Peu de stades au monde peuvent prétendre au titre de monument
historique. Pourtant le stade Mario Filho, plus connu sous le nom
de Maracanã, avec son enceinte gigantesque, son énorme capacité et
son architecture majestueuse, est sans aucun doute de ceux-là.
Construit au cœur de Rio De Janeiro à l'occasion de la Coupe du
Monde de la FIFA, Brésil 1950, ce lieu mythique aura été le témoin
de quelques-uns des plus grands moments de l'histoire du
football brésilien et mondial.
Connu dans le monde entier, le Maracanã fait aujourd'hui
figure de légende dans toute l'Amérique latine. On parle de lui
comme d'une forteresse imprenable. Lorsque l'on doit jouer
au Maracanã, une bonne performance ne suffit pas toujours pour
emporter la victoire. Au fil des ans, la pelouse la plus célèbre du
monde aura été foulée par les plus grands joueurs brésiliens, tels
Pelé, Garrincha, Zico ou encore Romario, sous les acclamations de
183 000 supporters totalement fanatiques. Ici, seuls les plus forts
survivent.
Un stade à la mesure de la grandeur du Brésil
A la fin des années 40, les Brésiliens ont l'ambition de
construire le plus grand stade du monde. La Coupe du Monde de la
FIFA va leur fournir un prétexte idéal. Construit pour servir
d'écrin à la victoire des
Auriverdes lors de la prochaine compétition mondiale, le
Maracanã monopolise toutes les attentions.
Les travaux débutent en 1948 et nécessitent le concours de
plus de 10.000 ouvriers, qui doivent travailler sans relâche sous
l'implacable soleil
carioca. Lorsque les travaux prennent fin, la nouvelle
enceinte dépasse de 43 000 places le détenteur de l'ancien
record du monde, l'Hampden Park de Glasgow.
A cette époque, le journal A Noite se fait l'écho de
l'immense fierté ressentie par tout le peuple brésilien :
"Aujourd'hui, le Brésil possède le plus grand et le plus
beau stade du monde. Désormais, le monde va pouvoir admirer nos
exploits dans un cadre digne de notre grandeur."
L'inauguration officielle de ce tout nouveau stade a lieu
avant le match d'ouverture de la Coupe du Monde de la FIFA
1950. En effet, c'est là que le Brésil, pays organisateur,
disputera cinq de ses six matches (le dernier ayant lieu au
Pacaembú). Sous la houlette de Flavio Costa, le Brésil est le grand
favori de la compétition. Personne ne semble pouvoir lui résister,
aussi les
Auriverdes abordent l'ultime rencontre face à
l'Uruguay en pleine confiance, après avoir successivement
ridiculisé la Suède et l'Espagne 7-1 et 6-1. La compétition
étant à l'époque organisée sous la forme d'un championnat,
les Brésiliens n'ont alors besoin que d'un simple match nul
face à leurs voisins uruguayens pour consacrer leur suprématie.
Maracanazo, un souvenir qui ne mourra jamais
La 'finale' se dispute donc le 16 juin 1950, devant
174 000 spectateurs, selon les chiffres officiels. Toutefois, de
nombreuses personnes jugent cette estimation très en dessous de la
réalité. Parmi les personnes présentes ce jour-là, on trouve
notamment João Havelange, Président de la FIFA de 1974 à 1998. Il
se souvient : "Il y avait au moins 220 000 personnes dans le
stade", l'équivalent à 10 % de la population de la ville à
l'époque.
Le match part sur de bonnes bases et tout semble se dérouler
comme prévu lorsque Friaca donne l'avantage au Brésil. Mais la
réponse des Uruguayens est cinglante : Juan Schiaffino et Alcides
Ghiggia trouvent tour à tour le chemin des filets et offrent contre
toute attente la victoire et le titre aux
Charrúas. Au coup de sifflet final, il ne règne plus dans
le stade qu'un silence de mort, presque surnaturel, une
atmosphère de désastre. Dès le lendemain, les médias parlent du
'Maracanazo' pour évoquer l'incroyable succès des
Uruguayens. Aujourd'hui encore, ce terme est fréquemment
utilisé lorsqu'une équipe parvient à s'imposer sur cette
fameuse pelouse.
"A l'issue de la rencontre, on pouvait voir des
adultes contenir leurs larmes à grand peine. Certains supporters,
persuadés que le Brésil était champion du monde, avaient quitté le
stade alors que le score était encore de un partout. Avant même
qu'ils n'aient atteint la sortie, leur rêve était parti en
fumée", raconte Havelange.
La légende dit que le Président de la FIFA de l'époque,
le Français Jules Rimet, était en train de descendre des tribunes
pour offrir le trophée aux Brésiliens, mais les Uruguayens avaient
changé le cours de l'histoire et remporté le titre suprême
alors qu'il n'avait pas encore atteint la pelouse. Surpris
par la tournure des événements, Rimet se serait alors discrètement
débarrassé du discours de félicitation rédigé en l'honneur de
l'équipe du Brésil et se serait contenté de présenter la coupe
au héros du jour, l'Uruguayen Obdulio Varela.
Certains pensent que le Brésil n'a jamais vraiment réussi
à oublier cette défaite. Pourtant, le 16 juillet 1989, sur le même
terrain, un but inscrit par Romario a suffi aux Brésiliens pour
venir à bout de l'Uruguay en finale de la Copa América et pour
laver cet affront.
Des records, des stars et un terrain pour deux
De nombreux clubs de Rio utilisent aujourd'hui le stade
du Maracanã lorsqu'ils doivent disputer des rencontres
importantes ou décisives. Chaque année, le grand classique du
championnat brésilien, le
'Fla-Flu', rencontre qui oppose Flamengo à
Fluminense, se dispute sur ce terrain. Cette rencontre est
considérée comme un des plus grands événements sportifs de la
saison, et ce dans toute l'Amérique du Sud.
Le Maracanã a également été le témoin de quelques-uns des
plus grands moments de l'histoire du football brésilien, comme
le 1 000ème but de Pelé en 1969. C'était le 19 novembre et
O Rei jouait sous les couleurs de Santos, contre le Vasco
de Gama. Quand Pelé trompa Edgardo Andrada sur penalty à la 34e
minute de jeu, le terrain fut littéralement envahi par les
supporters et les journalistes, obligeant l'arbitre à
interrompre la rencontre.
L'un des chapitres les plus poignants et les plus
symboliques de l'histoire du stade a été écrit le 20 janvier
1983, lorsque la dépouille de Garrincha, l'un des plus grands
joueurs de l'histoire du Brésil, a été présentée au Maracanã.
Des milliers de supporters avaient fait le déplacement pour rendre
un dernier hommage à leur idole disparue.
En 2000, 50 ans après le fameux 'Maracanazo', le
Maracanã accueille la finale de la première édition de la Coupe du
Monde des Clubs de la FIFA. Plus de 73 000 personnes assistent au
succès des Corinthians sur Vasco de Gama dans une finale cent pour
cent brésilienne.
