Quel est votre premier souvenir de la Coupe du Monde de la FIFA ?
Je me souviens du moment où les joueurs montent les marches pour recevoir leur médaille et prendre le trophée. Cela m'avait marqué quand j'étais enfant. A chaque Coupe du Monde, je fermais les yeux et j'imaginais notre équipe montant les marches. Cela me rendait confiant.


Vous avez disputé trois Coupes du Monde de la FIFA. Quelle importance ces tournois ont-ils eu dans votre vie personnelle et professionnelle ?
Comme tous les Brésiliens, j'ai toujours rêvé de jouer une Coupe du Monde. En voyant Pelé, Rivelino et tous ces grands joueurs, je m'imaginais à leur place. Disputer cette épreuve à trois reprises m'a beaucoup appris. En 1990, par exemple, nous avions une très bonne équipe, mais n'avons pas réussi à gagner.
Nous avons renoué avec le succès en 1994, mais cette Coupe du Monde a fait comprendre à tous les Brésiliens que le talent ne suffit pas pour être champion du monde. Il faut aussi une communauté d'idées, une organisation, un projet, de la discipline et de la détermination. En fait, il faut réunir de nombreux ingrédients pour gagner. La Coupe du Monde 1994 a été très importante pour notre pays tout entier, car elle a par exemple encouragé beaucoup d'entreprises à mettre en place de véritables stratégies. Auparavant, trop de gens se contentaient de suivre leur inspiration du moment...
La Coupe du Monde 1998 nous a livré un autre enseignement. Dans la vie, comme dans le football, rien n'est jamais acquis. Nous pensions avoir trouvé la formule gagnante et qu'il nous suffirait de faire comme en 1994. Cela n'a pas suffi. Nous aurions dû travailler davantage notre technique, nos tactiques et tout ce qui avait trait au football. Nous étions comme un champion olympique qui aurait manqué les qualifications la fois suivante. Le football réserve parfois ce genre de surprises.

Vous avez évoqué la Coupe du Monde de la FIFA, France 1998. Quel souvenir gardez-vous de la finale ?
Je crois que ce qui est arrivé à Ronaldo a perturbé tous les Brésiliens. Je ne pense pas que la finale se soit jouée là-dessus, mais cela a eu une influence, car cette équipe était très émotive. Nous étions tous très proches de lui, et il nous était difficile de nous concentrer sur le jeu dans de telles conditions. Nous n'arrêtions pas d'y penser. Toutefois, ce n'est pas pour cela que nous avons perdu. Nous pensions avoir trouvé la formule gagnante, mais nous avons négligé tous le reste.


Certains pensent que cette finale s'est résumée à un duel entre Didier Deschamps et vous-même. Etes-vous d'accord ?
C'était un excellent joueur, qui possédait une solide technique individuelle. La France a bâti son succès sur sa solidité au milieu de terrain et en défense. Cette équipe était toujours parfaitement organisée et se repositionnait précisément. En ce qui me concerne, j'ai surtout été marqué par le fait que Zidane n'était jamais venu placer sa tête sur coup de pied arrêté jusqu'à la finale. Quand une équipe est bien préparée et sait ce qu'elle a à faire, il ne peut rien lui arriver. Il n'y a pas de chance en football. Tout est question de savoir-faire, et les Français n'en manquaient pas.


Avez-vous été élu capitaine par les joueurs ou bien Parreira vous a-t-il désigné ? Et quel rôle avez-vous joué en tant que capitaine ?
C'était la décision du sélectionneur. Quand on devient capitaine, il ne faut pas penser au brassard, mais se concentrer sur le but à atteindre. Je jouais déjà ce rôle sur le terrain bien avant que l'on me confère ce titre, tout comme d'autres ont joué ce rôle lorsque j'ai reçu le brassard. Une équipe a toujours besoin de plusieurs leaders. Pour moi, le capitaine n'est pas quelqu'un qui impose ses idées mais qui se laisse guider par le groupe. Je ne faisais qu'exécuter les ordres et rappeler les objectifs qui avaient été décidés en commun. Lorsque nous prenions des décisions collectives, il était toujours plus facile de capter l'attention des joueurs sur le terrain. Il suffisait de leur rappeler ce qui avait été dit, de leur parler de leurs responsabilités. Mais cela n'a jamais été uniquement de mon fait. Les décisions importantes étaient prises par l'ensemble de l'équipe.

L'échec de 1990 vous a-t-il permis de revenir plus fort en 1994 ?
Oui, car nous voulions tous entrer dans la légende et rétablir l'hégémonie du Brésil. Nous avons décidé que nous voulions devenir champions du monde et que nous ne répéterions pas les mêmes erreurs qu'en 1990. Nous avions déjà une certaine idée de la façon dont pouvait se passer une Coupe du Monde et certains d'entre nous voyaient là leur dernière chance de remporter cette compétition. Ensuite, tout s'est passé naturellement.


A l'époque, le Brésil traversait une longue période de vingt-quatre ans sans titre mondial. En avez-vous souffert ?
Bien sûr. Les gens ne se rendent pas compte de ce que cela pouvait signifier pour le Brésil. Cette Seleção n'était peut-être pas la plus brillante de l'histoire, mais c'était certainement celle qui avait le plus de caractère. Rares sont les joueurs brésiliens capables de supporter la pression. Il ne s'agissait plus d'enjeux locaux, il y avait tout le pays derrière nous. Les supporteurs et les médias nous avaient mis une pression terrible. Nous nous sommes alors repliés sur nous-mêmes, car nous ne voulions pas être déconcentrés par ce qui pouvait se passer au Brésil. Nous avons mené une rapide étude psychologique et nous en avons conclu que nous ne pourrions pas continuer à nous entraîner comme nous aimions le faire en étant sans cesse bombardés d'informations. Nous ne voulions penser qu'à la Coupe du Monde, c'est pourquoi nous nous sommes coupés du monde. Prenez un pays comme le Cameroun : sans vouloir manquer de respect aux Camerounais, ils n'ont jamais rien gagné. Et pourtant, regardez ce qui s'est passé quand ils ont manqué le penalty qui leur aurait permis de se qualifier pour la Coupe du Monde 2006. Imaginez alors ce qui se passerait si le Brésil manquait un penalty en finale... Nous ne nous sommes pas laissés prendre au piège. Nous étions concentrés sur notre objectif.

Comment était Carlos Parreira, en tant qu'entraîneur ?
Parreira est très différent des autres entraîneurs brésiliens. Les supporteurs et les journalistes ont l'habitude des entraîneurs qui parlent beaucoup et crient depuis le banc de touche. Parreira est très intelligent. Il mise beaucoup sur la préparation, comme Zagallo avant lui. Ils prennent toutes les décisions et chacun sait exactement ce qu'il a à faire. Il savait se faire comprendre de chacun, mais il nous laissait également la possiblité de régler un certain nombre de problèmes entre nous. Il nous posait des questions sur les équipes européennes, nous demandait des renseignements sur tel ou tel joueur, ou sur la façon dont nous travaillions avec nos clubs. Cela lui permettait d'établir la meilleure préparation possible et, lorsque nous pénétrions sur le terrain, nous savions exactement ce qu'il attendait de nous.

Parlons un peu tactique. En 1994, Taffarel disait qu'il n'avait pas grand-chose à faire, parce que le Brésil défendait très bien. Quel était le point fort de cette équipe ?
Parreira disait souvent : "Les Brésiliens savent toujours quoi faire quand ils ont le ballon". Notre problème, c'était de nous organiser lorsque nous ne l'avions pas. Pour profiter au mieux de notre répertoire technique, nous devions être capables de reprendre possession du ballon le plus vite possible. Sur le plan purement tactique, tout le monde a cru que la décision d'aligner deux milieux récupérateurs était dictée par des considérations défensives. C'était tout le contraire ! Le but était de jouer le plus haut possible et de récupérer le ballon dans le camp adverse afin de permettre à Bebeto, Romario et Zinho de trouver des espaces, et à Jorginho, Branco et Leonardo de monter. Quand nos adversaires relançaient, ils s'exposaient involontairement. Dans ce type de situation, nous pouvions récupérer le ballon à 20 ou 30 mètres du but adverse.

Quel match de cette compétition vous a-t-il posé le plus de problèmes ?
Je crois que ce fut le match contre les Etats-Unis. En dehors de toute considération technique, le fait de jouer dans une telle atmosphère, le jour de la fête de l'indépendance américaine, nous a perturbés. Les conditions ont beaucoup joué ce jour-là. Sur le plan psychologique, le match contre les Pays-Bas était également très chargé. Après avoir mené 2-0, nous avions été rejoints à 2-2. Il nous a fallu beaucoup de maturité pour reprendre l'avantage. Ce match a beaucoup compté pour nous, car Branco, qui venait de faire son grand retour dans l'équipe, nous a offert la victoire. Je crois que cet événement a considérablement renforcé notre détermination.

Quand avez-vous été certain que le Brésil serait champion du monde ?
Une fois que j'ai eu le trophée entre les mains ! Mais nous avons cru très tôt en nos chances car, contrairement à ce qui s'était passé en 1990, nous avions un objectif précis. Nous étions tous certains de pouvoir réaliser notre rêve. Quand nous discutions avant les matches ou à l'entraînement, nous sentions cette détermination. C'était comme si nous étions déjà sur le terrain.


Quels furent les rôles de Romario et Bebeto au sein de cette équipe ?
Le même que Taffarel, Aldair ou Dunga. Nous avions tous un rôle à jouer. Evidemment, les buteurs bénéficient toujours d'une certaine popularité auprès des journalistes et du public. Prenez Aldair, par exemple. C'était le joueur parfait : technique, puissant, agile et excellent balle au pied. Même chose pour Branco ou Jorginho. Tous ces joueurs ont été décisifs. N'oublions pas non plus Taffarel, qui était toujours présent quand nous avions besoin de lui. Si nous avons gagné la Coupe du Monde, ce n'est pas le fait d'un seul homme. Bien entendu, ceratins sortaient du lot, mais sans un groupe solide, nous n'aurions jamais rien gagné.


Qu'avez-vous dit à vos partenaires avant la finale ?
Je leur ai dit de faire ce que nous faisions le mieux, jouer au football, et qu'il n'y avait rien à craindre. J'ai ajouté que s'ils avaient jamais rêvé de disputer une finale de Coupe du Monde, le moment était venu pour eux d'entrer dans l'histoire, que nous ne pouvions pas nous laisser abattre par le stress ou la pression car tout ne dépendait que de nous.


Etait-ce un bon match, selon vous ?
La rencontre a été très équilibrée, comme on peut s'y attendre dans une finale de Coupe du Monde entre l'Italie et le Brésil. Nous aurions pu marquer, les Italiens aussi. Pour la première fois, la finale s'est jouée aux tirs au but. Les journalistes disaient toujours que les Brésiliens n'étaient pas assez forts mentalement pour gagner de la sorte. Cela nous a donné l'opportunité de faire un sort à cette légende. Cela faisait vingt-quatre ans que nous n'avions plus gagné. C'était l'occasion de démontrer que toute cette préparation n'avait pas été vaine. A ce moment précis, cette génération a su trouver les ressources pour démontrer qu'elle avait sa place au sommet.


On vous avait demandé de marquer Baggio. Comment vous êtes-vous préparé à cela ?
Dans ma tête, j'étais prêt à jouer une seconde, 90 minutes ou tous les matches de cette Coupe du Monde. Nous étions tous dans cet état d'esprit, pas seulement Dunga ou Taffarel. Nous étions tous prêts à marquer n'importe quel adversaire. Nous savions que Baggio était un grand joueur, mais il ne faut pas oublier que nos séances d'entraînement étaient aussi tendues que n'importe quel match de compétition. Nous travaillions tous les jours avec Ronaldo, Viola et Cafu, cela vous donne une idée du niveau. Nos remplaçants étaient aussi forts sinon meilleurs que nos adversaires. Pour en revenir à Baggio, nous étions bien conscients que, si nous lui laissions une seconde, un mètre ou même dix centimètres de liberté, il pourrait faire la différence.

La finale représente-t-elle pour vous la plus belle rencontre du tournoi ?
Non, je ne crois pas. Nous avions très bien joué contre le Cameroun, par exemple. Mais le fait est que les finales sont toujours mémorables. Gagner une Coupe du Monde, ce n'est pas qu'une question de technique. Il faut aussi de la persévérance et de la solidarité. Le secret, c'est de rester concentré. Sans cette concentration, tout notre talent n'aurait servi à rien.

Le trophée avait été placé en bordure de terrain lors de cette finale. L'aviez-vous remarqué ?
Non. Et pour vous dire la vérité, je n'ai pas pensé au trophée. Je voulais seulement devenir champion du monde. Bien sûr, le fait de soulever ce trophée a été quelque chose d'important, mais j'y pense beaucoup plus aujourd'hui que je ne l'avais fait à l'époque. Quand je suis allé jouer au Japon ensuite, on m'a dit : "Il n'y a que 15 capitaines à avoir soulevé la Coupe du Monde et tu en fais partie". C'est à ce moment-là que j'ai compris l'importance de ce que nous avions fait. Pourtant, pendant la compétition, je ne pensais qu'à gagner le prochain match.

Qu'avez-vous ressenti en entamant les prolongations ?
Nous étions très tendus, mais savions ce que nous avions à faire et que nous avions les moyens de l'emporter. Nous étions concentrés, je crois que c'est le mot juste. Nous étions terriblement concentrés, conscients que nous ne pouvions pas nous permettre de leur laisser le moindre espace. Nous n'avions pas le droit à l'erreur car, en finale d'une Coupe du Monde, face à des formations aussi solides que l'Allemagne, l'Argentine ou l'Italie, on ne s'en remet jamais. Nous pensions attendre que l'occasion se présente de tuer le match tout en prenant soin de ne pas laisser la moindre ouverture à nos adversaires.


Vous figuriez parmi les tireurs. Comment la décision est-elle intervenue ?
Nous avions fait notre choix à l'entraînement. Quand nous pratiquions les tirs au but alors, nous étions concentrés, confiants et déterminés comme s'il s'était agi d'une finale. Nos trois gardiens, Zetti, Gilmar et Taffarel ne nous faisaient aucun cadeau. Je m'étais donc préparé à ce moment, pourtant lorsque Parreira m'a désigné, je me suis senti glacé. Mais, une fois le choc passé, je me suis souvenu que j'avais toujours voulu jouer pour le Brésil.

A quoi avez-vous songé en vous rendant du rond central au point de penalty ?
Quelques instants auparavant, Taffarel avait repoussé la frappe de Massaro. Le ballon avait rebondi vers moi et je m'en étais saisi. A cet instant, j'ai revu toute ma carrière, en particulier les moments très difficiles qui avaient suivi la Coupe du Monde 1990. J'ai pensé : "si je rate celui-là, je ne pourrais plus jamais revenir au Brésil. Ce sera terminé pour moi". Mais j'ai aussi pensé à mes rêves, à tous ceux qui me soutenaient, à ma famille et mes amis. Quand je travaillais avec Gilmar et Taffarel, j'avais tendance à placer mes tirs en force. Petit à petit, ils ont pris l'habitude de mes frappes. J'ai donc commencé à varier mes coups. En outre, je savais qu'ayant joué en Italie, nos adversaires connaîtraient tout de moi. J'ai pensé que c'était une bonne occasion pour moi de tenter autre chose. Par chance, cette décision s'est avérée payante.

Taffarel assure que Marcio Santos n'avait jamais manqué un penalty à l'entraînement. Etiez-vous inquiet pour vos coéquipiers à l'heure d'entamer la séance des tirs au but ?
Non, nous étions confiants. Nous étions conscients de la responsabilité que nous allions prendre pour l'équipe et pour notre pays. La confiance était l'un des traits de caractère de cette équipe. Branco par exemple revenait de blessure quand nous lui avons demandé de jouer contre l'un des Néerlandais les plus rapides. Nous avions confiance en lui. Quand on fait confiance à un partenaire, il se sent valorisé et cela l'aide à donner le meilleur de lui-même.


Avez-vous été surpris de voir Baresi et Baggio manquer leur penalty ?
Compte tenu de leur talent et de leur expérience, c'était inattendu. Mais l'histoire prouve qu'un penalty n'est pas une chose aussi simple qu'on le pense. La condition physique et la détermination sont des facteurs importants au moment de la frappe. Au Brésil, on dit souvent que les tirs au but sont si importants que seul le président devrait être autorisé à les tirer.


Que s'est-il passé lorsque Baggio a manqué son tir ?
J'ai embrassé mes coéquipiers. C'était un moment de pur bonheur, très spontané, nous étions incapables de nous contrôler. Sur le coup, nous n'arrivions pas à y croire, ce n'est qu'en découvrant les images à la télévision que nous avons compris que ce n'était pas un rêve. Je me suis alors senti fier d'être brésilien et de voir mon pays à nouveau au sommet. En outre, le pays avait besoin d'un signal fort après ce qui était arrivé à Ayrton Senna. Nous étions champions du monde, la meilleure équipe de la planète. Et ça, ça n'a pas de prix. Je ne dis pas que les autres sports sont moins importants, mais un succès en Coupe du Monde a des répercussions culturelles et économiques dont le pays tout entier bénéficie. Le football peut amener la prospérité ou ramener la paix entre des factions rivales et n'impose en outre aucune discrimination par l'argent. Il rassemble aussi tous ceux qui veulent simplement faire la fête et passer un bon moment...

Pouvez-vous décrire le moment où vous avez tenu le trophée pour la première fois ?
A ce moment, il s'est passé une chose singulière. Les photographes voulaient que je pose avec le trophée, mais je n'en avais pas envie et nous nous sommes accrochés. Ils ont cru que je leur en voulais encore à cause des critiques, mais cela n'avait rien à voir, je n'avais pas envie de poser, tout simplement. Mon seul désir était de faire la fête avec mes amis, célébrer ce titre historique, comme des millions de Brésiliens.


Qu'avez-vous éprouvé alors en tant que capitaine et en tant qu'homme ?
Trois capitaines brésiliens avaient gagné la Coupe du Monde, et j'étais le quatrième - sur près de 170 millions de personnes - alors même que le Brésil n'avait plus gagné depuis vingt-quatre ans. Je dois remercier Dieu de m'avoir offert cette chance. C'est un peu comme l'histoire de Cafu. On ne sait pas toujours pourquoi on a été choisi pour se trouver au bon endroit au bon moment, surtout au Brésil où la passion pour le football est si forte. Le pays traversait une période difficile, à cette époque, et nos concitoyens avaient besoin d'une bonne nouvelle pour croire à nouveau en eux, continuer à travailler, rester compétitifs et s'améliorer.


Vous parlez souvent du peuple. Quelle a été sa réaction quand vous êtes revenus au pays avec le titre en poche ?
L'acceuil a été extraordinaire de Recife à Rio de Janeiro, deux villes très particulières. Mais la surprise est venue de Brasilia, la capitale généralement considérée comme réservée. Quand nous sommes arrivés, tout le centre-ville avait été envahi. On se serait cru dans une fourmilière. Il restait juste un peu de place pour le camion de pompiers et les joueurs ! Partout où portait le regard, on ne voyait que des gens heureux. Apporter cette joie dans le cœur des Brésiliens, voilà la vraie récompense. C'était formidable de pouvoir apporter le bonheur à cette génération qui n'avait jamais vu le Brésil remporter la Coupe du Monde. Tout le monde disait que le Brésil avait les meilleurs joueurs, les meilleurs entraîneurs, jouait le meilleur football, et pourtant, nous ne gagnions pas. Nous avons appris à nos concitoyens à gagner à nouveau. Il n'y pas de "formule magique brésilienne". Il n'y a que la compétition et le professionnalisme.

La finale contre l'Italie représente l'aboutissement de nombreux efforts. S'agit-il du plus beau jour de votre carrière ?
Sans aucun doute, je crois que nous n'oublierons jamais cette journée. Des joueurs pleins de talent se sont battus tous ensemble, et c'est de cette communauté qu'est né notre triomphe. L'amitié, le respect, l'éthique, le professionalisme et la transparence sont les valeurs qui ont fait notre succès. Parreira avait trouvé une formule toute simple pour résumer cet état d'esprit : "amis pour la vie". C'est ce que représente cette Coupe du Monde pour nous.

Quel effet cela vous fait-il de tenir à nouveau le trophée aujourd'hui ?
Je suis frappé de constater à quel point le temps passe vite. A l'époque, la joie était indescriptible. Peu de gens ont la chance de tenir ce trophée. Il ne m'appartient pas, pas plus qu'aux autres capitaines. Il appartient au peuple, car il représente le football. Carlos Parreira nous a rappelé que nous n'étions propriétaires de rien : le football, l'équipe nationale et même la Coupe du Monde appartiennent avant tout au peuple. C'est la chose la plus importante à retenir. Nous avons montré au monde que nous étions des êtres humains comme les autres, que nous n'aimions rien tant que faire plaisir aux autres, les voir se rassembler dans les stades pour faire la fête dans la bonne humeur.

Que pensez-vous de ce trophée, sur le plan esthétique ?
C'est une balle, qui représente notre planète, indissociable du football. L'un tire sa force de l'autre, comme dans une symbiose. Je crois qu'il symbolise la capacité qu'a l'humanité à se rassembler derrière quelque chose de physiquement petit, en l'occurrence un ballon, mais qui représente également un concept si grand que tout le monde se reconnaît en lui.