La Plata est réputée en Argentine comme un exemple de planification urbaine du 19ème siècle. Connue sous le nom de Ciudad de las Diagonales (ville des diagonales), la capitale de la province de Buenos Aires présente une autre caractéristique, liée celle-ci au football. Contrairement à toutes les autres grandes métropoles du pays, il n'y a pas de clivage River Plate - Boca Juniors. A La Plata, ce sont Estudiantes et Gimnasia qui divisent les supporters.
Ce dimanche 5 avril, le León (lion) et le Lobo (loup) s'affronteront pour la 145ème fois de leur histoire. Les Pincharratas (disséqueurs de rats) d'Estudiantes rappelleront encore une fois leur ascendant statistique et se proclameront "la fierté de la ville". Quant aux Triperos (tripiers) de Gimnasia, ils leur répondront que malgré une vitrine bien dégarnie, ils ont toujours accompagné leur équipe dans les moments difficiles et que les titres ne devraient plus tarder. Et dire que 17 années se sont déjà écoulées depuis le fameux Clásico del Terremoto...
Les origines
La genèse
de cette rivalité ne manque pas d'intérêt. Fondé le 3 juin
1887, Gimnasia y Esgrima La Plata est la seule équipe de l'élite
argentine qui n'a pas été créée en tant que club de football,
mais pour pratiquer les activités décrites par son nom (la
gymnastique et l'escrime). C'est en 1901 que ses membres commencent à
s'adonner au "sport des anglais fous". Cette décision
aura bientôt des conséquences inimaginables.
En 1905, le club doit abandonner les installations qui l'accueillent, ce qui entraîne un schisme. D'un côté, partent ceux qui souhaitent s'adonner aux sports en terrain couvert ; de l'autre, les amateurs de ballon rond. Le 4 août de cette même année, le groupe de footballeurs décide de fonder le Club Atlético Estudiantes, qui deviendra avec le temps Estudiantes de La Plata.
Estudiantes s'invite dans l'élite de feue la Federación Argentina de Football en 1911. Gimnasia, qui a cédé aux démons du football en 1913, le rejoint 1914. Mais les deux équipes ne s'affrontent pour la première fois que le 27 août 1916, avec une victoire 1:0 de Gimnasia (but de Ludovico Pastor) dans le stade plein comme un œuf de son nouveau rival.
Quelques chiffres
Le
premier derby de l'ère professionnelle a lieu le 14 juin 1933,
mais il ne désigne pas de vainqueur (1:1). Au total, les deux
formations ont croisé le fer 144 fois, avec 50 victoires pour
Estudiantes (212 buts marqués), 44 pour Gimnasia (192) et 50 matches
nuls. Depuis août 1945 et son succès 4:2, le Pincha a
toujours conservé un avantage statistique, soit 65 années de
plaisir et d'hégémonie locale.
Le meilleur buteur pincharrata est Manuel Pellegrina, avec 11 réalisations. Du côté de Gimnasia, ils sont deux au sommet de ce classement : Arturo Naón et Manuel Fidel, avec sept buts. C'est Estudiantes qui a signé le plus gros carton : 7:0 au mois d'octobre 2006. Le Lobo a obtenu sa plus belle victoire (5:2) en août 1963.
Entre 1986 et 1990, Gimnasia est resté invaincu pendant 10 rencontres (quatre victoires et six matches nuls), soit la plus longue série d'invincibilité. En revanche, c'est Estudiantes qui a signé le plus grand nombre de victoires consécutives, lui qui a triomphé lors des cinq dernières rencontres.
Anecdotes et
petites phrases
En 1933,
Gimnasia possédait une très grande équipe qui était surnommée
El Expreso (le train express), en allusion au traitement qu'elle réservait à ses adversaires. Mais en raison d'une grève et alors
qu'il luttait pour le titre, le Lobo a dû affronter
Estudiantes avec une équipe de jeunes. Résultat : une
défaite 1:0 pour le moins inattendue.
En 1945, Estudiantes a eu le plaisir d'envoyer son rival éternel au purgatoire en le battant 3:1 lors de la dernière journée du championnat. Les Pinchas se remémorent avec autant de délectation l'affrontement de septembre 1985, qu'ils ont conquis 1:0 sur un coup franc de José Daniel Ponce après quatre longues années sans derbies dues à la descente de Gimnasia.
Quitte à parler coup franc, autant évoquer l'Uruguayen José Perdomo, qui avait fait trembler les filets adverses le 5 avril 1992 et donné la victoire à Gimnasia, déclenchant le sismographe de la ville ! "Les supporters de Gimnasia m'en parlent encore et me remercient pour ce but. Je ne m'attendais pas à vivre quelque chose comme ça", se souvient le principal protagoniste du Clásico del Terremoto (le derby du tremblement de terre).
Néanmoins, c'est sans doute le 18 août 1996 que le derby platense présentait l'enjeu le plus important. Ce jour-là, pour le compte de la dernière journée du tournoi de Clôture, Gimnasia rendait visite à Estudiantes avec l'occasion de décrocher le premier titre de son histoire. Un match nul 1:1 plus tard, le Lobo avait tout perdu...
Mais Gimnasia a pris sa revanche en 2005, lorsqu'il a écarté Estudiantes de la lutte pour le tournoi de Clôture en lui endossant un sévère 4:1. Après cette dernière victoire tripera, les Pinchas ont connu l'extase le 15 octobre 2006, lorsque la bande à Juan Sebastián Verón s'est imposée sur le score de 7:0 sur la route de son tout dernier trophée. "Pour quelqu'un qui est né dans ce club, c'est un grand moment d'avoir contribué à ce succès", a déclaré José Luis Calderon, auteur de trois des sept buts.
Aujourd'hui
Sur le plan mental, Estudiantes
aborde cette échéance en position de favori, avoir avoir enlevé
les trois derniers derbies en infériorité numérique. Sur le plan
footballistique, l'avantage va à Gimnasia, qui semble plus solide
même s'il est en proie à la relégation. Au classement, le Lobo
pointe au 5ème rang avec 11 points, soit six de plus que le
León, 18ème. Dans ces conditions, difficile de prédire quel
club verra ses supporters parcourir les diagonales de la ville en
chantant la victoire sur son rival éternel...
