Vingt ans après Franz Beckenbauer, Masami Ihara a lui aussi marqué de son empreinte le poste de libéro. Le nom du joueur le plus capé de l'histoire du football japonais restera à jamais lié à deux matches des éliminatoires de la Coupe du Monde de la FIFA, au cours desquels il aura pratiquement tout connu.

Après avoir vu son billet pour Etats-Unis 1994 s'envoler à la dernière minute de la partie, le Japon a su trouver les ressources nécessaires pour inscrire un but en or synonyme de qualification pour France 1998. FIFA.com a rencontré Ihara pour évoquer en sa compagnie sa carrière de joueur et ses premiers pas en tant qu'entraîneur.

Au lycée, Ihara a longtemps évolué au poste d'attaquant. Ce n'est qu'en intégrant l'université de Tsukuba qu'il se reconvertit en défense centrale. Le Mur d'Asie, comme on le surnommera par la suite, est appelé pour la première fois en équipe nationale en 1988. A l'époque, Ihara est encore en deuxième année et personne ne se doute un instant que son exceptionnelle carrière le conduira à revêtir le maillot de la sélection nationale à 122 reprises.

Ihara débute son parcours professionnel à Nissan en 1990. Par la suite, il portera les couleurs de trois grandes écuries du football nippon : Yokohama F. Marinos, Jubilo Iwata et Urawa Red Diamonds. A la fondation de la J-League, en 1993, il est l'un des piliers de la défense de Yokohama. Les premières saisons du nouveau championnat professionnel japonais sont marquées par une intense rivalité entre les Marinos et Verdy Kawasaki. Le choc entre les deux ténors du football nippon se révèle même décisif lors de la saison inaugurale. Malheureusement pour Ihara, la victoire revient à Verdy et à son meneur de jeu Kazu Miura.

A cette époque, l'international nippon n'est encore considéré que comme un jeune espoir au sein d'une formation aussi talentueuse qu'expérimentée, emmenée par l'ancien Monégasque Ramon Diaz. Deux ans plus tard, son statut a changé : il fait déjà partie des cadres qui mènent le club à son premier titre en J-League. Sa régularité au plus haut niveau est telle qu'Ihara est nommé cinq ans de suite dans l'équipe type du championnat.

Souvenirs, souvenirs...
Si le natif de Shiga n'a laissé que de bons souvenirs dans les clubs où il est passé, ce sont avant tout ses performances en équipe nationale qui ont marqué les esprits. Sous son impulsion, le Japon a bien failli se qualifier pour Italie 1990 et Etats-Unis 1994. Au cours de cette deuxième campagne éliminatoire, Ihara a connu ce qui restera sans doute comme son souvenir le plus douloureux en sélection.

A l'heure d'aborder leur dernier match, les Japonais savent qu'une victoire leur suffirait pour obtenir la première qualification de leur histoire pour une phase finale de Coupe du Monde. Alors que la partie, disputée sur terrain neutre au Qatar, entre dans le temps additionnel, le contrat semble rempli. A cet instant, personne n'imagine que tout va s'écrouler. Dans les dernières secondes du match, Jaffar Omran Salman remet les deux équipes à égalité et offre indirectement la qualification pour Etats-Unis 1994 à la République de Corée.

Cette rencontre a marqué un tournant dans ma carrière. Je ne pense pas que j'aurais continué à jouer jusqu'à 35 ans s'il n'y avait pas eu Doha
Masami Ihara, à propos de l'influence du Drame de Doha sur sa carrière professionnelle

Côté nippon, le match restera connu comme le "Drame de Doha". "Je crois que cette rencontre a marqué un tournant dans ma carrière. Je ne pense pas que j'aurais continué à jouer jusqu'à 35 ans s'il n'y avait pas eu Doha. Je ne sais pas non plus si j'aurais pu continuer à me donner à fond en J-League, comme je l'ai fait pendant des années", explique Ihara. "Ce souvenir horrible est devenu une source de motivation pour moi. Je n'arrivais pas à oublier, mais cela m'a donné la force de me lancer à la conquête de nouveaux objectifs."

Quatre ans plus tard, la tristesse fait place au bonheur quand Ihara, Miura, le gardien Yoshikatsu Kawaguchi et le meneur de jeu Hidetoshi Nakata décrochent enfin la première qualification du Japon pour la Coupe du Monde, au terme d'un match de barrage contre l'Iran aussi passionnant qu'indécis. Cette fois, les supporters japonais surnomment la rencontre la "Joie de Johor Bahru", du nom de la ville où la rencontre a eu lieu. Pour l'ancien international, la qualification pour France 1998 prend ses racines à Doha.

Nous ne savions absolument pas ce qui pourrait se passer, mais nous avons fait preuve de courage et de force de caractère car nous n'avons jamais baissé les bras
Masami Ihara, à propos de la "Joie de Johor Bahru"

"Je dis toujours qu'en football, on ne peut jamais prévoir ce qui va arriver. La Corée du Sud a gagné son billet pour les Etats-Unis en battant la Corée du Nord 3:0. Si je Japon avait battu l'Irak, cela n'aurait servi à rien. Mais les Sud-Coréens ont su provoquer la chance en se battant jusqu'au bout. C'était la même chose pour nous quatre ans plus tard. Nous ne savions absolument pas ce qui pourrait se passer, mais nous avons fait preuve de courage et de force de caractère car nous n'avons jamais baissé les bras."

Pour ses grands débuts en Coupe du Monde, la Japon concède trois défaites d'affilée. Cet échec ne suffit pourtant pas à décourager Ihara, qui se promet de participer à l'édition suivante. Malheureusement, une série de blessures le contraint à raccrocher les crampons définitivement en 2002. Malgré ce sentiment d'inachevé, l'international aux 122 sélections conserve un excellent souvenir de sa vie de footballeur. "Je suis très fier d'avoir représenté Yokohama F. Marinos, Jubilo Iwata et Urawa Reds. J'ai aussi eu la chance de travailler avec de grands entraîneurs", rappelle-t-il.

Pour en arriver là...
Après avoir mené la sélection U-23 au Tournoi Olympique de Football, Pékin 2008, Ihara s'est engagé en faveur de Kashiwa Reysol en tant qu'entraîneur adjoint. Pour le moment, l'homme reste modeste quant à ses talents de tacticien. En dépit de ses indéniables qualités de meneur d'hommes, il avoue ne pas être certain d'être fait pour le métier d'entraîneur.

"C'est très différent de ce que j'ai pu connaître avec l'équipe olympique. Un entraîneur travaille avec ses joueurs au quotidien. Je dois toujours réfléchir attentivement à ce que je peux apporter aux joueurs et à l'équipe. Cela fait partie du métier..."

Masami Ihara
Poste :
Défenseur
Clubs : Yokohama Marinos (1990-99 ), Jubilo Iwata (2000), Urawa Red Diamonds (2001-02)
Equipe nationale : 122 sélections (5 buts)

Palmarès : Footballeur asiatique de l'année (1995), Coupe d'Asie des Nations (1992)