La fidélité à l'équipe que l'on aime peut aller très loin. La confrontation du samedi 21 mars prochain entre les Millonarios et Santa Fe, au stade Campín de Bogotá, devrait en apporter une nouvelle preuve. Car même si les deux clubs n'ont plus remporté le championnat depuis 20 et 33 ans respectivement, ils n'en totalisent pas moins de 19 titres de champion à eux deux. C'est ce qui explique en partie pourquoi cette rencontre est un des grands clásicos du football colombien et attire à chaque édition un public aussi nombreux que passionné...

FIFA.com vous présente le "clásico capitalino" entre Millonarios et Santa Fe,  le derby de la capitale colombienne. Un choc capital à plus d'un titre.

Les origines
Le Club Deportivo Los Millonarios est né sous cette appellation le 18 juillet 1946. Mais l'idée originale remonte à 1937, à l'initiative de plusieurs étudiants de deux collèges de Bogotá. En 1939, le club est baptisé Club Deportivo Municipal. Toutefois, il est plus souvent désigné sous le nom de Millonarios, en raison de ses investissements dans des entreprises étrangères. Très vite, ce surnom va faire partie de sa dénomination officielle.

La Santa Fe Corporación Deportiva a des origines similaires, puisqu'elle a été fondée par un groupe de collégiens et d'anciens étudiants de diverses institutions scolaires de Bogotá. Sa création date du 28 février 1941 et le nom du club, choisi une bonne fois pour toutes, fait référence à celui de la rue dans laquelle se trouvait le café où a été signé l'acte fondateur.

Le premier derby de Bogotá remonte à 1942. A cette occasion, dans un match du championnat local, le Club Deportivo Municipal avait pris le dessus sur Santa Fe (4:1). Mais la première rencontre officielle date du 19 septembre 1948, lors de la saison inaugurale du championnat de Colombie de première division. Santa Fe en profite pour prendre sa revanche en battant les Millonarios 5:3. Contre toute attente, les Albirrojos récidivent au retour en dominant les Azules 2:1. Cette année-là, Santa Fe s'adjuge le premier championnat professionnel du football colombien, événement que les supporters des Cardenales n'oublient pas de rappeler à leurs homologues Millonarios à chaque édition du clásico capitalino.

Quelques chiffres
Les Millonarios et Santa Fe faisant partie des trois équipes colombiennes qui n'ont jamais connu la descente en deuxième division, le derby de Bogotá a donc eu lieu tous les ans depuis 1948. Le bilan à ce jour est de 100 victoires pour les premiers cités (pour 394 buts inscrits), 66 pour les seconds (318 buts) et 87 scores de parité, pour un total de 253 confrontations. Les deux équipes ont croisé le fer à deux reprises en Copa Libertadores. Santa Fe s'est imposé une fois et a concédé un match nul. En Coupe de Colombie, les deux duels à ce jour se sont soldés par une victoire de chaque côté.

Les trois meilleurs buteurs du derby, avec 15 unités chacun, sont les Argentins Miguel Ángel Converti (14 réalisations avec les Millonarios et une avec Santa Fe) et Alfredo Castillo (15 avec les Millos), et le Colombien Léider Preciado (15 avec les Cardenales). Le joueur ayant inscrit le plus de buts au cours d'un derby est José María Ferrero, auteur de quatre réalisations pour les Millonarios en 1968 (5:1).

Impossible de ne pas évoquer le passage chez les Azules du grand Alfredo Di Stéfano, qui a réussi la bagatelle de trois triplés face à l'ennemi historique. Le premier, qui date du 16 octobre 1949, coïncide avec le premier succès (6:3) des Millonarios sur leur rival de toujours.

Anecdotes et petites phrases
Au cours des décennies 1950 et 1960, les Millonarios tiennent le haut du pavé grâce bien sûr à l'apport de Di Stéfano, mais également à un effectif débordant de talent. A tel point qu'à cette époque, l'équipe est surnommée le Ballet Azul (le ballet bleu), en référence au football champagne qu'elle pratique et qui se traduit par quatre titres entre 1949 et 1953. En 1952, les Millonarios infligent un sévère 6:0 à Santa Fe et réussissent le même exploit deux ans plus tard. Cela reste le score le plus large de toutes les confrontations entre les deux frères ennemis.

Les Cardenales devront attendre 38 ans avant de prendre une revanche digne de ce nom. Le 23 février 1992, grâce entre autres à trois buts de l'Argentin Daniel Tílger et deux d'Adolfo Tren Valencia, Santa Fe l'emporte 7:3. L'actuel gardien des Millonarios, Oscar Córdoba, qui défendait déjà les buts azules à l'époque, préfère évoquer ce cauchemar de façon laconique : "J'ai vécu de nombreux clásicos mais celui-là, je préfère oublier", rapporte l'ancien international colombien.

La victoire des Millonarios en décembre 1978 demeure incontestablement l'une des grandes dates de cette rivalité. Avec à la pointe de leur attaque le légendaire Willington Ortiz, les Azules s'étaient imposés 3:1 lors de l'ultime rencontre du tournoi final à quatre, s'adjugeant du même coup le titre au nez et à la barbe de Santa Fe.

Les supporters de l'Expreso Rojo préfèrent se souvenir du mois de mars 2006 et de l'incroyable 3:3 obtenu par Santa Fe, après avoir été mené 0:3. L'auteur des trois buts albirrojos, David Montoya, avait demandé à être remplacé pour cause de blessure. Le score était de 2:3 et il restait dix minutes à jouer. C'est alors que Montoya égalise, ce dont les supporters le remercient encore à ce jour, selon les dires de l'intéressé.

Dans l'autre camp, on évoque volontiers la date du 16 septembre 2007, qui correspond à la centième victoire des Millonarios dans le fameux derby. L'unique buteur de la partie s'appelle Gerardo Bedoya. Depuis, Santa Fe n'a plus perdu un seul clásico bogotano, puisqu'il reste sur deux victoires et trois matches nuls.

Aujourd'hui
Après huit journées dans le championnat de Colombie, les deux rivaux connaissent des fortunes diamétralement opposées. Sous la houlette d'Hernán Darío Gómez, les Albirrojos totalisent 14 points et occupent la troisième place, à deux longueurs du leader, le Deportivo Cali. Quant aux Millos, désormais entraînés Óscar Quintabani, ils possèdent à ce jour six points, ce qui les place à l'avant-dernière position du classement. Le vent souffle dans les voiles de l'Expreso Rojo. Pour combien de temps encore ?