Ce match constitue le point d'orgue de ce qui, pour la plupart des observateurs, fut une Coupe du Monde d'anthologie. Il faut dire que tous les ingrédients étaient réunis pour en faire un grand match : des buts, du jeu et des stars du ballon rond. Pelé, Jairzinho et Carlos Alberto ont finalement eu raison de Facchetti, Rivera et Riva au cours d'une rencontre beaucoup plus serrée que ne le laisse penser le score final.
Ce match disputé au stade Azteca, spécialement construit pour
l'occasion, n'avait pas pour seul enjeu la Coupe du Monde
de la FIFA 1970. Il y avait bien plus. Car la FIFA avait décidé que
le premier pays remportant trois éditions conserverait le trophée à
jamais. Pour la première fois de l'histoire, les deux
finalistes avaient déjà deux victoires en poche : l'Italie, en
1934 et en 1938, et le Brésil, en 1958 et en 1962. L'enjeu
était donc double.
Des parcours bien différents
L'Italie avait eu fort à faire pour parvenir en finale
: une victoire, deux nuls et un seul petit but en poule. Épique, la
demi-finale contre l'Allemagne s'était achevée sur un 4-3,
avec cinq buts marqués dans les prolongations. Le Brésil
n'avait pas éprouvé les mêmes difficultés. Les
Auriverdes avaient remporté les trois matches de leur
groupe, dont un 1-0 contre les Anglais, champions en titre.
Devant l'importance de l'enjeu, les premières minutes
de la rencontre font office de round d'observation, tous les
joueurs étant agglutinés au milieu du terrain. "Gigi"
Riva est le premier à brûler une cartouche... Et quelle cartouche !
D'une feinte de corps, il s'ouvre une voie royale pour un
tir des 25 mètres que Felix envoie au-dessus de la barre d'une
claquette très heureuse. La
Squadra Azzurra continue le forcing sur une tête suite à
un coup franc d'Alessandro Mazzola, mais le ballon manque le
cadre.
Pelé marque le centième but du Brésil en Coupe du
Monde
Le harcèlement dont fait l'objet Pelé dès le coup
d'envoi met en échec le Brésil au début du match, mais Rivelino
ne s'en laisse pas conter, multipliant les coups francs et les
corners. C'est même un peu contre le cours du jeu que la
Seleção prend l'ascendant à la 18ème minute. Une
remise en jeu somme toute assez innocente de Tostão est mise à
profit par Rivelino et par Pelé, qui saute plus haut que Tarcisio
Burgnich et pique sa tête dans le coin gauche des cages de Enrico
Albertosi. C'est le centième but du Brésil en Coupe du Monde :
"
O Rei" peut se laisser aller aux célébrations...
Ce joli but dynamise l'équipe brésilienne, absente
jusqu'alors, et contraint les Italiens à se mettre en quatre
pour arrêter la machine de guerre brésilienne. Burgnich se
distingue en écopant d'un carton jaune après 25 minutes,
délivré par l'arbitre est-allemand Rudolf Glöckner. Au grand
soulagement des Transalpins, les Sud-Américains continuent à gâcher
leurs occasions, Rivelino peinant à contrôler un ballon rendu
glissant par la pluie qui tombait sans discontinuer depuis le coup
d'envoi.
Une défense amorphe
Fidèles à leur habitude de ne jamais abdiquer, les Italiens
reviennent dans le match avant la mi-temps. Clodoaldo tente une
talonnade risquée qui est interceptée par le très vigilant Roberto
Boninsegna. L'attaquant remplaçant, qui n'avait dû sa place
dans le onze qu'à la blessure de l'avant-centre de la
Juventus Pietro Anastasi, s'approprie le ballon, élude Carlos
Alberto et réussit à marquer à la faveur de la glissade de Brito,
qui s'écroule devant son gardien de but dans sa tentative de
dégager le ballon.
Le Brésil essaie de passer la vitesse supérieure quelques
minutes avant la mi-temps, mais les efforts déployés ne sont
récompensés que par un carton jaune... En cause, Rivelino, qui
commet un tacle par derrière sur Mario Bertini. Pelé en profite
pour marquer un "deuxième" but, la défense italienne
ayant entendu le coup de sifflet de l'arbitre. M. Glockner
venait en effet de mettre un terme à la première mi-temps, ce qui
sauve la situation pour les Européens, de retour aux vestiaires sur
un 1-1 plus que flatteur.
Les Brésiliens insistent
Les Brésiliens reviennent sur le terrain plus déterminés que
jamais. Après quelques minutes seulement, Carlos Alberto déborde et
centre au deuxième poteau, un peu loin pour le gardien, les
défenseurs et la jambe de Pelé. L'Italie semble se contenter de
défendre - une tactique dangereuse, ainsi que le démontrera la
51ème minute de jeu. Angelo Domenghini réussit presque un coup de
maître au terme d'une contre-attaque éclair. Son tir, contré
par Everaldo, va s'échouer dans le petit filet alors que Felix
était battu.
Le Brésil accentue la pression pour doubler la mise. Il
s'en faut d'un cheveu... Rivelino choisit son pied droit
pour adresser un tir puissant dévié par Pelé et repoussé par la
barre. Les coups francs dans les 30 mètres italiens se font
pressants, mais le but décisif est marqué sur une phase de jeu.
Fachetti entrave le débordement de Jairzinho, mais le Brésilien
réussit à contourner son adversaire et à faire une passe à Gerson,
qui ne laisse aucune chance à Albertosi en plaçant une superbe
frappe du pied gauche.
Le 2-1 affiché après 66 minutes se transforme en un beau 3-1
à la 71ème minute de jeu. Une faute sur Pelé donne au Brésil un
coup franc, mais la défense italienne peine à se mettre en place.
Gerson trouve Pelé démarqué au deuxième poteau, qui remet le ballon
dans l'axe, où se trouve Jairzinho. Celui-ci ne s'en prive
pas pour marquer son unique but du match.
Carlos Alberto clôture le score
Pour donner plus de rythme à l'attaque italienne, Antonio
Juliano entre en jeu à la place de Bertini. Malgré des efforts
louables, la
Squadra Azzurra n'apparaît jamais capable de revenir
au score. Le dernier quart d'heure est 100% brésilien :
Rivelino rate le cadre sur un tir depuis la limite de la surface,
Pelé et Everaldo forcent Albertosi à sortir le grand jeu sur deux
belles tentatives. Plus tard, le capitaine brésilien Carlos
Alberto, résolument offensif, reçoit un caviar de Pelé - fallait-il
le préciser - et envoie un tir puissant du pied droit scellant le
score de la rencontre.
Le trophée Jules Rimet revient à l'équipe du Brésil, pour le plus grand plaisir de son sélectionneur Mario Zagallo, le premier à gagner la Coupe du Monde en qualité de joueur et d'entraîneur. Les fanas de foot du monde entier ont de quoi être heureux : cette équipe brésilienne qui vient de remporter la victoire se distingue par un jeu coulant, créatif, audacieux et surtout offensif. La foule porte en triomphe un Pelé torse nu, ému jusqu'au plus profond de lui-même.


