Dépassé seulement par Diego Armando Maradona, Mario Alberto Kempes est devenu l'une des plus grandes vedettes du football argentin. Sous l'influence de son père, qui avait pratiqué le football amateur dans sa jeunesse, le jeune Matador (sobriquet que lui donna le commentateur Carlos Muñoz) a commencé à taper dans le ballon à 9 ans. Sept ans plus tard, grâce à ses 46 réalisations, son équipe de province a remporté un tournoi régional et Kempes a fini meilleur buteur de la compétition. Ces deux distinctions lui ont ouvert les portes de Instituto de Córdoba, un club où il a débuté le 5 octobre 1973 lors d'une défaite 0-1 face à Newell´s Old Boys.
Au-delà de ces succès au niveau local, Kempes a obtenu des
résultats excellents sous le maillot de l'équipe
d'Argentine. "Mon pays a la chance de produire de très
grands footballeurs. Je ne suis que l'un de ces joueurs qui ont
écrit quelques lignes de l'histoire du football argentin",
avait-il déclaré lors de sa retraite, avec la modestie dont il a
toujours fait preuve. Il a débuté sous la vareuse
albiceleste le 19 avril 1972, en marquant un but à
l'occasion d'une victoire 3-1 face au Portugal, dans le
cadre du tournoi Espoirs de Cannes.
Quant à son premier match chez les seniors, il l'a
réalisé à 19 ans, à l'occasion des éliminatoires
sud-américaines pour la Coupe du Monde de la FIFA 1974. Cette
équipe qui l'a vu faire ses premiers pas au niveau
international avait été qualifiée de "fantôme" par la
presse argentine. En effet, elle était constituée de joueurs
habituellement remplaçants. Ce choix visait à faciliter
l'adaptation à l'altitude de La Paz. Le stratagème mis en
œuvre par le sélectionneur de l'époque, Enrique Omar Sívori,
avait payé puisque les coéquipiers de Kempes s'étaient imposés
1-0, grâce à un but de Oscar Fornari.
Les marches du succès
En Coupe du Monde de la FIFA, le Matador a disputé 18 matches en trois éditions (74, 78 et 82), très différentes les unes des autres. En Allemagne, en 1974, l'équipe sud-américaine a fourni une performance pâlichonne, non rehaussée par le joueur de Córdoba. Incapable d'imposer sa technique, il a quitté la compétition sans faire trembler les filets et a encaissé un carton par les inoubliables Pays-Bas de Johan Cruyff.
Trois ans plus tard, Kempes était devenu l'idole de
l'équipe espagnole de Valence, qui l'avait fait venir en
provenance de Rosario Central pour une somme record dans le
football argentin. Dans le club de la province de Santa Fé, le
goleador a inscrit 100 buts en comptant les rencontres officielles
et les amicales, devenant le plus grand artilleur de l'histoire
de l'équipe.
Son palmarès dans la formation espagnole est éloquent : deux
Coupes du Roi, deux Coupes d'Europe des Vainqueurs de Coupe,
une Supercoupe et deux titres de «Pichichi» (titre donné au
meilleur buteur de la Liga) au terme des saisons 76/77 (24 buts) et
77/78 (28).
Quatre ans après l'élimination sans gloire en terres
allemandes, Kempes est devenu prophète en son pays. Lors de la
Coupe du Monde de la FIFA 1978, il est l'un des seuls joueurs
convoqués par le sélectionneur César Luis Menotti à évoluer à
l'étranger. A l'époque, l'Argentine était gouvernée par
une junte de militaires. "Il est puissant, il possède un bon
toucher de balle, il couvre beaucoup de terrain et il a une frappe
superbe. C'est un joueur capable de faire la différence qui
peut évoluer au centre de l'attaque", indiquait le
sélectionneur
albiceleste avant le coup d'envoi de la compétition au
sujet de la convocation du Valencien.
La gloire passe par la maison
Dans sa chevauchée jusqu'au titre, l'Argentine s'est débarrassée de la Hongrie et de la France au premier tour et a concédé son unique défaite, face à l'Italie. Pourtant, malgré la qualification pour la deuxième phase, le Matador ne parvenait pas à trouver les filets adverses. "Je lui ai conseillé de se raser la moustache, un peu pour plaisanter, mais ça a apparemment marché... Car ensuite il a aligné pas moins de six buts, il est devenu le meilleur réalisateur et il a été élu meilleur joueur de la compétition", a signalé le sélectionneur argentin avec le trophée de la Coupe du Monde de la FIFA entre les mains.
Une fois au deuxième tour, l'Argentine a battu la Pologne
(deux buts de Kempes), a obtenu un nul face au Brésil puis a écrasé
le Pérou (deux buts) pour s'octroyer le droit d'affronter
les Pays-Bas en finale. A l'occasion de la rencontre décisive,
disputée le 25 juin, le
Matador a signé deux nouvelles réalisations, permettant
aux locaux de s'imposer par 3-1. La première a défloré le
compteur à la 38ème minute de la première mi-temps, tandis que la
seconde est arrivée à la 15ème minute des prolongations, au terme
d'une de ses incursions typiques, faites de puissance et de
courage. "La Coupe du Monde, c'était une grande joie pour
un peuple abattu, une énorme satisfaction. Je me souviens que je
dois ma convocation à la défection d'autres joueurs, comme
Osvaldo Piazza. J'ai porté le maillot numéro 10 alors que Diego
Maradona n'était même pas retenu. A l'époque, je ne
l'avais jamais vu jouer, mais c'est sans aucun doute le
meilleur joueur que l'Argentine ait jamais produit. En plus,
j'ai eu l'honneur de devenir le meilleur buteur de la
compétition, une distinction que seul Guillermo Stábile avait
décrochée avec le maillot
albiceleste", a déclaré le joueur, évoquant ses
souvenirs de cette grande épopée.
Le passage de témoin avec Maradona
Malgré l'étiquette de favori, le noyau de la Coupe du Monde
de la FIFA 1978 et l'arrivée de joueurs importants, la
formation argentine n'a pas été en mesure de rééditer sa
performance en 1982, sur le sol espagnol. Le champion sortant a
même été éliminé sans que le dernier meilleur artilleur
n'inscrive le moindre but. A la fin de cette saison, le
Matador a cédé son maillot floqué du numéro 10 à la jeune
promesse Diego Maradona, qui a récemment décrit Kempes dans son
autobiographie comme "le grand catalyseur du football
argentin".
Au-delà de son efficacité face aux buts, le joueur s'est
toujours caractérisé par son fair-play : il n'a jamais reçu le
moindre carton, jaune ou rouge, dans toute sa carrière
internationale.
En clubs, il est successivement passé par les formations
argentines de Instituto de Córdoba (73/74), Rosario Central (74/76)
et River Plate (81/82). En Espagne, il a porté les couleurs de
Valence (76/81 et 82/84) et de Hércules (84/86). Entre 1986 et
1992, il a évolué dans le championnat autrichien : First Viena
(86/87), Saint Polten (87/90) et Kremser (90/92). Par la suite, il
a pris trois années sabbatiques, au cours desquelles il a été
distingué par le gouvernement de la province de Mendoza (Argentine)
et nommé entraîneur-adjoint de Valence, aux côtés de Héctor
Núñez.
Kempes a finalement raccroché ses crampons à 41 ans, en 1996,
alors qu'il militait dans les rangs du Pelita Hyatt indonésien.
En tant qu'entraîneur-joueur, il a permis à cette écurie de
remporter le championnat. Depuis le banc de touche, le
Matador a décroché un autre titre, le championnat de
Bolivie, alors qu'il dirigeait The Strongest. Ce pays andin
l'a récemment vu présider aux destinées d'une autre
formation, Independiente Petrolero.




