Aucun club africain n'a remporté ne serait-ce que la moitié des titres d'Al Ahly, que ce soit au niveau continental ou national. Le club cairote possède plus de 100 lignes à son palmarès et vient d'en rajouter une en remportant sa septième Ligue des champions de la CAF. Cette dernière victoire a toutefois une saveur particulière pour le club et tous ses supporters.

En février 2012, Al Ahly a été confronté à la plus grande catastrophe qu'a jamais connue le football national : 72 de ses supporters ont trouvé la mort au stade de Port-Saïd. Le sport égyptien dans son ensemble a été traumatisé par cet événement et le championnat national a été suspendu jusqu'à nouvel ordre.

Ce drame a eu évidemment des répercussions psychologiques importantes sur les joueurs. Certains ont même songé à prendre leur retraite, comme Mohamed Aboutrika et Mohamed Barakat. Les Diables Rouges n'ont alors pas livré le moindre match au niveau national à l'exception de la Supercoupe, remportée à huis clos face à l'ENPPI. Le groupe a eu besoin de deux mois pour retrouver ses esprits et reprendre le chemin de l'entraînement. Il s'est promis de remporter la plus prestigieuse compétition continentale.

Mais après son premier match à l'extérieur face à Ethiopian Coffee, le club a bien failli être exclu de la compétition car il n'avait pas donné les gages de sécurité exigés par la CAF. Quelques heures avant le début du match, il a finalement été décidé qu'Al Ahly disputerait l'ensemble de ses rencontres à huis clos, perdant ainsi le précieux soutien de ses fans. Cette décision n'a pas empêché les Diables Rouges de s'imposer (3:0), dans une rencontre à sens unique.

Le club de la capitale a ensuite dominé le Stade Malien mais, alors qu'il se préparait pour la phase de groupes, il a enregistré le départ du légendaire entraîneur portugais Manuel José, contrarié par l'absence de compétition nationale. La direction l'a remplacé par son ancien assistant, Hossam Al Badri, récent vainqueur du championnat soudanais avec Al Merreikh.

Après la pluie...
Al Ahly n'était pas pour autant au bout de ses peines. La blessure de l'attaquant international Emad Motaeb a ensuite obligé l'entraîneur à remodeler son attaque. Pour ne rien arranger, l'arrêt des compétitions nationales a eu un impact négatif sur les comptes du club, qui s'est retrouvé dans l'impossibilité de recruter un attaquant digne de ses ambitions. Pire, la star de l'équipe Mohamed Aboutrika a refusé de disputer la Supercoupe face à l'ENPPI. Sa décision a été critiquée par plusieurs de ses partenaires et il a été suspendu par la direction.

Même sans son meilleur joueur, Al Ahly a poursuivi son chemin victorieux jusqu'en finale de l'épreuve continentale. Les Cairotes l'ont emporté (3:2) au meilleur des deux manches face à l'Espérance de Tunis. Le mérite en revient notamment au capitaine Hossam Ghali, aux milieux de terrain Abdallah Al Saied et Walid Soliman, à l'attaquant Mohamed Nagy Gedo et au remplaçant El Sayed Hamdi, auteur du but de l'égalisation à Alexandrie et passeur décisif à Tunis. Le collectif d'Al Ahly a ainsi démontré qu'il pouvait se passer de n'importe quelle individualité.

Pendant les instants de folie qui ont suivi la conquête de ce titre conquis de haute lutte, Aboutrika n'a pas oublié d'honorer sa promesse : "Cette coupe est dédiée aux martyrs de Port-Saïd. Nous leur devions bien cela, à eux et à leurs familles !"

Un drame humain, l'arrêt du championnat national, des caisses vides, des problèmes au plus haut niveau, le départ de l'entraîneur, des matches à huis clos, des blessures… tous ces malheurs n'ont pas eu raison des joueurs d'Al Ahly. Les Diables Rouges ont donné tout ce qu'ils avaient pour honorer leur promesse et remporter le titre le plus important de l'histoire du club, la Ligue des champions de la CAF 2012.