Dépourvus de tout stade consacré au football, les Etats-Unis semblaient être un choix original et risqué pour accueillir la Coupe du Monde de la FIFA 1994. Riche en buts et en émotions, la compétition a pourtant engendré de grosses affluences. Le point d'orgue a été la finale au Rose Bowl, en Californie, épicentre de la planète foot le 17 juillet 1994.
Nichée au bord des montagnes de San Gabriel, au nord de Los
Angeles, dans la ville de Pasadena, cette gigantesque enceinte
ovale a accueilli 94 194 spectateurs, offrant un décor digne de ce
match de prestige entre deux triples champions du monde, le Brésil
et l'Italie, et rendant hommage au melting-pot culturel
qu'est la Californie du Sud.
Les Sud-américains ont remporté leur quatrième Coupe du Monde
de la FIFA aux tirs au but, suite à un match on ne peut plus fermé.
Après la rencontre, la
Seleçao a enfin pu remettre les mains sur ce trophée, elle
qui avait gagné le droit de conserver la coupe Jules Rimet après sa
troisième victoire en 1970. Les deux grandes vedettes du tournoi,
Romario et Roberto Baggio, sont restées discrètes - mis à part le
fameux tir au but manqué par l'Italien - mais l'ambiance
dans le stade a été remarquablement enjouée. Pour les spectateurs,
c'était jour de fête dans un Rose Bowl baigné d'un soleil
généreux.
Un stade de Major League Soccer
Cependant, être sous le feu des projecteurs n'était pas
une nouveauté pour ce lieu situé à quelques kilomètres des
paillettes d'Hollywood. Cette enceinte incontournable du
football américain a accueilli cinq Super Bowls et héberge chaque
année le Rose Bowl Game, la grande fête du foot US universitaire.
Hormis la Coupe du Monde de la FIFA 1994, le Rose Bowl a aussi été
le théâtre de la finale du Tournoi Olympique de Football en 1984,
qui a vu la victoire de la France sur le Brésil par 2 buts à 0
devant 101 799 spectateurs.
Plus récemment, il a accueilli la fameuse finale de la Coupe
du Monde Féminine de la FIFA 1999, remportée par le pays
organisateur aux dépens de la Chine aux tirs au but (5-4). Plus de
90 000 personnes avaient assisté à cette rencontre, qui avait
offert aux Etats-Unis leur deuxième couronne mondiale.
Achevé en 1922, le Rose Bowl a augmenté au fil des années sa
capacité. Ressemblant à l'origine à un fer à cheval, il vu sa
capacité passer de 57 000 à 76 000 places avec l'ouverture de
sa tribune sud en 1929. Dans les années 1950, il pouvait accueillir
plus de 100 000 spectateurs. Du reste, cette enceinte a dépassé sa
fonction de base, accueillant d'innombrables shows et concerts
ainsi que le plus grand marché à ciel ouvert, en plus de nombreuses
rencontres internationales de football.
Pendant sept ans, le LA Galaxy, club de Major League Soccer,
a disputé ses rencontres dans ce stade, qui est non seulement
régulièrement utilisé pour les rencontres de la sélection
américaine, mais aussi pour des matches de certaines formations de
la CONCACAF (le Mexique notamment). Evitant soigneusement d'y
disputer des rencontres face à des équipes hispanophones, afin de
ne pas voir le public pousser la sélection adverse, les Etats-Unis
ont disputé 15 matches dans cette enceinte, ne perdant qu'à
trois reprises.
La première de ces défaites a été enregistrée face à la
Roumanie le 26 juin 1994, lors de la dernière journée des matches
de poule de la Coupe du Monde de la FIFA (1-0). Quatre jours avant
ce revers, les
Yankees avaient surpris le favori Colombien 2-1 sur cette
même pelouse.
Plus de 93 000 personnes avaient pris part à la première victoire américaine en Coupe du Monde de la FIFA depuis 1950. Sur les huit matches disputés dans ce stade lors d'Etats-Unis 1994, le plus mémorable a sûrement été celui qui a vu la Roumanie s'imposer 3-2 face à l'Argentine au deuxième tour. Ce jour-là, Ilie Dumitrescu a été le bourreau des Albicelestes, signant un doublé dans les 18 premières minutes, puis glissant le cuir entre trois défenseurs pour envoyer Gheorghe Hagi marquer le troisième but roumain. Les buts de Gabriel Batistuta et Abel Balbo n'avaient servi à rien pour l'Argentine, tandis que Diego Maradona assistait à l'élimination précoce des siens depuis les tribunes.
C'est aussi à Pasadena qu'a pris fin le formidable
parcours de la surprenante équipe suédoise, battue en demi-finales
par le cinquième but du tournoi de Romario. Quelques jours plus
tard, les Nordiques étaient revenus au Rose Bowl pour prendre la
troisième place à la Bulgarie, grâce à une victoire 4-0.
Bien que la finale n'ait pas été conforme aux attentes
suscitées par l'affiche, plusieurs images resteront gravées :
la détresse de Roberto Baggio, la chaîne formée par les Brésiliens
pour fêter main dans la main leur victoire et la dédier à Ayrton
Senna, les larmes du courageux libéro Franco Baresi, qui, après
avoir disputé le match de sa vie, a manqué son tir au but. Comme le
disait un drapeau placé sur les murs du Rose Bowl, il
s'agissait bien d'"Ecrire l'histoire du
football".
Depuis la création du Home Depot Centre au Sud de Los
Angeles, stade certes plus petit mais spécifiquement conçu pour le
football, le futur du Rose Bowl en tant qu'arène de football
internationale semble compromis, mais le public gardera à jamais le
souvenir de son passage sous les projecteurs de la planète
football.
