Le fameux assassin au visage d'ange a changé de vie. Après une longue carrière riche en exploits et en triomphes, Ole Gunnar Solskjaer s'initie aujourd'hui au métier d'entraîneur au sein de la réserve de Manchester United.
Avec ses 261 buts en 453 matches, l'ancien international norvégien est évidemment l'un des attaquants les plus prolifiques de sa génération. Ce fils de lutteur a débuté sa carrière dans le petit club de Clausenengen avant de rejoindre Molde, en Premier League norvégienne. A ce niveau, ses qualités de finisseur ne passent évidemment pas inaperçues. Son extraordinaire moyenne de 0,74 buts par match éveille la convoitise de Manchester United, qui n'hésite pas à débourser 1,5 millions de livres pour s'attacher ses services. Beaucoup d'observateurs considèrent aujourd'hui encore ce transfert comme l'un des plus audacieux et des plus inspirés de l'ère Ferguson.
Souvenirs, souvenirs...
Les personnes qui se rendent pour la première fois à Old Trafford ne manquent jamais de remarquer la banderole "20 LEGEND" qui trône fièrement au-dessus de Stretford End. Le chiffre 20 fait référence au numéro du maillot de Solskjaer. Le titre de légende vivante a quant à lui été conféré au Norvégien au soir de l'incroyable victoire de Manchester United en finale de la Ligue des champions de l'UEFA 1999. Lorsque Solskjaer entre en jeu ce jour-là, la victoire semble d'ores et déjà promise au Bayern Munich, qui mène au score depuis la sixième minute de jeu grâce à un coup franc de Mario Basler. Dix minutes plus tard, Teddy Sheringham, un autre remplaçant, remet les deux équipes à égalité. Le public pense avoir droit à la prolongation, mais Solskjaer parvient à arracher la victoire en marquant dans le temps additionnel, inscrivant par la même occasion son nom en lettres d'or dans l'histoire du club mancunien.
"Je ne me lasse jamais de parler de ce match", confie-t-il, tout sourire, au micro de FIFA.com. "J'étais remplaçant et, pour être franc, cette situation ne me plaisait pas beaucoup. J'avais vraiment envie de participer, d'autant que les choses ne se passaient pas très bien pour nous. Je savais que je pouvais faire la différence et je sentais que cette soirée serait spéciale pour moi. L'entraîneur a décidé de faire rentrer Sheringham assez tôt en seconde période, mais j'étais vraiment convaincu que je pouvais apporter un plus à l'équipe."
"Je ne me souviens plus trop de ce qui m'est passé par la tête à ce moment-là, mais quand je revois les images de mon entrée sur le terrain, je me rappelle toute ma détermination. Tous les attaquants se disent qu'ils vont marquer en pénétrant sur la pelouse mais moi, j'en étais certain. Dans les vestiaires avant le match, Jimmy Ryan, un des assistants d'Alex Ferguson, m'avait dit : 'Nous allons gagner !' Je lui avais répondu : 'Oui, je sais. Je vais rentrer et je vais marquer.' Heureusement, c'est ce qui s'est passé ! Peu importe combien de buts j'ai pu inscrire pour le compte de Manchester United. Qu'il y en ait 50 ou 500, celui-là aura toujours une place à part. C'est le but qui nous a fait gagner la Ligue des champions au bout du suspense."
Décidément, Solskjaer est un habitué des entrées en jeu décisives. Un an auparavant, lors de la Coupe du Monde de la FIFA, France 1998, l'attaquant norvégien s'était également offert un moment de gloire à l'occasion du choc face au Brésil. Alors que l'équipe de Mario Zagallo se dirigeait vers un succès facile suite à l'ouverture du score de Bebeto, les Nordiques ont su trouver les ressources nécessaires pour inverser la tendance en frappant à deux reprises dans les dix dernières minutes, par Tore Andre Flo et Kjetil Rekdal.
"Je suis très fier d'avoir fait partie de la seule équipe qui a jamais battu le Brésil au premier tour", confesse Solskjaer. "Je n'ai pas marqué, mais j'étais impliqué dans la construction des deux buts. Le plus étrange, c'est que quelques heures avant le match, Kjetil, mon voisin de chambre, m'a annoncé : 'Ole, ce soir, je vais marquer sur penalty à la dernière minute'. C'est exactement ce qui s'est passé ! Finalement, peut-être que certaines personnes sont capables d'entendre l'appel du destin. Mais j'imagine que nous n'aurons jamais de réponse à cette question..."
Pour en arriver là...
Le 27 août 2007, Solskjaer met officiellement un terme à sa carrière à l'âge de 34 ans. Handicapé depuis quatre saisons par une série de blessures au genou, l'international norvégien jette finalement l'éponge. Le club lui propose immédiatement de prendre en charge le travail spécifique des attaquants à l'entraînement, ce qu'il fera pendant une saison avant de prendre en mains les destinées de l'équipe réserve. De son propre aveu, le Norvégien est impatient de faire ses preuves et de mettre en pratique les conseils glanés auprès de l'un des plus grands techniciens de son époque.
"Je n'ai rien perdu de mon enthousiasme", assure l'ex-Supersub. "J'aime beaucoup mon nouveau métier. En revanche, le changement est énorme. Jusque-là, je n'étais responsable que de moi-même. Désormais, je dois prendre en charge un groupe d'adolescents qui ont leur carrière devant eux. C'est un vrai défi."
"En tant que joueur, j'ai eu la chance de travailler avec le même entraîneur pendant 11 ans. Cela fait maintenant près de deux ans que je fais partie du staff d'Alex Ferguson. La façon dont il gère son groupe et ses joueurs m'impressionne vraiment. Si je ne devais avoir qu'un modèle, ce serait évidemment lui. Aujourd'hui, j'ai davantage l'occasion de discuter avec lui. Cela m'a permis de comprendre comment il jugeait les gens et de quelle façon il s'y prend pour les aider à progresser. Quand j'étais joueur, nos discussions tournaient souvent autour de mon jeu. En tout cas, il est vraiment très fort. Il connaît le football par cœur et il est très habile dans sa façon d'aborder les relations avec les joueurs. J'ai vraiment de la chance de travailler à ses côtés."
Malgré son manque d'expérience, Solskjaer s'est vu offrir le poste de sélectionneur national de la Norvège en décembre 2008, suite à la démission d'Age Hareide. Pourtant, l'ancien international a poliment décliné l'offre, préférant poursuivre son apprentissage à Old Trafford. "J'ai refusé car je venais tout juste de débuter ma carrière d'entraîneur", explique le principal intéressé. "Pour l'instant, ce travail me plaît énormément, mais je dois d'abord trouver ma voie avant de faire des plans sur la comète. Tant que le manager voudra bien de moi, je resterai ici. Néanmoins, tous les Norvégiens rêvent de diriger un jour l'équipe nationale. Si l'occasion se présente à nouveau à un autre stade de ma carrière, quand je me sentirai prêt, ma réponse sera certainement différente. Mais, pour l'heure, j'ai encore beaucoup de choses à apprendre."
Ole Gunnar Solskjaer
Poste : attaquant
Clubs : Clausenengen (1990-1994), Molde (1994-1996), Manchester United (1996-2007).
Equipe nationale : 67 sélection (23 buts)
Palmarès : Ligue des champions de l'UEFA (1999), Supercoupe de l'UEFA (1999), Coupe Intercontinentale (1999), Champion d'Angleterre (1997, 1999, 2000, 2001, 2003, 2007), FA Cup (1999, 2004).



