Ce week-end, la rencontre phare de la 21ème journée du championnat péruvien de première division mettra aux prises Universitario et Alianza Lima, deux monuments de la capitale qui se disputent depuis toujours la suprématie nationale et la place de club le plus populaire du pays.
Comme toujours lorsque ces deux frères ennemis livrent bataille lors du Superclasico, c'est tout le pays qui vibrera pour l'une ou l'autre équipe. Comment est née la rivalité entre Cremas et Blanquiazules ? FIFA.com se penche sur la question.
Les origines
Si le football est arrivé au Pérou par le biais de la classe aisée, qui l'a importé d'Angleterre, la première équipe du pays a vu le jour à l'initiative de quelques jeunes gens issus de milieux moins favorisés. Ces derniers avaient pour habitude de taper dans le ballon dans une écurie de Lima nommée Alianza. C'est ainsi qu'a été fondée, le 15 février 1901, la Sport Alianza, rebaptisée Alianza Lima au début des années 1920. Íntimos, Blanquiazules, Grones ("negros", en verlan local, en raison des affinités de la communauté noire avec le club) : tels sont les principaux surnoms du premier club de football péruvien.
Universitario de Deportes, en revanche, émane de la haute société de la capitale. Le 7 août 1924, un groupe d'étudiants de l'Universidad Nacional Mayor de San Marcos crée la Federación Universitaria. Le club reçoit sa dénomination actuelle en 1931, lorsque le recteur de l'université demande aux dirigeants de ne plus utiliser "Federación Universitaria" comme appellation. Quant aux surnoms de ce dernier, les plus courants sont Cremas et Merengues, en raison de la couleur blanc-crème des maillots.
Les deux équipes se rencontrent pour la première fois dans le cadre du championnat du Pérou le 23 septembre 1928. À cette occasion, les antagonismes sociaux entre les deux clubs refont immédiatement surface. La Federación Universitaria mène 1:0 quand une bagarre éclate sur le terrain. La rixe ne tarde pas à gagner les tribunes. Les partisans de la U entonnent des chants qui ont le don d'irriter ceux d'Alianza. Il n'en faut pas plus à ces derniers pour charger en direction des gradins où ont pris place les supporters des Merengues, qui accueillent les assaillants... à coups de bâton. Ce "Clásico des coups de bâton" marque le début d'une rivalité vivace.
Quelques chiffres
Alianza Lima et Universitario se sont affrontés 322 fois au total, avec un bilan de 125 victoires (et 437 buts marqués) pour la première et 108 pour le deuxième (411 buts). Le meilleur buteur de l'histoire du derby est Teodoro "Lolo" Fernández (Universitario), avec 26 réalisations. Dans le camp adverse, cette distinction revient à Juan Emilio Salinas, auteur de 18 buts.
Avec 61 apparitions, Jorge "El Puma" Carranza (Universitario) est le joueur qui a disputé le plus de derbies. Côté Alianza, le record est détenu par le gardien José Gonzáles Ganoza, avec 55 superclásicos à son actif.
Pour ce qui est des séries d'invincibilité face au grand rival, les Cremas ont réussi une passe de huit matches sans défaite entre 1938 et 1943. Mais la meilleure performance en la matière est le fait des Íntimos, invaincus 18 fois de suite contre leur pire ennemi entre 1979 et 1983.
Les deux clubs possèdent les palmarès footballistiques les plus fournis du pays, avec 24 titres nationaux et 29 participations à la Copa Libertadores pour Universitario, contre 23 et 20 respectivement pour Alianza.
Anecdotes et petites phrases
Un des derbies les plus célèbres est celui du 12 juin 1949, qui coïncide également avec la plus grosse différence de buts entre les deux équipes. Disputé dans le cadre d'un tournoi à quatre organisé par l'association "No Amateur", ce clásico a été remporté 9:1 par Alianza Lima. Comme on peut s'y attendre, de nombreux supporters de la U estiment qu'il ne s'agissait pas d'un match officiel. Ce jour-là, Salinas - surnommé el Feo (le moche !) - avait inscrit cinq buts, restés dans l'histoire d'Alianza sous la forme d'un refrain : "también el Feo, y sus golazos..." ("il y aussi el Feo et son quintuplé").
Le 30 août 1953, une fois n'est pas coutume, un joueur crema est ovationné par les supporters albiazules. La raison ? "Lolo" Fernández, légende crema mais aussi de tout le football péruvien, dispute son dernier match pour la U. Le goleador merengue en profite pour réussir un hat-trick et son équipe l'emporte 4:2. Quelques années plus tard, le joueur blanquiazul Cornelio Heredia confiera : "Pour les grands adieux de Lolo, nous n'allions quand même pas le marquer à la culotte...".
Les derbies des années 1960, en plus d'être âprement disputés, se distinguent par un niveau de jeu élevé. Explication : avec Héctor Chumpitaz et Juan Carlos Oblitas côté Universitario et Teófilo Cubillas, Pedro León et Julio Baylon pour Alianza, on a sur le terrain six des onze Péruviens qui avaient enchanté tous les amoureux de ballon rond à la Coupe du Monde de la FIFA, Mexique 1970 !
Comme toujours dans les grandes rivalités, la Copa Libertadores ajoute encore un peu de piment à des débats houleux par nature. En août 1988, la U mène 2:0 face à un adversaire réduit à... huit. En deuxième mi-temps, un joueur íntimo se "blesse" suffisamment gravement pour être évacué. À sept, Alianza ne peut pas poursuivre la rencontre, que l'arbitre interrompt comme le règlement l'y oblige. Le "Clásico de l'abandon" entre dans l'histoire.
En 1999, Universitario, vainqueur du tournoi d'ouverture, et Alianza, qui s'est adjugé le tournoi de clôture, ont rendez-vous pour la grande finale. À l'aller, les Merengues s'imposent 3:0 et malgré une défaite 1:0 au retour, célèbrent le titre sur la pelouse de leur plus grand rival.
Aujourd'hui
Depuis qu'Alianza a empoché son quatrième titre du troisième millénaire en 2006, les derbies sourient plus souvent à Universitario. Pourtant, la U n'a pas été sacrée une seule fois championne au cours de la décennie actuelle. À la veille du superclásico du 12 juillet, les Merengues sont en tête du classement, avec trois points d'avance sur leurs rivaux, qui doivent absolument éviter la défaite afin de rester en course pour le titre. Ce dimanche à Lima, l'enjeu viendra donc s'ajouter à la passion...
