Les affrontements entre le Real Madrid et l'Atlético de Madrid sont toujours imprégnés d'un parfum particulier. Malgré tout le respect que nous devons aux autres clubs de la capitale jouant ou ayant joué en Primera División, le choc entre Merengues et Rojiblancos est et sera toujours le derby madrilène par excellence.

Les origines
Les deux clubs historiques de Madrid sont diamétralement opposés. Au nord, l'équipe de Santiago Bernabéu. Palmarès rutilant, histoire chargée de succès et effectif regorgeant de stars. Ce portrait accouche vite d'un raccourci qui associe le club à la classe aisée, même si l'on trouve des Madridistas dans toutes les couches de la société. Au sud, l'Atlético, les Colchoneros, les "matelassiers", en référence aux rayures rouges et blanches du maillot. Le palmarès est autrement plus modeste dans ce club réputé pour être l'équipe des prolétaires. Le stade Vicente Calderón a été littéralement construit sur le fleuve Manzanares, où les aficionados vivent au rythme des crues et décrues du Pupas (l'éternel malchanceux). L'hymne du Centenaire du club, "Qué manera de sufrir", écrit par Joaquín Sabina, ne parle pas d'amour et de souffrance pour rien...

Depuis février 1905, où le premier derby de la capitale espagnole s'était soldé par un résultat nul, chaque confrontation entre le Real et l'Atlético est un choc aux multiples facettes : choc de modes de vie, de styles et d'intérêts sportifs différents. A chaque rendez-vous entre les deux rivaux, la ville s'arrête pendant 90 minutes. Les drapeaux aux couleurs de l'une ou de l'autre équipe viennent orner bars et bureaux et le lundi suivant le match, il ne fait pas bon être dans le camp du perdant...

Quelques chiffres
Le poids de l'histoire et les statistiques font pencher la balance du côté merengue. Quand la Casa Blanca renferme 31 titres nationaux, la maison rojiblanca n'en compte "que" 9. Mais ce n'est pas tout : sur les 71 derbys disputés à Bernabéu en Liga, 47 sont revenus aux locaux et 12 aux visiteurs. La dernière victoire de l'Atlético chez son ennemi juré remonte à la saison 1999/2000.

Sur les 72 matches disputés au stade Vicente Calderón, l'avantage est à la Casa Blanca, avec 29 victoires, contre 23 aux Colchoneros. Il faut remonter à l'époque de la télévision en noir et blanc pour avoir trace des deux joueurs qui, de part et d'autre, ont disputé le plus grand nombre de derbies madrilènes : le légendaire Adelardo pour l'Atlético (27) et le mythique Paco Gento (29) pour le Real. Quant au meilleur buteur de l'histoire du derby, il portait lui aussi le maillot blanc. Il s'agit de Carlos Santillana, avec 13 réalisations.

Anecdotes et petites phrases
Commençons par les joueurs qui ont eu l'audace de porter les deux maillots, avec les conséquences que l'on imagine lorsqu'ils devaient évoluer devant leur ancien public. Hugo Sánchez, Bernd Schuster, Juan Eduardo Esnáider, Pedro Jaro, Santiago Solari et José Antonio Reyes font partie des plus connus.

A la liste qui précède, on pourrait ajouter Raúl González Blanco, même si le sentiment des supporters rojiblancos est mitigé à son égard. Le capitaine merengue a en effet effectué ses classes de footballeur à l'Atlético. Mais suite à la disparition des équipes de jeunes du club, Raúl n'a eu d'autre choix que d'aller voir ailleurs. Direction Santiago Bernabéu, où le numéro 7 inscrira son premier but en Liga lors de la saison 1994-1995 contre... l'Atlético !

L'Atlético, institution singulière à plus d'un égard. En 1975, il devient le seul club à remporter une Coupe intercontinentale sans avoir préalablement gagné la compétition continentale correspondante, en l'occurrence la Coupe d'Europe. En 2000/01, quatre ans seulement après avoir réussi le doublé coupe-championnat, le club est relégué. Grâce à la fidélité exemplaire de ses supporters, il bat alors le record d'abonnés en deuxième division espagnole.

Quand arrive l'heure du derby, les supporters des deux camps n'hésitent pas à se parer de leurs couleurs favorites, confiants dans la victoire quel que soit le classement de leur équipe à ce moment-là. Comme le disait Fernando Torres, "le derby n'est pas un match comme les autres".

Aujourd'hui
Le Real Madrid est actuellement deuxième et reste sur une série de dix victoires consécutives en Liga qui lui a permis de ramener à quatre points l'écart avec le leader barcelonais. Quant à l'Atlético, après un début 2009 en demi-teinte, il traverse une période euphorique. Preuve en est son succès spectaculaire sur le Barça (4:3) dimanche dernier, qui a complètement relancé le championnat d'Espagne.

Dans le derby de samedi, on suivra tout particulièrement le match dans le match entre deux joueurs emblématiques de chaque côté : le vétéran Raúl et le très prometteur Sergio Agüero.

C'est donc un duel fratricide qui s'annonce, dans un stade Santiago Bernabéu plein comme un œuf. Toutefois, les supporters des deux camps auront un souhait commun : que l'affiche se répète un peu plus tard cette saison, en finale de la Ligue des champions. A l'issue des huitièmes de finale aller, les deux équipes sont en ballottage plutôt défavorable. Mais le football n'est pas à une surprise près...