Que représente pour vous le fait d'avoir participé à la
Coupe du Monde de la FIFA ?
La Coupe du Monde est tout simplement la plus belle
compétition au monde. Elle rassemble les plus grands joueurs de la
planète. Participer à un tel événement restera la plus grande
fierté de ma vie. C'est le rêve de n'importe quel
joueur.
En 2002, lors de la Coupe du Monde de la FIFA Corée/Japon,
l'équipe du Brésil est apparue très soudée. Est-ce la raison de
son succès ?
Dès le début des éliminatoires,
Felipão (Felipe Scolari) a réussi à bâtir une véritable
équipe en réunissant des joueurs venant de divers horizons. Les
journalistes brésiliens désignaient d'ailleurs souvent
l'équipe comme la "famille Scolari". Par les temps
qui courent, il n'est pas facile d'amener autant de stars à
tirer dans la même direction. C'est pourtant ce qu'a réussi
Felipão, et en très peu de temps qui plus est. Avec les joueurs
excellents dont nous disposions et compte tenu de l'exigence de
nos supporteurs, nous nous devions non seulement de bien jouer,
mais de gagner. Nous savions qu'il y aurait près de 100
millions de compatriotes qui nous suivraient à la télévision.
Felipão nous a fait comprendre tout cela. Nous avons senti
qu'il était de notre devoir de faire de cette Coupe du Monde un
succès, dans la tradition brésilienne.
Qu'avaient retenu de leur séjour en France les joueurs
qui avaient participé à l'édition 1998?
Nous sommes allés au bout d'une Coupe du Monde
que nous n'avons pas remportée. Nous ne voulions surtout pas
répéter les mêmes erreurs qu'en 1998. Nous n'en avions
pourtant pas fait beaucoup, car on ne joue pas à ce niveau si on
multiplie les fautes. Nous avons donc abordé notre préparation pour
la Coupe du Monde 2002 de façon radicalement différente. Nous avons
vécu autrement la veille de la finale. Le grand jour s'est
passé différemment. C'était... comment dire ? Parfois, mieux
vaut ne retenir que les bonnes choses. Nous n'avions pas fermé
l'œil la nuit précédente. La pression était terrible,
d'autant que les souvenirs de 1998 étaient encore vivaces. Le
jour de la finale, nous nous sommes levés tôt à cause du décalage
horaire et nous avons passé la matinée à l'hôtel. Nous avons
déjeuné, fait la sieste, nous avons pris une collation et nous
sommes partis pour le stade. Vous imaginez tout ce qui pouvait nous
passer par la tête à ce moment-là ? Nous nous demandions comment
tout cela allait se terminer. Heureusement, nous avons vécu une
grande compétition et nous avons réussi à effacer l'échec que
nous avions vécu quatre ans plus tôt.
Pendant le trajet qui vous menait au stade, avez-vous pensé
au trophée de la Coupe du Monde de la FIFA ?
Ça m'a traversé l'esprit, mais ça ne
m'obsédait pas non plus. Je voulais surtout que notre équipe
joue bien et que les quelque 100 millions de Brésiliens qui
allaient nous regarder à la télévision pleurent comme en 1998...
mais des larmes de joie, cette fois ! Rodrigo, notre responsable
presse, possède un enregistrement dans lequel j'annonce que
nous allons gagner 2-0. C'est vrai, je me voyais avec le
trophée dans les mains. Parfois, je demande à mes amis : "Vous
savez combien pèse le trophée ? Moi, oui !".
Qu'avez-vous ressenti au moment de la victoire, en
tenant le trophée de la Coupe du Monde de la FIFA dans vos mains ?
A ce moment-là énormément de choses me sont venues à
l'esprit. J'ai pensé à ma famille, à mes amis, à mon pays,
à Garça - la ville où je suis né en 1973 - aux moments difficiles.
Je ne sais plus si j'ai pleuré ou non. En revanche, je n'ai
pas pensé aux clubs où j'avais évolué, l'Uniao Sao Joao,
Palmeiras, l'Inter Milan ou le Real Madrid. Mais à cet instant,
je me suis rappelé d'où je venais et comment j'avais
franchi une à une toutes les étapes jusqu'à intégrer
l'équipe du Brésil. Une fois international, j'ai disputé la
Copa América, puis la Coupe des Confédérations, et enfin la Coupe
du Monde. J'ai visé toujours plus haut, mais cela n'aura
pas été simple. Compte tenu de la qualité de la
Seleção de cette année-là j'avais pensé pouvoir faire
partie de l'équipe de 1994. Mais je ne suis parvenu que huit
ans plus tard à réaliser mon rêve. Cette victoire fut aussi
l'occasion de me pencher sur mon passé, qui n'a pas
toujours été facile. Néanmoins, je ne le renie pas aujourd'hui,
car tout ce que j'ai appris m'a été extrêmement utile par
la suite.
[ Roberto Carlos remarque le trophée de la Coupe du Monde de la FIFA] Regardez-moi ça ! Comme il est beau ! C'est merveilleux ! J'en ai une copie à la maison... Je n'aime pas trop avoir ce trophée en mains, parce que je ne peux pas m'empêcher de l'astiquer ! Il est vraiment fabuleux et si lourd. Cet objet symbolise un rêve pour tout footballeur, et même pour tout être humain.
Considérez-vous ce trophée comme une œuvre d'art ?
Je ne sais pas qui l'a dessiné, mais il a bon
goût ! L'ancien trophée était très beau lui aussi, mais il a
disparu. Une photo est parue dans un magazine, je ne sais pas si
vous l'avez vue, où je me tiens exactement comme à présent avec
le trophée... C'est une belle image, ma mère l'a même faite
encadrer. Allez, reprenez-le. Je crois qu'il vaut mieux que je
ne le garde pas trop longtemps...
