en l'emportant 2:0. L'animosité entre les deux voisins croît encore en raison de la tendance des Rouge et Noir à systématiquement débaucher les meilleurs joueurs du Vasco, comme Leonidas da Silva et Domingos da Guia.

Quelques chiffres
Disons-le d'emblée, les chiffres sont contestés concernant le nombre de victoires respectives et de matchs nuls dans le Clássico dos Milhões. Le Flamengo posséderait un léger avantage au nombre des succès. Ce qui est certain en revanche, c'est que le Vasco détient le record de la plus grande série d'invincibilité (23 matchs entre 1945 et 1951) et de victoires consécutives (10 entre 1947 et 1949).

Anecdotes et petites phrases
Au moment d'aborder la finale du Campeonato Carioca 1944, le Flamengo est en course pour remporter un troisième titre successif de champion de l'Etat de Rio. Malgré cela, c'est bien le Vasco qui est donné favori, car il dispose d'une pléthore de jeunes talents qui allaient bientôt permettre au club de devenir le premier champion d'Amérique du Sud. Dans l'autre camp, les formidables Domingos da Guia, Leonidas da Silva et Peracio sont allés voir sous d'autres cieux et l'équipe est décimée par les blessures. A tel point que l'entraîneur Flavio Costa est obligé de persuader Agustin Valido de sortir de sa retraite. A la 86ème minute, alors que le score est toujours nul et vierge et que le thermomètre indique 39 degrés, le vétéran argentin inscrit le seul but de la partie. Le Flamengo est champion et Valido peut définitivement raccrocher les crampons...

En finale de la Taça Guanabara, le Coupe de Rio, 1976, le Flamengo mène 2:0 dans l'épreuve des tirs au but. Zico, décrit par son entraîneur Carlos Froner comme le "roi des penalties", fait mentir son coach - il récidivera dix ans plus tard contre la France, en quart de finale de la Coupe du Monde de la FIFA, Mexique 1986. Mazzaropi, le gardien cruzmaltino, repousse la frappe du légendaire numéro 10, qui n'avait pourtant raté quasiment aucun penalty jusque-là dans sa carrière. Roberto Dinamite permet au Vasco d'égaliser à 4:4. Après l'échec du Flamenguiste Geraldo, Luis Carlos convertit sa tentative et offre à son équipe la victoire ainsi qu'un nouveau surnom : O Time da Virada (l'équipe des remontées).

En 1987 et 1988, les Vascaínos battent le Flamengo en finale du championnat de l'Etat de Rio, chaque fois sur un score de 1:0 et un but d'un ancien de la maison. En 1987 Tita, qui avait fait les beaux jours du Fla au début des années 1980, inscrit le seul but de la partie. L'année suivante Cocada, entré en cours de jeu, marque un but d'anthologie dans les ultimes instants du match. Pour la petite histoire, Cocada avait été jugé indésirable par le Flamengo plus tôt dans sa carrière. C'est donc avec un esprit de revanche qu'il célébra son but. Un peu trop peut-être, car au terme de la célébration et des échauffourées qui suivirent, Romario, Alcindo, Renato Gaucho et le buteur furent exclus.

Mais le plus beau souvenir des supporters du Vasco remonte probablement à 1997. Une victoire 4:1 sur le Flamengo, avec notamment un triplé d'Edmundo, offre au Bacalhau une place en finale du Campeonato Brasileiro. Le Vasco sera sacré ce champion cette année-là. Côté Flamengo, on n'est pas près d'oublier un Clássico dos Milhões qui a eu lieu en 2001. Le Rubro Negro avait déjà battu le Vasco lors des deux précédentes finales du Campeonato Carioca, mais devait réussir la passe de trois pour devenir tricampeões. Plus précisément, il devait s'imposer par deux buts d'écart au match retour. A la 53ème minute, Edilson marque son deuxième but de la journée et donne l'avantage aux Rouge et Noir (2:1). Dans les buts flamenguistes, un certain Julio Cesar fait des miracles. A deux minutes du coup de sifflet final, le Mengão obtient un coup franc. Le Serbe Dejan Petkovic se charge de placer une frappe enveloppée en plein dans la lucarne de Helton. C'est du délire parmi les joueurs du Flamengo. Image insolite : l'entraîneur Mario Zagallo est ému.

Aujourd'hui
Depuis quelques années, le Flamengo prend régulièrement le dessus sur le Vasco, avec un bilan de six victoires, trois nuls et seulement une défaite au cours des dix dernières confrontations. En outre, le Mengão a remporté les cinq dernières finales qu'il a disputées contre le Vascão, y compris la Copa do Brasil 2006, qualificative pour la Copa Libertadores.