"Je me moque qu'un autre match aspire à le devenir. Le derby du football équatorien sera toujours Barcelona - Emelec". Ce cri du cœur, tiré d'un forum de supporters, résume bien le sentiment qui prédomine dans le pays : en Equateur, le choc entre les deux clubs n'a pas d'égal. FIFA.com vous raconte l'histoire d'un clásico né à Guayaquil, avant de se faire un nom puis de passionner toute une nation...

Les origines
Entre ces deux, la rivalité était inévitable. Le Barcelona Sporting Club a été fondé le 1er mai 1925 par un groupe d'immigrants catalans à Guayaquil, plus grand port du pays, au cœur du quartier de l'Astillero. Quatre ans plus tard, le 28 avril 1929, à quelques rues de là, naissait le Club Sport Emelec, grâce au rêve d'un Américain, propriétaire de l'Empresa de Electricidad de Ecuador, d'où le nom du club.

Il faut pourtant attendre le 22 août 1943 pour assister à la première confrontation entre CanariosBarcelona évolue en jaune - et Eléctricos. Ce jour-là, dans le cadre du championnat de Guayaquil, Barcelona s'impose 4:3 grâce à un but de Pedro Villalta dans les derniers instants. Ce duel initial est du reste surnommé le clásico de los postes (le clásico des poteaux) en raison des nombreuses tentatives d'Emelec renvoyées par les montants de Barcelona.

Cette rencontre constituera le terreau d'une rivalité sportive qui ne va cesser de grandir. Tandis qu'Emelec devient un club prospère et conquérant, doté de son propre stade, les résultats tardent à venir du côté de Barcelona. En 1948, le quotidien El Universo parle de Clásico del Astillero en prélude d'une nouvelle édition du derby. Le surnom restera.

Quelques chiffres
La première édition du championnat d'Equateur est disputée en 1957. Emelec termine premier et Barcelona deuxième, mais les deux ennemis ne s'affrontent pas en raison du format de cette compétition. Le grand choc n'a lieu qu'en décembre 1963, avec une victoire 2:0 de l'Eléctrico. Aujourd'hui, les deux ennemis se sont affrontés 181 fois, avec 58 victoires canarias (202 buts marqués) et 55 succès eléctricos (199).

Si l'on exclut les années 80, nettement dominées par Barcelona, la parité est de mise dans le Clásico del Astillero. Les statistiques en Copa Libertadores sont là pour en témoigner : quatre victoires de chaque côté et trois nuls en onze rencontres. Le premier affrontement sur la scène continentale a lieu le 12 février 1967 et il est remporté 3:0 par Emelec. Toutefois, le Canario peut se vanter d'avoir échoué à deux reprises en finale (1990 et 1998) de la prestigieuse compétition.

Le meilleur buteur du derby est Lupo Quiñones, qui a frappé dix fois pour Emelec et trois pour Barcelona. Chez les fidèles, le record appartient à Manuel Uquillas, lequel a marqué onze buts pour l'Amarilla. Quant au gardien José Francisco Cevallos, il est, de loin, le joueur ayant disputé le plus grand nombre de clásicos : 52 dans les cages canarias. Toutefois, le record le plus cocasse appartient bien à Francisco Aníbal Cibeyra, qui a marqué trois fois sur corner direct lors des trois clásicos consécutifs disputés en 1978 avec Emelec.

Anecdotes et petites phrases
Si Guayaquil s'est passionné pour cette joute de quartier, c'est en partie grâce à l'édition disputée le 1er septembre 1949. Barcelona mène 3:0 sur le terrain d'Emelec quand, tout d'un coup, le stade est plongé dans le noir. Une panne d'électricité qui n'est pas sans rappeler le proverbe du cordonnier mal chaussé... Le match reprend et les locaux réussissent l'impensable en revenant à 3:3 ! En signe de protestation, les supporters canarios se rendront au siège de l'Empresa Eléctrica pour demander des explications...

En mai 1988, Barcelona organise un tournoi à quatre pour inaugurer son nouveau stade, le Monumental. Emelec élimine les Uruguayens de Peñarol, tandis que les locaux battent les Espagnols du... FC Barcelone. Le dimanche 29, les deux voisins s'affrontent en finale. "Barcelona avait remporté le titre national en 1987 ; il avait une bonne équipe. Emelec s'était bien comporté en 1986 et 1987, mais il ne tenait quand même pas les premiers rôles dans les années 1980. D'avance, Barcelona avait organisé une grande fête ; nous, nous avons joué sans pression et avons gagné 1:0. Cette victoire nous a donné la force de gagner le championnat en 1988", raconte Ney Raúl Avilés, protagoniste de l'exploit eléctrico.

L'année 1990 a revêtu une importance bien particulière dans l'histoire du Clásico del Astillero. Le 29 août, en quart de finale retour de la Libertadores, Barcelona élimine Emelec grâce à une victoire 1:0. Quatre jours plus tard, les Eléctricos prennent leur revanche en infligeant aux Canarios un terrible 6:0 qui reste le score le plus ample de l'histoire du derby.

Aujourd'hui
Certes, Barcelona n'a plus décroché le titre depuis 1997 et Emelec depuis 2002. Certes, la Liga de Quito, El Nacional et le Deportivo Cuenca ont acquis leurs lettres de noblesse. Mais le Clásico del Astillero reste malgré tout le derby le plus populaire d'Equateur, bien au-delà de toutes les polémiques. En 2008, les deux adversaires se sont partagé les honneurs avec une victoire de chaque côté et deux nuls. Lors de la dernière affiche, le Canario s'est imposé 3:0.

Le prochain derby, programmé le 1er mars, aura une importance capitale, que ce soit au niveau mental ou au niveau comptable. En effet, après quatre journées, les deux clubs végètent en queue de peloton avec aucune victoire à leur actif. Barcelona est avant-dernier avec trois points et Emelec dernier avec zéro unité. Lequel des deux ennemis décrochera son premier succès en championnat ? Quel camp pourra afficher un large sourire dans le quartier ? Réponse dimanche.