A 32 ans, Mauro Matos n'a une voiture que depuis six ans. C'est son père qui la lui a achetée. Il jouait alors dans les petites divisions du football professionnel argentin, qu'il avait découvert à 24 ans, après de longues années dans les championnats régionaux amateurs de la province de Buenos Aires. Dans ces conditions, on mesure mieux l'émotion qu'il a pu ressentir dans les entrailles du Grand Stade de Marrakech. C'est lui, ce buteur forgé à la dure sur des terrains à l'engazonnement approximatif, qui a signé le but de la victoire de San Lorenzo de Almagro en demi-finale de la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA Maroc 2014.

"Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai pu penser à une situation comme celle que je suis en train de vivre", explique-t-il à FIFA.com, le visage coincé dans les mains pour éviter de pleurer. "Je me suis battu pendant toute ma vie pour vivre ce genre de choses et j'avoue que j'ai encore du mal à croire que je suis en train de disputer cette Coupe du Monde des Clubs, qui est ce qui se fait de mieux au monde au niveau des clubs. C'est le fruit de tous les sacrifices que j'ai pu faire, de tous mes entraînements, de mon humilité face au travail. C'est aussi un cadeau pour ma famille, qui ne m'a jamais laissé baisser les bras."

Comme lors de la finale aller de la Copa Libertadores au Paraguay face à Nacional, comme avec ses équipes précédentes - il a notamment offert à All Boys son retour dans l'élite argentine après 38 ans d'absence -, Matos a su marquer un but décisif devant le public marocain. San Lorenzo était le grand favori de la soirée, mais rien ne se passait comme prévu sur le terrain. Les joueurs ne se trouvaient pas et les Néo-Zélandais d'Auckland City avaient réussi à forcer la prolongation.

"On était très tendus. On savait qu'on avait les faveurs des pronostics, mais on devait le démontrer sur le terrain. Il y avait beaucoup de nervosité. C'était notre entrée en matière lors de cette Coupe du Monde des Clubs et on découvrait vraiment ce contexte. Jamais aucun joueur de l'équipe n'avait joué à ce niveau", explique-t-il, comme pour justifier l'image décevante laissée par son équipe. "C'est probablement pour ça qu'on n'a pas vu un bon spectacle, surtout en première mi-temps. C'était très difficile mais maintenant, c'est du passé. On est soulagés et on va prendre le temps de savourer cette qualification."

Sur le tard
La grosse frappe du gauche qu'il a décochée sans contrôle et qui a pris Tamati Williams au dépourvu à la 3ème minute de la prolongation a mis San Lorenzo sur les rails. Elle en dit long aussi sur sa force de caractère. Arrivé au Ciclón en début d'année, il n'était pas vraiment attendu comme un titulaire en puissance. Pourtant, il a bouclé la Libertadores parmi les meilleurs buteurs de l'équipe.

Ces derniers mois, il a perdu la bataille avec Martín Cauteruccio pour le poste d'attaquant de pointe. Au Maroc aussi, mais il a été lancé à la 77ème à la place d'Enzo Kalinski. Et chaque fois qu'on lui donne une chance, il la saisit. Une habitude qui lui aura permis de devenir footballeur professionnel malgré un parcours peu propice... "C'est au cours de ces matches disputés dans les petits championnats régionaux que j'ai appris à saisir les occasions. Le foot a fini par me sourire à un âge avancé et j'essaie d'en profiter à fond."

Ce 20 décembre, il aura une autre occasion, vraisemblablement unique : jouer une finale contre le Real Madrid. "Si ce n'est pas la meilleure équipe du monde, elle fait partie des deux meilleures, mais sur le terrain on sera 11 contre 11", annonce-t-il pour conclure. "Nous connaissons nos atouts et nous essaierons de jouer notre chance. Si eux portent des couleurs prestigieuses, nous, on aura le maillot de San Lorenzo sur le dos. Il n'y a rien de fait".