Montrer l'exemple : telle est peut-être l'expression qui définit le mieux Lucas Radebe. Longtemps capitaine de Leeds United et défenseur indéboulonnable en sélection sud-africaine, il a emmené le club anglais en Ligue des champions de l'UEFA et les Bafana Bafana à deux Coupes du Monde de la FIFA.

Surnommé The Chief à Leeds et Roo par les Sud-africains, Radebe sait qu'on ne lui a pas donné son premier surnom par hasard. "Il faut se faire respecter sur le terrain. Les joueurs doivent vous respecter pour ce que vous faites, pas pour ce que vous êtes", explique-t-il.

Radebe a grandi à Soweto, au sein d'une famille où le sport était roi. Il commence à taper dans le ballon dès son plus jeune âge et débute dans le football professionnel comme gardien de but, au Bophuthatswana. Bien que faisant partie intégrante de l'Afrique du Sud, ce pseudo-Etat créé par le gouvernement d'apartheid sera même déclaré indépendant. Cette situation politique peu banale aura une conséquence singulière pour Radebe, qui disputera ainsi son premier match international - avec le Bophuthatswana -contre... l'Afrique du Sud !

Chef parmi les chefs
Radebe est ensuite contacté par l'un des grands clubs du football sud-africain, les Kaizer Chiefs. Avec la permission obligatoire de sa mère, il effectue son premier entraînement avec le club de Soweto. "La première fois que je me suis entraîné avec eux, mon cœur battait à 1 000 à l'heure", raconte-t-il à FIFA.com.

Défenseur central athlétique, le futur chef fait rapidement son trou chez les Chiefs. Il n'est pas épargné par les blessures, mais tient quasiment toujours sa place, même souffrant. "Mon amour pour le football était plus fort que la douleur."

En 1994, Radebe et son coéquipier Phil Masinga quittent les Kaizer Chiefs à destination de Leeds United. "A l'intersaison, on s'entraînait très dur à Leeds. C'était entraînement, repas, dodo, et on recommençait. En fait, on travaillait tellement que parfois, j'en étais malade. De plus, Phil et moi n'avions aucun ami."

La guérison dépend énormément de votre mental. Si vous êtes bien dans votre tête, cela se répercute sur tout votre corps et vous vous rétablissez plus vite
Lucas Radebe, à propos de sa blessure aux ligaments croisés

Lors de sa première saison dans le nord de l'Angleterre, Radebe est victime d'une rupture du ligament croisé. Pendant sa longue convalescence, la solitude lui pèse. Il attrape vite un autre mal : celui du pays. " ."

Un soutien de poids
C'est à cette période que le sélectionneur des Bafana Bafana, Clive Barker, appelle Radebe en sélection pour disputer la Coupe d'Afrique des Nations de la CAF, Afrique du Sud 1996. De quoi faire oublier à n'importe qui le mal du pays.

Au cours du stage de préparation et de la compétition, les joueurs reçoivent régulièrement la visite d'un homme pas comme les autres, en la personne de Nelson Mandela. "Avant le coup d'envoi, il nous disait toujours : 'Vous contribuez vous aussi à la reconstruction de l'Afrique du Sud. Soyez assurés que tout le pays vous soutient.'", se souvient Radebe.

Quand vous hurlez de joie et que tout le stade fait de même, il y a un véritable sentiment d'unité
Lucas Radebe, à propos de la victoire lors de la CAN 1996

Mandela disait vrai. Toute l'Afrique du Sud est derrière les Bafana Bafana, et ces derniers le lui rendent bien en devenant champions d'Afrique. Radebe n'oubliera pas de sitôt la communion entre les supporters et les joueurs après la finale : " ".

L'idole d'Elland Road
Dès sa deuxième saison à Leeds, Radebe reçoit le brassard de capitaine. Commence alors une belle aventure, qui verra les Whites jouer régulièrement les premiers rôles dans le championnat anglais et participer aux grandes joutes européennes, aussi bien en Ligue des champions de l'UEFA qu'en Coupe UEFA. Lorsqu'on l'interroge sur cette époque dorée, le Chief insiste sur l'ambiance exceptionnelle qui régnait au sein du club : "Le public et les joueurs ne faisaient qu'un", résume-t-il.

Manchester United et Tottenham le courtisent, en vain. Son cœur est et reste à Leeds, où les soirées de Ligue des champions de l'UEFA y ont une intensité peu commune.

Grâce à son dévouement sans faille, Radebe devient vite une idole dans la ville du Yorkshire. Un statut dont il s'accommode parfaitement, même lorsqu'un groupe local vient lui demander une faveur : "Ils sont venus me demander la permission de nommer leur groupe de musique d'après mon ancien club. Je m'en souviens très bien : ils avaient l'allure typique des étudiants, c'est-à-dire complètement négligée. Je leur ai dit que cela ne posait aucun problème, mais qu'il serait mieux de changer le Z de Kaizer en S, sinon le vrai Kaizer [ Kaizer Motaung, fondateur du club de football de Soweto] ne serait pas très content".

Les Kaiser Chiefs sont finalement devenus à peu près aussi célèbres que leurs homonymes - avec un Z - de la planète football.

Dévoué, toujours et encore
A France 1998 et Corée/Japon 2002, Radebe est capitaine de l'équipe d'Afrique du Sud. Son premier match dans une Coupe du Monde de la FIFA se solde par une défaite 3:0 contre la France. "Je n'en garde pas un très bon souvenir. En plus, je devais marquer Zinédine Zidane", commente-t-il.

Après le match, je suis resté longtemps dans les vestiaires, en larmes
Lucas Radebe, à propos de la défaite face à l'Espagne en Coupe du Monde 2002

Quatre en plus tard en Asie, les Bafana Bafana sont tout près de la qualification. Un nul contre l'Espagne, lors de leur dernier match de groupe, leur suffirait pour accéder en huitièmes de finale. En deuxième période, Radebe égalise à 2:2 de la tête. Mais ensuite, Raúl marque le cinquième et dernier but de la partie, synonyme d'élimination pour l'Afrique du Sud. " ", confie le capitaine sud-africain du moment.

Tout au long de sa carrière, Radebe a soutenu de nombreuses initiatives caritatives. "Les gens ne vous aiment pas en tant que footballeur, mais en tant que personne", poursuit-il.

Aujourd'hui, il est toujours impliqué dans l'aide aux personnes et au développement. En marge de son activité d'Ambassadeur pour SOS Villages d'Enfants, il œuvre pour le Comité Organisateur Local de la Coupe du Monde de la FIFA, Afrique du Sud 2010 et parraine des entreprises qui ont des programmes à vocation sociale.

Pour Radebe, on l'aura compris, la vie ne s'est pas arrêtée lorsque le ballon a cessé de rouler. Bien au contraire.