Les derbies font tourner les têtes. Les derbies tiennent les fans en haleine tout au long de l'année. Les derbies pimentent tous les championnats du monde. Les chocs entre le  FC Barcelone et le Real Madrid , entre  Boca Juniors et River Plate  passionnent le monde entier. Certes, les matches opposant le Dinamo Zagreb au Hajduk Split n'ont pas la même notoriété. Mais la rivalité entre les deux géants du football croate n'en est pas moins grande pour autant.

Ce 24 février 2007, le 160ème Vjecni Derbi (Derby éternel) s'est déroulé au stade Maksimir de Zagreb. A la faveur d'un succès 2:1, le Modri de Zagreb (les Bleus foncé comme les appelent leurs fans) se sont assurés la tête du classement. Eduardo a ainsi marqué pour la huitième fois dans ce championnat 2006/07 avant de porter la marque à 2:0 avant la pause. Mladen Bartolovic n'a pu réduire la marque qu'à la 85ème minute pour Split. Avec cette victoire, le Dinamo Zagreb possède six points d'avance sur son rival.

Un choc au sommet
Les statistiques semblent nettement en faveur du Dinamo, qui compte déjà huit titres de champion à son actif. Le club de la capitale compte désormais 65 victoires face à son grand rival contre 37 nuls et 58 défaites. Mais qui se soucie des chiffres ? "Quand le Dinamo et Hajduk se rencontrent, le contexte n'a pas d'importance. Les joueurs se transcendent dans ce genre de match et tout devient possible", rappelle Mirko Barisic, le président du Dinamo. Toutefois, l'édition 2007 du Derby Eternel a un attrait particulier. En effet, les deux formations dominent le championnat depuis le début de la saison.

Le Dinamo occupe actuellement la première place du classement avec 50 points, talonné par Hajduk et ses 47 points. En cas de succès, les joueurs zagrebois pourraient donc creuser l'écart avec leurs poursuivants. A l'inverse, les Bili (les Blancs) reviendraient à hauteur de leurs adversaires en cas de succès. "Si nous gagnons, nous reprenons la main. Nous en sommes tous conscients, ici. Si nous pouvons l'emporter, je crois qu'un septième titre de champion nous tendrait les bras…" Zoran Vulic, l'entraîneur de Split, arrive donc à Zagreb avec de grandes ambitions.

 

Deux équipes au glorieux passé
Avec la naissance de la Yougoslavie au terme de la seconde guerre mondiale, les deux clubs de Zagreb, le HASK et Gradanski fusionnent pour donner naissance au Dinamo. L'équipe s'impose rapidement comme l'une des meilleures formations du pays : elle remporte quatre titres de champion (1948, 1952, 1958 et 1982) et sept coupes de Yougoslavie (1951, 1960, 1063, 1965, 1969, 1980, 1983). En 1967, le Dinamo connaît son heure de gloire sur la scène internationale en surclassant les Anglais de Leeds United (2:0, 0-0) en finale de la Coupe des Villes de Foire, ancêtre de la Coupe UEFA.

Les plus anciens supporters du Dinamo se souviennent encore avec émotion de la demi-finale contre l'Eintracht Francfort. Battus 0:3 en Allemagne, les Modri avaient trouvé les ressources nécessaires pour l'emporter 4:0 au Maksimir. En 52 ans d'histoire, le club a vu défiler quelques-uns des plus grands footballeurs croates, parmi lesquels Velimir Zajec, Zlatko Kranjcar, Davor Suker, Robert Prosinecki ou encore Zvonimir Boban.

Mais Hajduk possède lui aussi un glorieux passé. Fondé en 1911, le club phare de la côte adriatique acquiert son nom dans des circonstances pour le moins inhabituelles. Bien décidés à fonder une nouvelle équipe, quatre étudiants de Split se rendent dans le bureau du professeur Barac afin de lui demander conseil sur le nom à choisir. L'universitaire leur propose de la baptiser Hajduk, le nom des célèbres brigands balkaniques… en raison du manque de cérémonie avec lequel les jeunes gens ont pénétré dans son office ! Au cours des années suivantes, les Majstori s mora, les Maîtres de la mer, collectionnent 17 titres de champion, le dernier en date en 2005, et 13 coupes. Parmi les grands noms du passé, on retrouve des joueurs aussi prestigieux que Bernard Vukas, Ivica Surjak, Alen Boksic, Robert Jarni, Igor Tudor ou encore Slaven Bilic, l'actuel sélectionneur de la Croatie.

Une ambiance unique
L'histoire officielle de ce derby éternel débute le 1er avril 1946 par une victoire (2:0) de Hajduk. Les joueurs de Split remportent les deux confrontations suivantes, le premier succès du Dinamo intervenant le 14 septembre 1947. La plus large victoire est à mettre à l'actif des Bili, 6:0 sur la pelouse du Dinamo en 1957. Les Zagrebois prennent leur revanche en finale de la Coupe de Yougoslavie 1963. Vainqueurs 4:0 à l'aller au Maksimir, les Modri récidivent en s'imposant 4:1 en Dalmatie. Toutefois, de tels écarts sont plutôt rares dans l'histoire de ce derby. D'ordinaire, les rencontres sont extrêmement serrées. "Personne ne peut se permettre de perdre un tel match. La presse et les médias se déchaînent contre le vaincu. Il faut ensuite supporter les railleries du camp adverse pendant des semaines. Personne n'a envie de supporter cela", confirme Branko Ivankovic, l'entraîneur du Dinamo.

Depuis sa première édition, le duel entre les deux grands clubs croates n'a rien perdu de son intensité. Pendant une semaine, le pays tout entier vit au rythme de cette confrontation. Les quotidiens consacrent toujours plusieurs pages à l'événement, tandis que la télévision multiplie les sujets sur les deux équipes. Les familles où se côtoient Bili et Modri ne s'adressent plus la parole.

Le jour du match, les Bad Blue Boys de Zagreb et les Torcida de Split rivalisent de talent pour créer une atmosphère des plus impressionnantes dans l'enceinte du stade. "Nos supporters sont tout simplement fantastiques", explique Mario Carevic, prêté à Hajduk par le VfB Stuttgart. Même son de cloche du côté d'Eduardo da Silva, l'attaquant international du Dinamo : "J'ai vu beaucoup de choses lorsque j'étais au Brésil, mais nos fans arrivent toujours à me surprendre. Ils sont vraiment extraordinaires !"

Quoi qu'il en soit, le football sort toujours vainqueur de telles rencontres. En effet, il se passe toujours quelque chose de spécial lors de ces derbies. Des moments inoubliables qui, des années plus tard, font encore briller une lueur au fond des yeux des supporters.