Les vuvuzelas ont commencé à résonner plusieurs heures avant le match. Bien après le coup de sifflet final, ces trompes typiques du football sud-africain ne s'étaient toujours pas tues. Comme de coutume, le derby de Soweto a donc été disputé sur un fond sonore enivrant.

Un fond sonore dont les variations ont épousé les inflexions de ce Orlando Pirates - Kaizer Chiefs, 135ème du nom en pratiquement quatre décennies, affiche depuis longtemps considérée comme le clásico du football sud-africain. Le match était disputé dans un Ellis Park récemment rénové qui accueillera la finale de la Coupe des Confédérations de la FIFA le mois prochain. Il a donc offert une répétition haute en couleurs à l'équipe d'inspection de la FIFA venue visiter les lieux.

Si les supporters ont été les vedettes de l'avant-match, une fois le coup d'envoi donné, l'attention s'est reportée sur le terrain, théâtre de la longue rivalité entre les deux frères ennemis. En cette venteuse après-midi automnale, il y a de l'électricité dans l'air à Johannesburg. Cela fait plusieurs jours que l'on ne trouve plus un billet en ville ; ils sont 51 616 regroupés dans l'enceinte.

Les deux équipes pénètrent sur le terrain en empruntant un tapis rouge. Pas de sourires pour les photos d'équipes, des rictus glaciaux et déterminés, annonciateurs de la rude bagarre à venir. La mise en scène terminée, place à l'action.

L'Ellis Park de Jo'burg en fusion
Sur le tout nouveau gazon de l'Ellis Park, les deux équipes font l'impasse sur le round d'observation. Dans les deux premières minutes, une erreur défensive des Chiefs offre aux Pirates une occasion en or d'ouvrir le score, mais Thulasizwe Mbuyane n'en profite pas. Incrédule, l'entraîneur des Pirates Ruud Krol se prend la tête à deux mains, une attitude qu'il va adopter à maintes reprises au cours d'une première période qui verra ses hommes vendanger à tire-larigot.

Au début de la seconde période, les flibustiers semblent perdre de leur emprise et Krol, ancien finaliste de la Coupe du Monde de la FIFA, commence à gamberger sérieusement. En face, les Chiefs ont fait entrer l'international vénézuélien Jose Torrealba, très entreprenant. Voyant leur équipe reprendre du poil de la bête, l'armée noire et or des Chiefs se déchaîne, à grands renforts de vuvuzelas et de sifflets. Quant à l'énergique kop adverse, il semble gagné par l'inquiétude, rongé par la perspective de voir le titre s'évaporer dans le crépuscule.

Mais d'un coup d'un seul, les Buccaneers retrouvent leurs esprits et leurs ambitions. Les Chiefs finissent par craquer sur un corner rasant converti par l'international sud-africain Katlego Mashego, qui échappe à son cerbère et surgit au bon endroit.

L'Ellis Park entre en fusion, secoué par un vacarme assourdissant. Les Pirates ont enfin trouvé la faille dans l'arrière garde de leurs grands rivaux. Mais ce derby, comme bien d'autres avant lui, réserve encore des surprises, même s'il ne reste qu'un quart d'heure à jouer.

Mashego, ce héros
Sur l'une de leurs rares offensives, les Chiefs envoient un centre flottant dans la surface. Impérial, le défenseur central congolais des Pirates Destin Makita s'élève dans les airs pour dégager de la tête, mais le cuir ricoche sur le dos de son coéquipier Lucas Thwala et termine dans ses propres cages ! A douze minutes de la fin, les deux équipes sont à égalité.

Alors que la nuit enveloppe le stade d'une robe sombre, l'atmosphère se fait encore plus bruyante, le jeu encore plus fou. Comme si, soudain, les deux clubs se mettaient à croire simultanément à la victoire... Les organismes sont épuisés, mais les joueurs plus déterminés que jamais. La bataille se fait plus intense encore.

Profitant d'une erreur adverse, les Pirates lancent un contre au bout duquel le ballon revient de nouveau à Mashego. Le stade retient son souffle. Le Bafana Bafana entre dans la surface de réparation et trompe tranquillement le gardien des Chiefs de l'intérieur du pied.

Grâce à cette victoire 2:1, les Pirates conservent une chance dans ce championnat, confirment leurs aspirations continentales et ouvrent sept jours palpitants pour la Premier League. Mais au-delà de ces données comptables, ils ont affirmé leur suprématie sur le derby de Soweto, sommet du championnat sud-africain.