La Turquie est assurément l'un des pays d'Europe les plus fous de foot. C'est en particulier le cas d'Istanbul, la plus grande ville du pays. Dans cette métropole qui compte dix millions d'âmes, jeunes et moins jeunes vibrent pour le ballon rond. Divisée par le Bosphore en un quartier européen et un quartier asiatique, la ville l'est aussi par ses équipes de football. Il est vrai que la métropole turque compte pas moins de trois clubs de pointe : Besiktas JK, Fenerbahçe et Galatasaray SK.
Dimanche, les supporters stambouliotes seront une nouvelle fois surexcités. Car Galatasaray et Besiktas se rencontrent en derby dans l'antre du stade Ali Sami-Yen. Le duel entre les deux clubs rivaux est toujours un match empreint d'émotion et disputé à couteaux tirés. Depuis 1924 déjà, il constitue aussi un des temps forts du championnat turc. Mais il reste avant tout une affaire de prestige.
Le bilan actuel plaide en faveur de Galatasaray, qui a remporté 13 des 30 duels directs entre les deux équipes disputés à ce jour. Besiktas s'est imposé à dix reprises et sept matches se sont soldés par un nul. La saison dernière, Galatasaray l'a emporté deux fois face à son ennemi héréditaire : 3:2 à domicile et 2:1 en déplacement. Au bout du compte, le club a remporté le championnat avec deux points de plus que Fenerbahçe et pas moins de 29 longueurs d'avance sur Besiktas, finalement troisième.
Pour "Cim Bom", le surnom donné par les supporters à leur club, il s'agissait déjà du 16ème titre, soit autant que Fenerbahçe. A ce jour, Besiktas s'est adjugé le championnat "seulement" 13 fois, mais il se targue d'être le plus anciens des trois rivaux, et même le plus vieux club sportif de Turquie. De son vrai nom Besiktas Jimnastik Kulübü, le club tire son appellation du quartier populaire de la rive européenne du détroit où il a été fondé par 24 jeunes hommes en mars 1903, sous l'empire ottoman.
Les aigles noirs à l'attaque
A l'époque, la création d'associations sportives est cependant interdite. Ce qui n'empêche pas le club de connaître une croissance rapide et même de fusionner avec deux clubs de football voisins en 1911. Lors de la saison 1932-33, l'équipe évolue tout en noir après la mort de son président Seref Bey. On compare volontiers le style de jeu de l'équipe à la façon qu'ont les aigles d'attaquer. C'est ainsi que les supporters donnent à leur équipe le surnom de "Kara Kartallar" (les aigles noirs).
Galatasaray a été fondé deux ans après Besiktas. En septembre 1905, des aristocrates du Lycée Galatasaray, en plein cœur européen de la ville, créent le Galatasaray Spor Kulübü. Aujourd'hui, une enquête révèle que le club est le plus populaire et le plus titré du pays. Outre ses nombreux titres nationaux, il a aussi remporté quelques retentissants succès sur la scène européenne. En 2000, Galatasaray est ainsi devenu le premier club turc à remporter la Coupe de l'UEFA. Il s'est ensuite imposé face au Real Madrid en Supercoupe de l'UEFA.
En dépit de leurs différences, Galatasaray et Besiktas ont aussi un point commun, puisqu'ils sont l'un et l'autre dirigés par un entraîneur étranger. Alors qu'on retrouve le Belge Eric Gerets sur le banc de Galatasaray, c'est le Français Jean Tigana qui préside aux destinées sportives de Besiktas. Ce dernier a d'ailleurs entamé la saison sur un succès de prestige. Lauréat de la Coupe de Turquie la saison dernière, Besiktas s'est imposé sur le plus petit écart face à Galatasaray en supercoupe (1:0). L'avantage est donc aujourd'hui dans son camp.
Départ difficile pour les tenants du titre
Du reste, cette défaite ne constitue pas le seul revers encaissé par Gerets et ses protégés. Avec une seule victoire et quatre matches nuls lors des cinq premières journées du championnat, le tenant du titre apparaît inhabituellement fébrile en ce début de saison. Il ne pointe actuellement qu'à la neuvième place du classement de la "Süper Lig". Tous les espoirs du club reposent désormais sur l'international japonais Junichi Inamoto, qui a signé juste avant la clôture du marché des transferts. Pour sa part, Besiktas présente un bilan de trois victoires et deux défaites et pointe actuellement au cinquième rang. Dimanche, une victoire dans le derby constituera presque une obligation pour Galatasaray s'il ne veut pas déjà hypothéquer ses chances de reconduire son titre.
Mais Besiktas doit aussi s'imposer pour ne pas laisser filer le leader Fenerbahçe et réaffirmer ses ambitions. Pour ce faire, les "Aigles noirs" misent surtout sur leur international brésilien Ricardinho, transféré pour aider le club à remporter le titre. Présent à la dernière Coupe du Monde de la FIFA, le Brésilien a en tout cas débarqué sur les rives du Bosphore avec des ambitions : "Notre objectif numéro un est le titre, mais la Coupe de l'UEFA nous intéresse aussi. Nous voulons réaliser de grandes choses", affirme le milieu de terrain offensif.
Des paroles fortes que Ricardinho voudrait faire suivre d'actes dès dimanche dans le duel stambouliote. Pour les supporters des deux clubs, perdre un derby face à l'un des deux rivaux est le plus douloureux camouflet qui se conçoive. Le public du stade Ali-Sami-Yen peut donc s'attendre à un duel au couteau.
