Le football et la plage : deux des passe-temps préférés des Brésiliens quand vient le week-end. Mais pour les habitants du Minas Gerais, le deuxième hobby cité implique de parcourir de nombreux kilomètres à travers l'Etat. Aussi aurez-vous peu de chances de trouver chez les Mineiros des inconditionnels du sable fin. Ici, on aime le foot, point. Et dans la capitale, Belo Horizonte, les cœurs sont partagés entre les deux géants : Cruzeiro et Atletico-MG.
Ancrée dans la tradition, la rencontre entre les deux clubs est l'un des plus grands clasicos du Brésil. Ainsi, quand les bleus de Cruzeiro se retrouvent face aux rayés noir et blanc de l'Atletico, ce sont deux des bandes de torcedores les plus passionnées du pays qui se retrouvent. Samedi, le derby tant attendu avait pour cadre le championnat de l'Etat de Minas Gerais. Cruzeiro était en tête du classement avec sept points en trois matches, tandis que l'Atletico, avant-dernier, cherchait à décrocher son premier succès de la campagne.
Seule équipe du Brasileiro sans victoire en 2007, l'Atletico a finalement renoué avec la victoire face au leder du Campeonato et éternel rival. Alors que Cruzeiro avait ouvert la marque dès la 13ème minute par le défenseur Gladstone, Coelho et Danilinho permettaient aux rayés de mener à la pause. A l'heure de jeu, Marcinho ajoutait un dernier but sur un exploit individuel face à ses anciens coéquipiers (3:1). "Nous avons joué un grand match et mérité la victoire" déclarait le buteur après la rencontre. "Nous aurions certes pu inscrire plus de buts en première mi-temps, mais nous avons tout de même vécu une belle après-midi".
Cette victoire de l'Atletico met les deux équipes à égalité dans l'historique de leurs confrontations et - surtout - permet aux vainqueurs d'enfin décoller du bas du classement. Les Galos pointent en 10ème position, à trois points de leur victime du jour, toujours leader malgré la défaite.
Pression
Au fil des années, le derby de Belo Horizonte a fait de nombreuses victimes dans la corporation des entraîneurs. Levir Culpi et Paulo Autuori, respectivement à la tête de l'Atletico et de Cruzeiro, peuvent en témoigner. En effet, quand le premier cité était aux commandes de la Raposa, comprenez Cruzeiro, en 1999, il avait fait les frais de l'élimination en quarts de finale du championnat local contre… l'Atletico. De même, l'année suivante, Autuori avait été remercié par les Celestes suite à une défaite 4:2 contre l'ennemi juré dans le Campeonato Mineiro.
Récemment revenu à Cruzeiro après cinq saisons au Japon, Ricardinho a eu l'occasion de participer à son 29ème derby mineiro. "Pour moi, il n'y a pas photo : ce n'est pas un match comme les autres. C'est très particulier, même par rapport à d'autres derbys. J'ai toujours hâte de disputer ce type de matches", déclare-t-il.
Contrairement à Ricardinho, plusieurs joueurs ont connu leur baptême du feu. Il s'agissait, côté Atletico, de Coelho, Bilu et Galvão ; et côté Cruzeiro, de Fellype Gabriel, Marcinho et Romulo.
Pendant la première moitié du 20ème siècle, le plus gros derby de Minas Gerais oppose l'Atletico à l'America. L'Atletico remporte le premier championnat de l'Etat, en 1915, avant que l'America ne fasse main basse sur les 10 éditions suivantes, entre 1916 et 1925. Entre 1928 et 1930, Cruzeiro, alors connu sous le nom de Palestra Italia, réussit une passe de trois dans le sillage des légendaires frères Fantoni. Mais ce n'est qu'au milieu des années 50 que sa rivalité avec l'Atletico va vraiment devenir la plus exacerbée de la zone.
Le contentieux commence à se dessiner en 1956, quand les deux clubs doivent se partager le trophée. Il va exploser neuf ans plus tard, avec la construction du grandiose Estadio Mineirão. Celui-ci est inauguré le 5 septembre 1965 par un match entre une sélection de Minas Gerais et le géant argentin de River Plate . Même dans ce contexte amical, les supporters de l'Atletico et de Cruzeiro encouragent leurs poulains respectifs pour qu'ils marquent le premier but dans le nouveau temple du football de Belo Horizonte. Cet honneur reviendra à un joueur de l'Atletico, Bugle, dont le but inscrit à la 47ème offre une victoire 1:0 aux locaux.
Domination bleue
Après cet acte fondateur, va commencer l'Era Mineirão, d'abord marquée par une domination bleue. Avec une belle équipe dans laquelle on trouve les Raul, Piazza, Dirceu Lopes, Natal et Tostão, Cruzeiro va rafler cinq titres consécutifs à partir de 1965, l'Atletico prenant à chaque fois la deuxième place. Le troisième échec sera particulièrement difficile à avaler pour le Galo (le coq, emblème de l'Atletico). Durant la saison régulière, il avait tenu la Raposa à un nul vierge (chose rare), avant d'obtenir un 3:3 face au champion sortant. Mais la finale sera complètement déséquilibrée, Cruzeiro s'imposant 6:1 sur l'ensemble des deux matches. "Ce n'est jamais agréable de perdre une finale, mais quand c'est contre son plus grand adversaire, ça fait vraiment mal", reconnaît alors Fleitas Solich, l'entraîneur paraguayen de l'Atletico.
Le Galo se rebiffe
S'il ne s'est pas imposé pendant cette période, l'Atletico a su se construire. Ainsi, au milieu des années 70, il possède une impressionnante réserve de joueurs de son propre cru. Dans les années qui vont suivre, les João Leite, Luizinho, Toninho Cerezo, Paulo Isidoro, Nelinho, Eder et, surtout, l'inimitable Reinaldo vont constituer l'une des escouades les plus respectées du Brésil. Durant cette période dorée, le Galo ne perd pas le moindre derby, remportant 11 Campeonatos Mineiros en 14 saisons.
Lors des deux dernières éditions du championnat de l'Etat, l'Atletico a été éliminé en demi-finales face à Cruzeiro, qui a battu Ipatinga en finale 2006 pour décrocher son 34ème titre. Avec ses 38 sacres, le dernier datant de 2000, l'Atletico voit son éternel rival revenir dangereusement sur lui. Il avait donc à cœur de corriger le tir après un début de saison raté. Cela commençait par une victoire face aux protégés de Paulo Autuori, samedi.
Les amateurs de football se moquant du résultat final auraient peut-être souhaité revoir un derby comme celui de 2004, remporté par l'Atletico sur le score de 5:3. Ou quand le derby devient vraiment "show"…
Avec quatre buts pour son édition 2007, le spectacle était tout de même au rendez-vous.
