Successeur de Luis Arconada dans les buts de la sélection espagnole, Andoni Zubizarreta a ensuite assumé son rôle de numéro 1 de la Furia pendant plus d'une décennie. Au mois de juin, cela fera précisément dix ans que le charismatique gardien a quitté les gants pour la dernière fois.

Personne n'a oublié ses exploits dans les cages de la Dream Team barcelonaise entraînée par Johan Cruyff. Aujourd'hui, Zubizarreta n'entretient plus de liens directs avec le monde du ballon rond. Certes, l'un de ses deux associés en affaires est un ex-footballeur, en la personne de Jorge Valdano (l'autre étant l'ancien basketteur Juan Antonio Corbalán). Mais l'entreprise que les trois hommes ont fondée n'a pas grand-chose à voir avec le football. Sa spécialité est le conseil et la formation d'apprentis directeurs.

Quand il prend sa retraite footballistique en 1998, Zubizarreta affiche un palmarès impressionnant : douze titres nationaux et trois trophées européens. Pas de quoi entretenir des regrets... et pourtant.

On sent parfois poindre un soupçon de nostalgie dans ses propos. "Quand j'assiste à un match de football, j'aimerais parfois pouvoir participer à l'action, être tout près du ballon", confie-t-il à FIFA.com. Déformation professionnelle oblige, c'est encore avec des yeux de gardien qu'il regarde les matches. "Je pense toujours à ce que le gardien aurait pu faire, ou à sa part de responsabilité sur un but, reconnaît-il avec un sourire. Je ne fais pas ça pour les critiquer, mais par empathie, parce que je comprends parfaitement ce qu'ils ressentent", précise-t-il.

La vie de gardien est effectivement ingrate. Outre sa mission principale, qui est d'empêcher ce que le football peut offrir de plus beau - des buts -, le portier reste plus souvent dans l'histoire pour ses erreurs que pour ses exploits. Zubizarreta n'échappe pas à la règle. L'inexplicable but contre son camp inscrit face au Nigeria, en phase de groupes de France 1998, en fait partie.

Des mauvais souvenirs, j'en ai quelques-uns. Mais les plus douloureux restent l'élimination face à l'Italie à Etats-Unis 1994 et contre l'Angleterre à l'Euro 1996. Les deux fois, nous avions l'équipe pour aller au bout
Andoni Zubizarreta, à propos des pires moments de sa carrière

Mais cette "boulette", qui résume à elle seule le parcours décevant de l'Espagne dans cette Coupe du Monde de la FIFA, n'est pas le pire souvenir de Zubi. " et surtout, nous ne méritions pas de perdre. Ce fut extrêmement dur à avaler".

Qu'en est-il des bons souvenirs ? Dans une carrière professionnelle ponctuée de quatre Coupes du Monde de la FIFA (1986, 1990, 1994 et 1998) et trois Euros (1984, 1988 et 1996), il doit y en avoir plus d'un. Le meilleur ? "Notre premier match à Mexique 1986, contre le Brésil au stade Jalisco de Guadalajara. Je faisais mes grands débuts en Coupe du Monde et j'avais l'image du Brésil des années 70 avec Pelé, Tostao, Rivelino etc., qui avait joué dans ce même stade. Le mythe avait rattrapé la réalité. Ç'a été un moment très marquant".

Malgré son bilan de 126 matches disputés et 99 buts encaissés sous le maillot espagnol, le capitaine légendaire de la Furia entretient un regret de taille. "Gagner un trophée. Entre 1994 et 1996, nous formions une équipe extrêmement solide, très forte aussi bien sur le plan technique que physique", explique-t-il.

Les années dorées de la Dream Team
Incontestablement, c'est en club que Zubizarreta a connu ses plus grandes joies. Formé au Deportivo Alavés à la fin des années 1970, il a ensuite gardé pendant six ans les buts de l'Athletic Club Bilbao. Il remporte deux Liga, une Coupe du Roi et une Supercoupe d'Espagne avec le club basque.

Dans cette équipe, chaque entraînement était une mise à l'épreuve. J'avais devant moi les meilleurs attaquants du monde, qui redoublaient d'ingéniosité pour marquer
Andoni Zubizarreta, à propos de la Dream Team de Barcelone

Mais c'est avec le FC Barcelone, entre 1986 et 1994, qu'il connaîtra véritablement la gloire. Avec l'arrivée de Cruyff aux commandes, commence l'une des périodes les plus fastes du Barça. Sous la houlette de l'ancien numéro 14 de l'Ajax Amsterdam, les Blaugranas remportent - entre autres titres - quatre championnats d'Espagne consécutifs et offrent au club la première Coupe d'Europe de son histoire. " . Je faisais de mon mieux pour les en empêcher et à partir de là, j'étais bien préparé pour les matches. Disons qu'avec ce type d'entraînement, il était assez difficile de me prendre à défaut en compétition".

Pour un gardien, il devait être plutôt rassurant d'avoir un tel potentiel offensif dans son équipe. Interrogé sur les artilleurs qu'il redoutait le plus, Zubi lance sans hésiter : "Hugo Sánchez [ex Real Madrid] et Gary Lineker dans un premier temps, et plus tard Ronaldo. Il était quasiment inarrêtable. Et puis il y avait Romario, qui savait faire les gestes les plus étonnants dans la surface".

Organiser plutôt qu'entraîner
"Le niveau de ce Barça était extraordinaire. Ce n'est pas par hasard. Il existait entre tous les joueurs des liens humains très forts, basés sur le respect et l'admiration. Ensemble, nous formions un groupe spécial. Personne n'avait la grosse tête", poursuit celui qui prenait régulièrement place dans les vestiaires aux côtés des Ronaldo, Romario, Michael Laudrup, Hristo Stoichkov, Ronald Koeman, et bien d'autres.

Entraîner une équipe me semble a priori passionnant, mais ça ne m'attire pas. J'ai toujours pensé que mon rôle était plus tôt dans l'organisation
Andoni Zubizarreta, à propos d'une éventuelle carrière sur le banc de touche

Beaucoup de ses anciens coéquipiers, apôtres de la philosophie de Cruyff, ont décidé de devenir entraîneur. Zubizarreta n'est pas tenté par l'expérience. " : faire en sorte que tout soit prêt afin que les joueurs et l'encadrement technique puissent se concentrer sur le jeu", explique-t-il. Avant d'ajouter, un sourire en coin, qu'il a déjà exercé ce rôle à l'Athletic Bilbao et qu'il est ouvert à toute nouvelle proposition.

Au moment de raccrocher les crampons, les joueurs éprouvent souvent les plus grandes difficultés pour couper le cordon avec la planète football. Comment explique-t-il cela ? "Quand on est habitué à vivre au rythme effréné qui caractérise le monde du football, il est difficile de revenir à une 'vie normale'. Au début, on apprécie le calme mais très vite, on a envie de retrouver toute cette adrénaline. Alors il faut trouver des substituts. Ce n'est pas facile. Cela explique à mon avis pourquoi de nombreux footballeurs se reconvertissent dans des activités étroitement liées au football".

Après avoir évoqué ces nombreux souvenirs avec lui, nous demandons à Zubi quelle image il aimerait laisser dans l'esprit du public. "L'image la plus simple possible", dit-il en éclatant de rire. "C'est étrange, après tant d'années, de voir que les gens se souviennent toujours de moi. Pour répondre à votre question, j'aimerais qu'on garde de moi l'image d'un bon gardien, sur lequel son équipe pouvait compter".