L'histoire du mythique stade Santiago Bernabéu ramène inévitablement à celle de son propriétaire, le Real Madrid, sacré club du siècle en 2000 par la FIFA. C'est en effet sous le célèbre maillot blanc que des "immortels" comme Alfredo Di Stefano, Ferenc Puskas, Emilio Butragueño, Ronaldo, Raúl ou Zinedine Zidane auront foulé cette pelouse magique.

L'enceinte madrilène a aussi été le théâtre de rencontres internationales mémorables, notamment la finale de la Coupe du Monde de la FIFA 1982 et celle du Championnat d'Europe 1964, qui avait vu la Furia Roja soulever le premier grand trophée de son histoire.

Bâti au niveau de ce qui n'était alors que la périphérie de la capitale espagnole, le stade se dresse aujourd'hui au cœur du quartier financier de Madrid. Ce chantier colossal a marqué le début d'une période de grandes constructions un peu partout dans le monde. A l'époque, beaucoup pensaient que c'était une folie de vouloir créer une enceinte de 120 000 places. Pourtant, le pari a bien vite payé.

Un trophée majeur
Le 21 juin 1964, jour de la finale de l'Euro, près de 100 000 supporters ont envahi les travées de Bernabéu pour voir l'Espagne décrocher face à l'Union soviétique un succès aux forts relents politiques. Car Franco ne va pas tarder à voir dans cette victoire un parfait instrument de propagande pour son régime.

Quatre ans plus tôt, le dictateur a fait retirer l'Espagne du premier Championnat d'Europe en raison des différences idéologiques qui l'opposaient à son adversaire des quarts de finale... l'URSS. En ce jour de juin 1964, en revanche, il est bien présent dans l'assistance. Les hôtes prennent rapidement l'avantage par Pereda (6ème), tout cela pour voir Khusainov égaliser deux minutes plus tard d'un maître coup franc. Et ce n'est qu'à quelques instants du coup de sifflet final, sur un superbe centre venu de la droite signé Pereda, que Marcelino trompe de la tête Lev Yashin, "l'Araignée noire". L'Espagne décroche son premier trophée majeur, ce dans le cadre majestueux de Bernabéu.

Le temps de la maturité
Le stade va subir un important lifting à l'occasion de la Coupe du Monde de la FIFA 1982, dont la finale lui a été attribuée. Sa capacité est ramenée à 90 000 places, tandis qu'il hérite du meilleur de la technologie de l'époque avec des tableaux d'affichage vidéo.

Le dernier match de cette édition 1982, disputé devant un stade archi-comble, voit l'Italie décrocher sa troisième couronne mondiale aux dépens de la RFA. Marco Tardelli va en profiter pour entrer à jamais dans l'histoire du ballon rond, sur un deuxième but azzurro dont les Allemands ne se relèveront pas. Pourtant, ce n'est pas son but qui restera dans les mémoires, mais l'immense joie qui éclaire ensuite son visage et sa course effrénée vers le banc pour fêter dignement cette réalisation.

Ce jour-là, Paolo Rossi trouve lui aussi le chemin des filets, ce qui lui permet de décrocher le titre de meilleur buteur de la compétition. Autre légende italienne, le gardien Dino Zoff, 40 ans, ne pouvait rêver plus beau couronnement à sa brillante carrière que de recevoir le précieux trophée des mains du roi Juan Carlos Ier.

Une grande équipe
Santiago Bernabéu ne rêvait pas seulement d'un grand stade, il voulait aussi une grande équipe. Le Real Madrid, ce club qu'il organise autour de la flèche blonde Di Stefano, veut rapidement prouver qu'il est digne de son écrin. C'est chose faite de 1956 à 1960, les Merengues remportant les cinq premières éditions de la Coupe d'Europe, avant d'être couronnés à nouveau en 1966.

La finale de cette prestigieuse compétition s'est tenue à trois reprises à Bernabéu. En 1957, le Real triomphait 2-0 de la Fiorentina. En 1969, un impressionnant AC Milan mettait à genoux l'Ajax de Johan Cruyff (4-1). En 1980, Nottingham Forest conservait sa couronne en se défaisant 1-0 de Hambourg. Enfin en 2010, l'Inter Milan de José Mourinho - qui allait signer au Real quelques semaines plus tard - venait à bout du Bayern Munich (2-0)

Côté compétitions nationales, Bernabéu a accueilli plus de finales de Coupe du Roi que n'importe quel autre stade. Parmi elles, celle de 2002 restera probablement longtemps encore dans les mémoires. Car en ce 6 mars, 100ème anniversaire de la naissance du club de Madrid (Centenariazo), le Deportivo La Corogne avait apparemment décidé de gâcher la fête, ce en quoi il a parfaitement réussi grâce à des buts de Sergio et Diego Tristán.

Stade cinq étoiles
En 1992, quatre grandes tours ont été ajoutées pour faciliter l'accès aux tribunes. Grâce à la couverture de la tribune Est et aux améliorations apportées à cette partie du stade, qui abrite la loge présidentielle et la presse, Bernabéu a obtenu en 2005 le label "cinq étoiles", conformément aux critères de l'UEFA.

Autant de raisons pour les joueurs de ressentir le "trac" évoqué par Jorge Valdano à propos de l'angoisse qui vous étreint au moment de pénétrer dans cette formidable enceinte.