Le Groupe d’étude technique de la FIFA a publié, ce 6 mars, son rapport contenant ses principales conclusions et les statistiques détaillées de son analyse des huit matches de la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA, Japon 2016. Suite à cela, Marco van Basten, Directeur général pour le développement technique à la FIFA, s'est entretenu avec FIFA.com pour évoquer le style de jeu lors de ce tournoi. Il fait également part de ses impressions sur le rôle changeant des avants-centres et parle des tests réalisés au Japon avec les assistants arbitres vidéo (Video Assistant Referees, ou VAR).

Toutes les équipes à la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA ont essayé d'avoir un maximum de possession de balle et de construire leurs attaques depuis l'arrière. Ce style de jeu collectif est-il une coïncidence ou bien les équipes pratiquent-elles tout simplement un jeu plus offensif dans le football actuel ?
La plupart des équipes aiment construire à partir de leur ligne défensive, comme Barcelone le fait depuis un certain temps. De cette façon, vous contrôlez le ballon, vous progressez de l'arrière vers l'avant en vous appuyant sur une base technique et tactique, et c'est probablement le type de football que les gens préfèrent regarder. Dans le passé, il était probablement plus facile de balancer de longs ballons derrière la défense adverse. Il n'est pas toujours facile de partir de l'arrière. L'adversaire dispose de sa propre tactique pour contrecarrer ce style. S'il arrive à presser de façon organisée, la progression depuis l'arrière devient plus compliquée. C'est quelque chose que l'on voit beaucoup depuis une dizaine d'années, à tous les niveaux du football. Plus vos défenseurs sont à l'aise techniquement, plus vous essayez de repartir de l'arrière. L'avantage de ce style de jeu est de pouvoir adresser des passes plus faciles à réceptionner pour les joueurs techniques, qui se retrouvent alors dans de meilleures dispositions pour utiliser le ballon.

Voyez-vous d'autres évolutions majeures de cet ordre ?

Ce qu'on voit également plus aujourd'hui que par le passé, ce sont des équipes qui évoluent avec trois défenseurs au lieu de quatre. Cela vous permet d'avoir plus de joueurs en milieu de terrain et donc plus de solutions de passe quand vous repartez de l'arrière. Mais en même temps, cela peut être un peu plus dangereux. Avec une ligne de trois à l'arrière, le pressing est plus facile à faire pour l'adversaire et il peut donc devenir plus compliqué pour les défenseurs de trouver leurs coéquipiers du milieu de terrain.

Les Kashima Antlers sont devenus la première équipe asiatique à atteindre la finale de la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA. Quels ont été les principales caractéristiques de Kashima durant le tournoi ?
Nous avons vu une équipe très processionnelle, très expérimentée, particulièrement bien organisée défensivement et disciplinée sur le plan tactique. Les Antlers ont évolué à un très haut niveau, à tel point que le Real Madrid a eu du mal à se créer des occasions contre eux. Quand ils avaient la possession, les Japonais contre-attaquaient très vite et avec une grande habileté technique. La finale a été très intéressante à tous points de vue. On a assisté à un match très équilibré pendant les 90 premières minutes, avec cette égalité à 2:2 au bout du temps réglementaire. C'est un grand compliment pour le football asiatique, et en l'occurrence pour le football japonais. Je pense que les Kashima Antlers pourraient facilement jouer dans les plus grandes compétitions européennes.

Quel regard portez-vous sur le développement du football asiatique au cours des dernières années ?
La plupart des joueurs des Kashima Antlers sont Japonais. Par conséquent, le niveau de jeu très élevé pratiqué par cette équipe devrait se retrouver en équipe nationale. Actuellement, beaucoup de joueurs asiatiques évoluent dans des clubs européens. Cela aussi permet aux sélections nationales de continuer à progresser.

Les équipes ont eu l'opportunité de faire entrer un quatrième remplaçant en prolongation. Cela peut-il avoir une influence sur les choix tactiques de l'entraîneur et sur la façon de jouer des équipes dans les dernières minutes du temps réglementaire ?
Je pense que ce quatrième remplaçant en prolongation est une chose positive, car après 90 minutes, les joueurs sont éprouvés physiquement, et donc moins créatifs. Le match devient moins intéressant car on n'ose plus trop prendre l'initiative. Si vous faites entrer des joueurs frais, c'est bon pour la dynamique du jeu, et par conséquent pour le spectacle. Je pense qu'il est important que le spectacle proposé dans le stade et à la télévision soit intéressant du début à la fin. Sur le plan tactique, à mon avis cela ne change pas grand-chose et je ne pense pas que les entraîneurs utilisent cette possibilité d'une manière spéciale. Je vois ça plus comme une possibilité supplémentaire de remplacer un joueur blessé ou fatigué.

Vous avez joué avant-centre lors de votre carrière. En quoi le poste est-il différent aujourd'hui ?
Ce qu'on remarque aujourd'hui, c'est que le football devient un peu comme le handball. Vous avez d'un côté neuf défenseurs et un gardien, et de l'autre une équipe qui essaye de franchir ce mur, ce qui est très compliqué. Pour l'avant-centre, cela signifie qu'il n'y a quasiment plus d'espaces. La seule chose que vous pouvez encore faire, ce sont des une-deux ou des redoublements de passes très rapides. Mais il est devenu presque impossible de trouver une solution individuelle, par exemple en dribblant. On peut avoir deux points de vue sur cet état de fait : d'un côté, la situation de l'avant-centre est très difficile parce qu'il n'a pas d'espace, mais de l'autre on va peut-être faire plus d'efforts pour le mettre dans les meilleures dispositions possibles pour marquer, par exemple de la tête, ou sur une contre-attaque rapide avec des ballons en profondeur.

À votre avis, quelles sont les qualités nécessaires à un avant-centre dans le football moderne ?
Je pense qu'aujourd'hui, les avants-centres doivent faire preuve de beaucoup plus d'intelligence qu'avant. Ils doivent être à l'affût du court moment ou du minuscule espace dont ils vont disposer, mais qui va disparaître en une fraction de seconde. Ou alors, il faut être costaud physiquement. Lorsque vous avez un avant-centre imposant, qui est pour ses coéquipiers comme un point focal, alors il n'est pas évident pour un arrière de défendre contre un joueur comme ça. Personnellement, en tant qu'avant-centre, j'aimais bien aller sur les ailes. Cela créait des espaces pour d'autres joueurs. Dans le football moderne, c'est très difficile à faire. On voit Cristiano Ronaldo et Lionel Messi aller de gauche à droite, ou redescendre assez bas, pour forcer leurs adversaires à défendre en mouvement, ce qui est beaucoup plus difficile. Les défenseurs préfèrent évidemment des adversaires plus statiques.

À la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA, Japon 2016, nous avons assisté à l'utilisation, pour la première fois dans un tournoi de la FIFA, des arbitres assistants vidéos (Video Assistant Referees, ou VAR). Avez-vous trouvé cet essai concluant ?
Oui, je pense que ces tests ont été très satisfaisants. C'est bon pour le football et cela apporte beaucoup au match. Ça permet de supprimer les décisions incorrectes les plus préjudiciables à une rencontre de football. C'est notre objectif. Nous avons connu quelques moments difficiles à la Coupe du Monde des Clubs au Japon au niveau de la communication entre l'arbitre principal et les VAR. Il est clair qu'il faudra progresser sur ce point. Mais à part ça, il n'y a pas eu de grosse erreur, ce qui est positif. Certains aspects sont à améliorer. Par exemple, quand Cristiano marque son but contre le Club América, nous ne lui avons pas donné le temps de célébrer, parce qu'il a fallu consulter le VAR. Mais nous sommes tous très satisfaits. Je pense que grâce à cette technologie, les joueurs et le public vont pouvoir vivre les matches un peu plus sereinement, sans controverse, car nous savons qu'une décision prise par un VAR sera toujours correcte. Je suis convaincu qu'à l'avenir, ces tests avec le système des VAR vont être renouvelés.