Dans le football, il existe deux catégories de joueurs : ceux qui écrivent l’histoire et ceux qui la représentent. Il ne fait aucun doute que l’Argentin Francisco Varallo appartient à cette deuxième catégorie. Buteur et figure emblématique de la sélection argentine et de Boca Juniors, il est aujourd’hui l’unique survivant de la finale de la première Coupe du Monde de la FIFA disputée en Uruguay. En ce vendredi 5 février 2010, il fête ses 100 ans.

"J'ai réussi beaucoup de belles choses dans ma carrière : j'ai défendu les couleurs de mon pays et j'ai détenu le record de buts avec Boca. Mais je n'ai jamais ressenti une douleur aussi amère que cette finale de Coupe du Monde perdue en 1930 contre l'Uruguay. Je ne l'ai toujours pas digérée aujourd'hui", nous confie-t-il.

Souvenirs, souvenirs...
Cañoncito ou Pancho, tel qu'il était surnommé à son époque de joueur, fait ses débuts footballistiques à 12 de Octubre, petit club du quartier de Los Hornos, à La Plata.

Très jeune, il décide de tenter sa chance à Estudiantes de La Plata. Il y dispute trois matches d'essai, au cours desquels il claque pas moins de 11 buts. Pourtant, les dirigeants de 12 de Octubre refusent de le lâcher. La raison ? Ils sont supporters de Gimnasia y Esgrima La Plata ! "Ils ne m'ont pas laissé passer à l'ennemi donc j'ai dû aller faire un essai au Lobo [surnom de Gimnasia]. Ils m'ont mis avec les cadets et pour mon premier match, nous avons gagné 9:1 avec neuf buts pour moi. Une semaine plus tard, je jouais déjà en première division", racontait Varallo à FIFA.com lors d'un entretien récent.

Fort de ses belles performances, ce buteur alliant sang-froid et puissance ne tarde pas à entrer dans les plans de Juan Tramutola. Le sélectionneur le convoque ainsi pour la préparation de l'équipe amenée à disputer la première Coupe du Monde de la FIFA de l'histoire. Varallo ne décevra pas : affûté, il montre toute l'étendue de son talent et gagne sa place dans le groupe albiceleste.

Il inaugure son compteur dans le tournoi uruguayen le 19 juillet face au Mexique, que l'Argentine bat facilement 6:3. Mais la malchance va le frapper trois jours plus tard, lorsqu'il se blesse contre le Chili pour le dernier match de groupe. Il doit déclarer forfait pour la demi-finale et sa participation à la finale est très incertaine.

"J'étais un gamin de 20 ans et j'avais l'avenir devant moi, se souvient-il avec une précision déconcertante. J'ai fait un essai le matin de la finale et comme je me sentais bien, j'ai décidé de jouer. C'était risqué car à l'époque, il n'y avait pas de changements, mais le jeu en valait la chandelle. Pour rien au monde je n'aurais manqué ce match !", insiste-t-il.

La suite de l'histoire est connue : à la pause, l'Argentine mène 2:1 grâce à des buts de Carlos Peucelle et de Guillermo Stábile, mais la Celeste va inverser le cours de la rencontre pour finalement s'imposer 4:2. Encore aujourd'hui, Varallo ne s'explique pas cette défaite. "C'est vrai que nous étions au bout du rouleau. J'ai de nouveau ressenti ma blessure après avoir envoyé une frappe sur la transversale qui aurait pu boucler l'affaire. Je ne pouvais plus marcher ! À partir de là, ils ont commencé à monter en puissance et nous, avec tout le respect que je dois à mes coéquipiers, nous avons manqué de courage. Qu'est-ce que j'ai pu pleurer ce jour-là ! Je m'en souviens encore et ça me fait encore enrager…."

Varallo a beau ressassé cette déception, le monde du football garde en tête, lui, ses innombrables buts. Parmi ceux désireux de lui rendre hommage, le Président de la FIFA témoigne dans l'édition du mois de mars du magazine FIFA World : "Malgré tous les changements ayant affecté les à-côtés du football, le jeu a, en lui-même, su conserver son aspect originel", avant d'ajouter "Francisco Varallo en est la parfaite illustration, lui qui a récemment fêté son 100e anniversaire, et que je le félicite de tout mon coeur".

L'année suivante, Varallo signe à Boca Juniors, où il inscrira plus de 180 buts. Don Francisco occupe une place de choix dans l'histoire du club xeneize et de la sélection argentine, avec laquelle il a remporté le Championnat d'Amérique du Sud 1937 au terme d'un duel au couteau face au Brésil. Il raccroche les crampons en 1929 à 29 ans, la faute à une perfide blessure au genou.

Pour en arriver là...
Aujourd'hui âgé de 100 ans, Varallo n'a rien perdu de sa passion pour le football. Martín Palermo a récemment battu son record de buts avec Boca dans le football professionnel. Interrogé sur le sujet, il avait donné une réponse on ne peut plus honnête : "Si ça me dérange qu'il me dépasse ? Oui… un peu. Vous connaissez un buteur qui apprécie qu'on lui enlève son record ? Je suis content que Palermo mette des buts car c'est un très bon gars, mais ça ne me plaît pas trop qu'il ait battu ce record", reconnaît-il.

Varallo jouit de la reconnaissance du football mondial. Dans sa vitrine à souvenirs, il peut observer avec fierté la distinction de Citoyen d'honneur de La Plata obtenue en décembre 1998, l'Ordre du Mérite de la FIFA (1994) et l'Ordre du Mérite de la CONMEBOL (2006). Aujourd'hui, il peut souffler et jeter un regard apaisé sur sa vie : "Il ne me manquait qu'une chose, en dehors de cette victoire en finale de la Coupe du Monde 1930, c'était un arrière-petit-fils. Maintenant je l'ai et je suis sûr qu'il va battre le record de Palermo à Boca".

Francisco Varallo
Poste : attaquant
Clubs : Gimnasia y Esgrima La Plata (1928-1929), Vélez Sarsfield (1930, tournée en Amérique), Boca Juniors (1931-1939)
Palmarès : 3 championnats d'Argentine (1931, 1934, 1935), 1 Championnat d'Amérique du Sud (l'actuelle Copa América, 1937), 1 titre de vice-champion du monde (1930)