Samedi 11 juillet, La Plata, midi passé. Quelque 200 fidèles franchissent sans opposition le mince cordon de sécurité qui entoure City Bell, camp d'entraînement d'Estudiantes de la Plata, puis se dirigent vers l'entrée du bâtiment principal. Le dernier échauffement avant le départ pour le Brésil vient de prendre fin et les joueurs, bien qu'habitués à la ferveur de leurs supporters, sont manifestement surpris à la vue de la haie d'honneur rouge et blanche qui s'est formée à la sortie du centre technique.

Le motif de cette "invasion" est on ne peut plus clair : faire passer un dernier message d'encouragement aux Pincharratas avant qu'ils s'envolent pour Belo Horizonte, où ils disputeront mercredi la finale retour de la Copa Libertadores 2009. Dans la capitale du Minas Gerais, c'est un Cruzeiro plein de confiance qui attend les Argentins après le 0:0 du match aller. Ce qui n'empêche pas les supporters du León de La Plata de proférer quasiment à l'unisson : "On y croit, on peut aller gagner là-bas!".

Difficile mais possible
"Tout reste possible, même si ça va être difficile. Mais de leur côté, ils doivent savoir qu'Estudiantes est une équipe très difficile à battre. Le 0:0 du match aller n'est pas un mauvais résultat car en définitive, chaque équipe a encore sa chance. Tous les espoirs sont encore permis", déclare Christian Cellay. Même s'il n'a pas été formé au club, le défenseur est devenu, par son dévouement et sa loyauté, l'un des favoris des supporters pinchas.

Le 0:0 du match aller n'est pas un mauvais résultat car en définitive, chaque équipe a encore sa chance. Tous les espoirs sont encore permis
Christian Cellay, défenseur d'Estudiantes de la Plata

Propos similaires chez son coéquipier de la défense, Rolando Schiavi, qui évoque un possible excès de confiance du Cruzeiro après le 0:0 réussi à l'extérieur. "Plus ils seront sûrs d'eux, mieux ce sera pour nous. Nous avons déjà démontré que nous sommes un adversaire difficile, pour n'importe qui. C'est notamment grâce à notre sérénité que nous avons pu atteindre la finale. Nous devrons conserver cet état d'esprit au Brésil. Aujourd'hui, rien n'est acquis. Il reste un match à jouer", affirme avec conviction l'expérimenté défenseur central.

Rodrigo Braña est lui aussi un "étranger" qui a su gagner le cœur des supporters d'Estudiantes, comme en témoigne l'ovation qui lui est réservée chaque fois que le speaker de l'Estadio Único annonce son nom. "Nous sommes sereins. Il reste 90 minutes et l'obligation de réussir devant leur public peut jouer contre eux. De plus, le fait de ne pas avoir gagné à domicile nous interdit d'être euphoriques : nous devrons donc faire preuve d'intelligence et savoir exploiter au mieux chaque possibilité qui se présentera", annonce Braña.

Pour le talentueux meneur de jeu Gastón Fernández, particulièrement inspiré ces derniers temps, l'envie sera au moins aussi importante que la qualité de la prestation technique : "Nous avons confiance en nos moyens. Nous connaissons la qualité de notre jeu, savons ce que nous avons à faire et comment y parvenir. À partir de là, il sera important de mouiller le maillot jusqu'à la dernière goutte. Comme le dit notre entraîneur Alejandro Sabella, c'est maintenant ou jamais".

Les supporters y croient
Preuve de la foi inconditionnelle des supporters pinchas avant le choc de mercredi au Minerão : les 3 000 billets mis à la disposition des visiteurs par le Cruzeiro ont tous trouvé preneurs. "Pourquoi suis-je convaincu que nous allons être champions ? Parce que cette équipe a déjà montré qu'elle peut battre n'importe qui, n'importe où. Nous allons souffrir mais au final, la coupe sera pour nous", promet Rodrigo. Paré de rouge et de blanc de la tête aux pieds, le jeune homme tente d'obtenir un autographe de Mariano Andújar.

Pourquoi suis-je convaincu que nous allons être champions ? Parce que cette équipe a déjà montré qu'elle peut battre n'importe qui, n'importe où
Rodrigo, supporter inconditionnel et optimiste des Pincharratas

À quelques mètres de là, une supportrice de 18 ans tout au plus montre à son amie une photo prise à l'instant aux côtés de Leandro Benítez, avant de donner son avis sur El Chino : "Beaucoup de gens le critiquent, mais il est né ici et je connais peu de joueurs qui mouillent le maillot autant que lui. Au Brésil, ils vont voir de quel bois il se chauffe". Un gamin de 9 ans suit tout cela très attentivement, avant d'apporter sa contribution : "Sur les centres, il faut absolument lever le ballon. Si on centre bien, on gagnera le match de la tête".

Malgré le froid de l'hiver argentin, un homme sensiblement plus âgé soulève son pull-over pour montrer son maillot d'Estudiantes floqué du numéro 11 de Juan Sebastián Verón, puis entonne pour la énième fois : "Pincharrata, sos mi enfermedad, cada día, yo te quiero más, ni la muerte nos va a separar, desde el cielo, te voy a alentar... le pido a los jugadores, la vida por los colores, lo único que quiero es ver al Pincha campeón de la Libertadores... ["Pincharrata, tu es ma maladie et mon amour, qui grandit de jour en jour. La mort ne va pas nous séparer. Du ciel je continuerai à t'encourager. Je demande aux joueurs de vivre pour les couleurs et d'offrir la Libertadores... à tous leurs supporters".]

On dit que c'est la foi qui transporte les montagnes : est-elle également capable de remporter des matches de football ?