Au Pacaembu, c'est une scène classique : l'avant-centre court à toute vitesse vers le ballon et se jette pour en déposséder son adversaire. Il sait alors qu'il va entendre la clameur des supporters, comme s'il s'agissait d'un but. Que ce soit dans un duel ou pour intercepter une passe, c'est le type d'action qui est devenu une marque déposée des meilleurs moments de Corinthians et que ses fidèles supporters adorent. C'est quelque chose que les joueurs alvinegros tenteront de répéter à l'envi en finale de la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA, Japon 2012, le 16 décembre contre Chelsea.

Sous la direction de Tite, ce genre de générosité a cessé d'être simplement une manière de stimuler coéquipiers et supporters. Après les résultats obtenus lors du sacre en Copa Libertadores, avec seulement quatre buts encaissés en 14 matches, c'est devenu une marque de fabrique : à Corinthians, les ballons perdus n'existent pas. Tous les ballons sont récupérables. Cette philosophie, Al Ahly l'a vue à l'œuvre lors de la demi-finale.

"Nous savons que la Coupe du Monde se joue sur deux matches. Il est évident que pour arriver en finale, il a fallu gagner le premier match. Maintenant, nous devons récupérer et retrouver notre agressivité le plus vite possible. C'est ce que l'entraîneur nous a demandé, et c'est ce que nous allons faire", affirme le milieu Ralf au micro de FIFA.com. "Nous avons appliqué notre méthode à la lettre en demi-finale, surtout en première période."

Supériorité numérique… apparente
Quand un des joueurs de marquage les plus intraitables du football brésilien, sinon le plus intraitable, parle de "récupérer", il ne veut pas dire que cela a échappé au contrôle de l'entraîneur ou de l'équipe. Car tout au long du deuxième semestre 2012, Tite a savamment dosé le temps de jeu de chacun de ces hommes afin qu'ils arrivent prêts pour une compétition disputée lors du dernier mois de la saison brésilienne. "L'idée a toujours été de préparer l'équipe pour ces deux matches. Nous avons été bons en première période, mais la deuxième aurait pu être meilleure. J'espère que nous réussirons à tenir sur ce rythme pendant les 90 minutes de la finale", explique à FIFA.com le défenseur Paulo André.

On remarquera que Ralf comme Paulo André parlent surtout de la première période contre Al Ahly pour illustrer ce qui fait le style de Corinthians. Et ils ne s'y trompent pas : pendant les 45 premières minutes, on a réellement eu l'impression que les Brésiliens étaient plus nombreux que les Égyptiens sur le terrain, ces derniers éprouvants souvent beaucoup de difficultés pour trouver un partenaire démarqué.

En deuxième période, avec un but d'avance, Corinthians a commencé à reculer, adoptant une stratégie plus attentiste, ce qui s'est traduit par une présence plus fréquente des champions d'Afrique aux abords de la surface brésilienne. "C'est normal. Quand vous menez au score, vous êtes un peu plus prudent pour ne pas concéder de but", poursuit Ralf.

Le plan de jeu corinthien s'appuie énormément sur le marquage et sur cette occupation du terrain qui déstabilise l'adversaire et permet des contre-attaques fulgurantes, en quelques passes rapides et précises.

Pour la finale contre les blues, quelques réglages seront peut-être faits, mais le Timão ne changera pas drastiquement de système. "Notre schéma de jeu est déjà défini. Ensuite, nous pouvons toujours faire quelques adaptations par rapport à l'adversaire, mais notre organisation de base reste le 4-2-3-1. Cela nous réussit et nous avons les moyens de rivaliser d'égal à égal avec Chelsea", analyse Paulo André.

Avec la présence massive de supporters corinthiens au Japon, les joueurs espèrent intimement que le stade international de Yokohama aura des allures de Pacaembu géant pour la finale. Les spectateurs japonais et anglais sont prévenus : lorsqu'une énorme clameur s'élève des rangs des supporters corinthiens, ce n'est pas forcément parce que le Timão a marqué. Il se peut tout simplement qu'un joueur de Corinthians soit en train de courir après un ballon qui n'est pas encore arrivé à destination.