Au Chili, c'est toujours le match le plus attendu. Chaque fois que les chemins de Colo-Colo et de l'Universidad de Chile se croisent, quelle que soit le cadre de la rencontre, deux éléments sont systématiquement au rendez-vous : la volonté et l'engagement. Et comme dans tout clasico qui se respecte, la neutralité n'existe pas : on est pour soit les blancs soit pour les bleus.
Ce dimanche au stade Monumental, Colo Colo recevait donc l'Universidad de Chile dans un duel qui promettait d'être chaud. Car les maîtres des lieux ont le vent en poupe en ce moment. D'abord, ils sont mieux classés que leur grand rival, aussi bien dans leur groupe qu'au classement général. Une victoire leur permettait de faire un grand pas vers les play-offs. Quant à la U, comme on la surnomme au Chili, elle n'avait plus le droit à l'erreur. Elle devait absolument prendre les points si elle voulait se qualifier pour l'ultime phase du tournoi.
La rencontre a tenu toutes ses promesses avec du spectacle, de l'engagement et une avalanche de buts. Au final, ce sont les locaux qui ont emporté la mise en battant leurs rivaux 4:2. Un doublé de Humberto Suazo (9', 77'), un but d'Alexis Sanchez (67') et un autre d'Alvaro Ormeno (69') ont permis à Colo Colo de doucher l'enthousiasme de la U, qui avait pourtant trouvé deux fois le chemin des files grâce à Marcelo Salas (15') et Luis Figueroa (85').
Et pour que la fête colcolina soit complète, le souvenir de la finale du Tournoi d'ouverture de 2006 est encore tout frais. Quatre mois seulement se sont écoulés depuis la victoire des Caciques aux dépens des Chunchos (du nom du hibou qui orne l'écusson de la U), qui a vu Colo Colo remporter son 24e titre à l'issue d'une finale complètement folle. Les deux équipes s'étaient en effet imposées à l'extérieur, donnant lieu à une séance de tirs au but insoutenable. Ajoutons à cela une qualification pour les demi-finales de la Copa Sudamericana et l'on comprendra que les blancs partaient logiquement favori sur le papier. Mais comme le dit un dicton chilien, les clasicos sont des matches à part, qu'on ne remporte pas la veille...
Un peu d'histoire
Le Club Social y Deportivo Colo Colo voit le jour le 19 avril 1925, lorsque David Arellano, international chilien des années 20, décide avec quelques coéquipiers de quitter le Club Magallanes. La raison ? Un différend idéologique avec les socios les plus anciens. Le nom de la nouvelle entité est emprunté à un cacique - réputé pour son intelligence - du peuple andin des Araucans, qui ont vaillamment guerroyé contre les Espagnols au XVIe siècle. Le blanc du maillot symbolise la pureté, tandis que le noir du short est un signe de sérieux.
Un peu plus de deux ans plus tard, le 24 mai 1927 précisément, apparaît le Club Deportivo Universitario, né de la fusion entre le Náutico Universitario, l'Internado F.C., l'Universitario de Atletismo et la Federación Universitaria. L'emblème choisi est le fameux "chuncho", sorte de hibou représentant la sagesse, l'harmonie et la connaissance mutuelle entre le corps et l'esprit. En 1937, le club prend son nom définitif de Club Deportivo Universidad de Chile, suite au départ des étudiants de l'Université catholique (auparavant inscrits au Club Universitario), qui forment leur propre club (l'Universidad Católica, qui n'existait pas auparavant en tant qu'équipe de football).
L'origine d'une rivalité
La première rencontre officielle entre Caciques et Chunchos, blancs et bleus si vous préférez, se déroule le 7 août 1938 dans l'indifférence la plus complète. Plus expérimenté, Colo Colo est favori, qui justifie son rang en l'emportant six buts à rien face à une équipe de l'Universidad de Chile encore en phase d'apprentissage. Mais qui aurait pensé que ce résultat, le plus lourd de l'histoire des confrontations entre les deux clubs, serait à l'origine d'une rivalité à couteaux tirés ? Il faut attendre 1939 pour assister au premier succès universitario (2:1). Les bleus devront ensuite patienter jusqu'en 1945 pour battre à nouveau les Colocolinos, toujours sur le score de 2:1.
Toutefois, la légende raconte que le vrai antagonisme remonte au 12 mai 1940. Ce jour-là, dans un match comptant pour le Tournoi métropolitain, Colo Colo s'impose 1:0. Mais au cours de la partie, Alfonso Domínguez subit une faute grossière de la part d'un joueur d'Universidad de Chile, José Balbuena. Le Cacique se fait justice lui-même en… giflant son adversaire.
Parmi les autres statistiques intéressantes, il faut savoir que le plus grand nombre de buts marqués par la U dans le clasico est de six, à l'occasion du 6:3 infligé aux blancs et noirs en 1962. Quant au plus grand écart en faveur des Chunchos, c'est le 4:0 de 2004. Les goleadors les plus prolifiques dans le choc de Santiago sont Carlos Campos côté universitario (12 réalisations), Manuel Muñoz de l'autre (11). Enfin, la plus grande affluence a été relevée en 1986, où 77 848 spectateurs ont assisté à un décevant 1:1 au stade Nacional.
Le Chili c'est qui ?
"Le Chili c'est qui ? Colo Colo ! Et Colo Colo c'est qui ? Le Chili !" Ainsi va l'un des refrains préférés des supporters colocolinos. Les chiffres semblent leur donner raison, car Colo Colo n'est pas seulement l'équipe la plus titrée du pays (24), c'est également le seul club chilien à avoir remporté la fameuse Copa Libertadores (en 1991). Si l'on fait un classement sur toute l'histoire du championnat local, les Caciques occupent encore une fois la tête au nombre de points, suivis par… la U, également deuxième au nombre des titres nationaux (12).
Si l'on se penche maintenant sur les 156 matches officiels entre les deux équipes, la domination des Blancs est encore nette : 67 victoires, 46 nuls et 43 défaites, pour 265 buts marqués contre 201 encaissés. Il faut cependant noter que depuis le retour d'Universidad en première division, la tendance s'est quelque peu inversée. Sur 39 rencontres, la U en a remporté 16, pour seulement 12 défaites.
La belle série universitaria commence le 12 juillet 1992. Les Bleus s'imposent alors 2:0, grâce entre autres à un penalty manqué par l'Argentin Claudio Borghi, aujourd'hui entraîneur de Colo Colo.
Pour un footballeur chilien, le clasico est unique. Il suffit pour s'en convaincre d'écouter l'une des icônes du football national, le grand Iván Zamorano : "J'ai participé à des Real Madrid - Barcelone, au derby milanais entre l'Inter et le Milan AC, et au choc mexicain entre l'América et les Chivas. Honnêtement, je dois dire qu'aucun de ces matches ne vaut un Colo Colo - Universidad de Chile". Voilà ce qui s'appelle parler en connaisseur…
