En nous voyant arriver, Toni Polster nous gratifie immédiatement d'un large sourire. Il faut dire que la jovialité de l'ancien international autrichien est devenue presque aussi légendaire que son efficacité devant le but. "Toni-le-doublé", comme le surnommaient les journalistes dans les années 80 et 90, revient pour FIFA.com sur une carrière qui l'a mené successivement en Autriche, en Italie, en Espagne et en Allemagne.

Le natif de Vienne s'initie au football de haut niveau dès l'âge de neuf ans, en intégrant le centre de formation de l'Austria, son club de cœur. Il y passe toute son adolescence, puis intègre l'équipe première après avoir effectué un bref passage au 1. Simmeringer SC. Avec les Veilchen, Polster remporte trois titres de champion successifs entre 1984 et 1986.  

Le jeune attaquant attire bien des convoitises et, dès la saison suivante, il s'engage en faveur du Torino. Il ne passera cependant qu'une seule saison en Serie A, avant de rejoindre le FC Séville et de s'imposer comme l'une des plus fines gâchettes du championnat d'Espagne. Il effectue ensuite deux passages remarqués à Logroñés et au Rayo Vallecano. En 1993, désireux de découvrir de nouveaux horizons, Polster décide de tenter sa chance en Bundesliga, au FC Cologne. En cinq ans, l'Autrichien dispute 150 matches pour les Geißböcke et inscrit 79 buts. La suite de ses aventures l'amène à porter le prestigieux maillot du Borussia Mönchengladbach pendant deux saisons, avant de rentrer au pays, à l'Austria Salzbourg, pour y finir sa carrière en 2000.

Souvenirs, souvenirs...
"En Espagne et au FC Cologne, les supporters étaient incroyables. Franchement, je n'étais pas plus brillant que mes coéquipiers, mais les fans m'ont toujours soutenu. Grâce à eux, j'étais toujours en confiance. Chaque fois que j'entrais sur le terrain, j'avais envie de leur rendre au centuple ce qu'ils m'avaient donné", confie Polster au moment d'évoquer pour nous les souvenirs marquants de ses séjours en Espagne et en Rhénanie.

Au total, l'ancien international autrichien a inscrit 55 buts en 102 matches sous les couleurs du FC Séville. Pour retrouver trace d'une telle efficacité, il faut remonter à ses premières saisons à l'Austria Vienne. Dans son club formateur, ses statistiques s'établissent à 119 buts pour 147 matches. Avec de tels chiffres, on comprend mieux l'admiration que lui vouaient les supporters.
"Avec le recul, j'ai l'impression d'avoir réussi de belles choses. Sans cela, comment expliquer que le public ne m'ait pas oublié après toutes ces années ? J'ai toujours essayé d'afficher une attitude exemplaire et je n'ai jamais manqué de respect aux fans. Aujourd'hui, j'en récolte les fruits", poursuit Polster.

Mais notre homme ne s'est pas contenté d'affoler les défenses des plus grands championnats européens. Il compte également 95 sélections en équipe d'Autriche et deux participations à la phase finale de la Coupe du Monde de la FIFA entre 1982 et 2000. En outre, Polster a trouvé le chemin des filets à 44 reprises avec la sélection autrichienne. 

"En 1990, nous n'avions pas vraiment le niveau. Nous avons été éliminés dès le premier tour, car les autres étaient vraiment plus forts que nous. En revanche, en 1998, nous avions une belle équipe. Nous avions les moyens de réussir quelque chose d'intéressant mais, malheureusement, nous avons concédé deux matches nuls et une défaite contre l'Italie. Disputer une Coupe du Monde, c'est évidemment un grand moment, mais nous n'abordions pas toujours ces tournois dans les meilleures conditions. Certains avaient déjà plus de 50 matches dans les jambes et nous n'avions pas forcément le temps de récupérer. En outre, nous ne passions pas beaucoup de temps en famille. Sur le plan psychologique, ces grandes compétitions n'étaient pas toujours évidentes à gérer", constate le géant autrichien.  

Polster a aussi sa petite idée sur l'état du football de son pays et, pour lui, la sélection devrait voir le bout du tunnel d'ici 2014. "Tout le monde en Autriche a compris que nous n'arriverions à rien avec la génération actuelle. L'équipe nationale est en pleine reconstruction. Il faut donc mettre l'accent sur la qualification pour le prochain Euro et la prochaine Coupe du Monde. Cela peut paraître pessimiste mais, en revanche, je suis convaincu que nous serons présents au Brésil en 2014. La relève est déjà assurée et je sais que nous allons bientôt retrouver le niveau qui était le nôtre", explique Polster.

Pour en arriver là...
Après avoir raccroché les crampons, Toni Polster a travaillé pendant quatre ans dans divers clubs. Le Borussia Mönchengladbach a été le premier à lui tendre la main, en plus proposant un emploi au sein du service marketing. "Ce travail m'a beaucoup appris. En trois ans et demi, j'ai eu l'occasion d'emmagasiner de l'expérience et de poursuivre ma progression. J'en ai aussi profité pour passer mon diplôme d'entraîneur, ce qui me permet d'élargir le champ de mes compétences."  

Pourtant, depuis son dernier poste en tant que manager général de l'Austria Vienne, Polster a décidé de prendre du recul par rapport au monde du football. En 2006, le double Joueur autrichien de l'année (1986 et 1997) a sorti... son premier album ! Celui-ci s'intitulait "Toni Walk". Deux ans plus tard, on le retrouve à nouveau dans les bacs avec "12 Meistertitel" ("Douze titres de champion"). Enfin, le 19 juin 2009, Polster a livré son troisième opus musical, sobrement intitulé "Die Dritte" ("le Troisième").

"Je me suis lancé à fond dans la musique. Tous ceux qui ont écouté mes albums reconnaissent qu'il s'agit d'un travail de professionnel. Au début, certains ont ri. Ils se disaient : alors maintenant, il fait de la musique celui-là ? Mais les personnes qui viennent me voir en concert sont surprises. Elles se rendent compte que je ne fais pas n'importe quoi", raconte Polster, interrogé sur sa nouvelle passion. 

L'ex-international autrichien s'intéresse également aux bonnes œuvres. "Nous avons mis sur le marché une collection de chemises. Avec l'argent récolté, nous voulons permettre aux entraîneurs de petits clubs de passer leurs diplômes. L'objectif est de soutenir le football amateur autrichien."

La question se pose donc de savoir si Polster envisage de revenir un jour dans le monde du football. "En théorie, mon expérience à Mönchengladbach et mon diplôme d'entraîneur m'ouvrent toutes les portes. Je m'imaginerais bien entraîneur ou manager. Mais l'Autriche est un petit pays, qui n'a rien à voir avec l'Allemagne. Il ne me reste plus qu'à attendre qu'une opportunité se présente de faire mon grand retour dans le football", conclut-il, philosophe.

Anton "Toni" Polster
Poste : attaquant

Clubs : Austria Vienne, 1. Simmeringer SC, Torino FC, FC Séville, CD Logroñes, Rayo Vallecano, 1. FC Cologne, Borussia Mönchengladbach, Austria Salzbourg

Equipe nationale : 95 sélections (44 buts)

Palmarès : 3 championnats d'Autriche, 2 participations à la Coupe du Monde de la FIFA, 2 fois Joueur Autrichien de l'Année