Mohamed Aboutrika est bien plus qu’une légende du côté d’Al Ahly : pour les fans il est un "ange", une "icône". Certains voient même en lui un "homme de paix". Tous mettent en avant sa personnalité, son humilité et se souviennent qu’au moment de signer avec le club cairote, il avait refusé un salaire qu’il trouvait injustement élevé comparé à celui d'un de ses collègues en défense.

Il y a bel et bien une sorte de fanatisme dans la dévotion que suscite le natif de Gizeh, qui a enchaîné les titres depuis son arrivée dans le plus grand club égyptien en 2004. Les supporters ont donc dû être surpris de le voir débuter la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA 2012 sur le banc. "Je connais mon rôle et je respecte les choix de l’entraîneur", juge le milieu offensif au micro de FIFA.com. "Que je débute sur le banc ou sur le terrain, c’est l’équipe qui passe avant tout. Je ne suis qu’un élément parmi d'autres. Il faut respecter les décisions de notre entraîneur."

Suite à la blessure au genou du milieu de terrain Hossam Ghaly en première période, Hossam El Badry a décidé de faire appel à son joker de luxe. "Aboutrika est un grand joueur. Il vieillit mais il gagne en maturité", affirme le technicien égyptien, dont les relations avec le joueur de 34 ans n’ont pas toujours été au beau fixe.

Un héros modeste
Les deux formations étaient toujours à égalité (1:1) alors que Hiroshima semblait prendre l’ascendant. Mais les passes et les percées d'Aboutrika ont finalement fait pencher la balance en faveur des Égyptiens. Bien placé à l’entrée de la surface, le remplaçant a profité d'un service en cloche pour éliminer son vis-à-vis et inscrire le but de la victoire.

"C’est un but important car il contribue à la victoire d’Al Ahly. Nous avons joué ensemble et gagné ensemble. Ce n’est pas la victoire d’Aboutrika", commente le Cairote, presque gêné par ses exploits. "Je pense très fort au grand Hossam Ghaly", ajoute-t-il, en référence à la blessure de son capitaine, touché aux ligaments croisés et absent pour six mois minimum.

L’humilité du buteur ferait presque oublier que, non content de qualifier les Diables Rouges pour une demi-finale face à Corinthians, Aboutrika a marqué au passage son quatrième but en Coupe du Monde des Clubs de la FIFA. Il rejoint ainsi Denilson et Lionel Messi en tête du classement des meilleurs réalisateurs de la compétition. "Les titres individuels n'ont pas d'importance. Ce qui compte c’est que l’équipe remporte des titres et soulève des trophées. Je suis heureux d’égaler Messi mais je ne suis performant que si l’équipe est performante", insiste-t-il, désireux de mettre son club en avant.

Un sourire pour les fans
Quand il s’agit d’évoquer les supporters d’Al Ahly, la voix d’Aboutrika se fait encore plus calme. Ce 9 décembre, il a marqué en face d’un groupe de fans amassés auprès d’une banderole géante sur laquelle on pouvait lire : "72, n’oublions jamais" ; un chiffre qui rappelle les 72 personnes décédées en février 2012, au cours d'un match entre Al Ahly et Al Masry. "Notre objectif, l’objectif le plus important en fait, est d’offrir du bonheur aux Égyptiens, en particulier aux familles des fans qui ont péri à Port-Saïd. Nous voulons simplement leur apporter un peu de joie, quelle qu’elle soit, et leur donner le sourire."

Suite à cet événement tragique, le quintuple Joueur Égyptien de l’Année avait décidé de mettre un terme à sa carrière professionnelle. Depuis, il est revenu sur sa décision mais ses perspectives footballistiques et son sens des priorités ont évolué : "Que l’on gagne ou que l’on perde, le résultat n’est pas toujours ce qui compte le plus", estime l’international égyptien.

Si Aboutrika fait de son mieux pour coller à l’image idéalisée que les fans ont de lui, l’homme aux 93 sélections n’en reste pas moins un footballeur et donc, un compétiteur. "Nous ne sommes pas tenus de vaincre Corinthians, un grand nom du football mondial, mais nous devrons faire de notre mieux", annonce-t-il. "C’est une grande équipe mais nous ferons ce qu’il faut et nous nous donnerons à fond pour les battre."