Cela fait maintenant deux ans que Sami Al Jaber a raccroché les crampons. Mais la légende du football saoudien n'a pas pour autant cessé tout exercice physique. Lorsque FIFA.com l'a appelé pour discuter de sa carrière et de sa reconversion, l'ancien attaquant était justement occupé dans la salle de musculation. Il a accepté de souffler pendant quelques instants, le temps d'évoquer sa seconde carrière, dans un domaine qui lui permet de rester en contact avec le monde du sport. En effet, Sami Al Jaber est aujourd'hui à la tête d'une société de services sportifs qui se porte pour le mieux.
"La Légende" n'est pas son seul surnom, mais c'est celui qu'il préfère. "J'aime bien qu'on m'appelle "La Légende" car j'ai battu de nombreux records dont je suis fier, et qui à mon avis vont tenir pendant encore pas mal d'années", explique-t-il.
Al Jaber est ainsi l'un des deux seuls joueurs à avoir représenté l'Arabie Saoudite à chacune des quatre Coupes du Monde de la FIFA auxquelles le pays a participé. Une distinction dont il n'est pas peu fier. "La qualification pour la Coupe du Monde a été le plus beau moment de ma carrière", se souvient-il. "En fait, je pense que notre pays méritait de se qualifier pour une Coupe du Monde avant cela. La consolation, c'est que nous avons participé à tous les tournois depuis notre première qualification, pour Etats-Unis 1994."
Comme Maradona, Pelé, Laudrup...
L'ancienne star du club d'Al Hilal a joué un rôle crucial dans la première participation de l'Arabie Saoudite à la Coupe du Monde de la FIFA. Lors du match décisif contre l'Iran, remporté 4:3, il inscrit le premier but et réalise deux passes décisives. Aux Etats-Unis, une victoire 2:1 sur le Maroc au Giants Stadium permet aux Saoudiens d'atteindre les huitièmes de finale, où ils se font éliminer par la Suède.
Mais pour Al Jaber, l'expérience américaine n'est qu'un début. Il participe ensuite à France 1998, à Corée/Japon 2002 et, rappelé par Marcos Paqueta alors qu'il avait pris sa retraite internationale, à Allemagne 2006. Le numéro 9 des Fils du Désert profite alors d'un match du Groupe H contre la Tunisie pour rejoindre un cercle exclusif, composé de joueurs comme Uwe Seeler, Pelé, Diego Maradona, Michael Laudrup ou encore Henrik Larsson. Leur point commun : avoir marqué dans deux Coupes du Monde de la FIFA à... 12 ans d'intervalle.
"Quand on m'a dit les noms des joueurs qui ont réussi la même performance, je n'en revenais pas. C'est peut-être ce que j'ai atteint de plus beau en tant que joueur", commente Al Jaber. " ."
Son but contre la Tunisie a également fait de lui le meilleur buteur asiatique dans l'épreuve reine, à égalité avec le Coréen Ahn Jung-Hwan. Toutefois, Corée/Japon 2002 ne lui a pas laissé que des bons souvenirs. "Notre défaite 8:0 face à l'Allemagne a été une véritable humiliation. C'est sûrement le moment le plus noir de toute l'histoire footballistique de notre pays. C'était un vrai cauchemar. Je ne souhaite à personne de vivre ça."
Depuis qu'Al Jaber a pris sa retraite, on entend souvent dire que l'Arabie saoudite est devenue trop dépendante de Yasser Al Qahtani, avis qu'Al Jaber ne partage pas tout à fait. "Yasser est un footballeur exceptionnel, mais nous avons d'autres joueurs de grande qualité. Cela dit, il est vrai qu'il est aujourd'hui plus difficile de se qualifier pour la Coupe du Monde que par le passé", fait-il observer.
L'expérience anglaise
Même s'il a passé la plupart de sa carrière à Al Hilal (club phare de Riyad), Al Jaber a également effectué un séjour en Angleterre, où il a porté les couleurs des Wolverhampton Wanderers. "J'ai beaucoup appris en Angleterre, car c'est la première fois que je suivais la routine quotidienne d'un vrai joueur professionnel. J'ai énormément gagné en maturité", analyse-t-il.
S'il considère son expérience européenne comme bénéfique, Al Jaber ne la voit pas forcément comme un exemple à suivre pour ses compatriotes. " ."
Pour remédier à cela, Al Jaber estime que le football saoudien devrait recourir aux services d'entraîneurs européens. "Sir Alex Ferguson m'a dit que la solution passait par la formation des jeunes. Je suis convaincu qu'il a raison. C'est le meilleur moyen d'assurer un développement à long terme."
Al Jaber a rencontré le manager écossais de Manchester United en janvier dernier, lors de son propre jubilé. A cette occasion, Al Hilal avait battu les Red Devils 3:2, Al Jaber inscrivant l'un des trois buts de son équipe. Bien qu'il ne cache pas sa préférence pour le Real Madrid, l'homme aux 163 capes affirme qu'il a été heureux de voir Manchester United remporter la Ligue des champions de l'UEFA, la semaine dernière. "Maintenant, Man United sait ce qu'il faut faire pour conserver sa Ligue des champions : venir en Arabie saoudite, au mois de janvier 2009, jouer contre Al Hilal," dit-il en éclatant de rire.



