Pascal Feindouno nous l'avouait avant le début de Ghana 2008, "la Guinée peut repartir avec le trophée". Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'hormis lors de cette défaite inaugurale face aux hôtes ghanéens (1:2), les hommes du Syli national n'ont pas fait mentir leur capitaine. Ils ont notamment renvoyé à la maison une place aussi forte que le Maroc (3:2). Et si la Guinée était la grosse cote de cette CAN 2008 ?

"Des huit équipes encore en lice, nous sommes clairement la plus petite", a déclaré le sélectionneur Robert Nouzaret, dans un entretien exclusif accordé à FIFA.com. "Même si nous sommes venus avec l'ambition de remporter cette CAN, sortir de notre poule a déjà été une tache difficile. Mais nous n'allons pas nous en contenter. Nous voulons remporter ce quart".

Pour ce faire, c'est une véritable montagne que les Guinéens devront renverser. Considérée par beaucoup comme la meilleure équipe d'Afrique du moment, la Côte d'Ivoire est avec le Ghana le favori numéro un de cette épreuve. En tout cas l'une des équipes les plus complètes. "Les Eléphants ne se limitent pas au seul Drogba. Et Didier, ce n'est pas seulement par son talent qu'il est important dans cette équipe. Son emprise psychologique sur le groupe est énorme. Ensuite, sur le plan du talent pur, si vous retirez Drogba il reste toujours Arouna Koné. Sans Arouna, il y a encore Baky Koné... J'en ai mal à la tête rien que de citer tous leurs excellents attaquants... (Rires)". Les conditions seront donc idéales pour tester le réel potentiel de cette Guinée.

Une méthode qui fait des miracles...
"Je suis absolument convaincu que si nous l'emportons, nous irons au bout. C'est le sens de mon discours dans la préparation de ce match. Il faudra que mes joueurs soient à 200% pour espérer quelque chose. Mais s'ils y parviennent, plus rien ne pourra les arrêter. Ils doivent prendre conscience qu'ils en sont capables. Je ne voulais pas leur dire trop tôt pour qu'ils ne jouent pas le match avant, dans leur tête. Mais depuis notre arrivée à Sekondi vendredi, je leur fais souvent une petite piqûre de rappel".

Il faut dire que si le groupe guinéen étonne par son excellente ambiance, il n'est pas toujours des plus évidents à gérer. Et le technicien français de nous expliquer sa recette. "Malgré quelques petits aléas, nous vivons bien ensemble. Il faut dire que depuis notre rassemblement en janvier dernier, c'est un travail permanent de créer cette esprit. De fédérer toutes les bonnes intentions dans un même but. C'est d'ailleurs pour cela que j'ai beaucoup fait tourner au premier tour. C'était ma manière de maintenir tout le monde concerné. Et je trouve que le groupe a répondu favorablement à mes choix".

"Pourtant, il faut rester vigilant presque 24 heures sur 24. Mais nous sommes quand même neuf blancs dans le staff, plus un Guinéen qui suit les joueurs partout. Il faut cette discipline pour les maintenir au top. Ils savent ce que le haut niveau requière, ils le vivent tous les jours dans leur club. Mais quand ils se retrouvent en sélection, ils ont tendance à vite l'oublier. Alors il faut trouver un certain équilibre pour ne pas non plus les écœurer. On les a lâchés deux fois depuis le début de la compétition".

Malgré tout, le Syli national est déjà retombé une fois dans ses travers. C'était face au Maroc, lors de cette décisive deuxième rencontre du premier tour. Lorsque le coach nous raconte cet épisode, on sent encore une pointe d'agacement dans sa voix.

"Je leur aurais tiré dans les pattes !"
"Sur ce premier but marocain, nous sommes encore en train de nous embrasser, d'applaudir les supporters sur la droite du terrain. Et l'action part de la gauche... Je ne comprends pas comment l'on peut tuer ainsi un adversaire (la Guinée venait de prendre deux buts d'avance à la 60ème minute de jeu, ndlr) et le remettre en selle sur l'action suivante ! J'aurais eu une mitraillette, j'aurais aligné tous mes joueurs pour leur tirer dans les pattes (Rires)".

Un trou d'air qu'il faudra absolument éviter ce dimanche. Pour Nouzaret, le quart de finale aura forcément une saveur particulière. L'émotion sera au rendez-vous puisqu'il s'agira pour lui d'affronter une équipe qu'il a entraînée de 1998 à 2000, puis de 2002 à 2004. "C'est avec beaucoup de fierté que j'aborde ces retrouvailles. Celle d'avoir lancé la majeure partie de ces joueurs. A contrario, je regrette un peu de ne pas en profiter... Mais mon départ a été un choix personnel et je l'assume. En tout cas j'ai énormément de respect pour cette équipe. Elle a le potentiel pour être bien plus que championne d'Afrique". Un titre dont le peuple de Conakry se satisferait bien volontiers...