La République tchèque et l'ancienne Tchécoslovaquie ont souvent brillé lors de l'Euro. En 1960, la seconde termine à la troisième place de l'édition française. En 1976, les Tchécoslovaques sont sacrés rois d'Europe en Yougoslavie. Quatre ans plus tard, ils terminent à nouveau sur la troisième marche du podium de l'Euro italien. Depuis la partition du pays, la République tchèque a déjà terminé à la deuxième place de l'Euro 1996 en Angleterre, avant de se hisser en demi-finales, il y a quatre ans, au Portugal.
Les hommes de Karel Brückner entendent bien évidemment profiter de la compétition austro-suisse pour se lancer sur les traces de leurs illustres prédécesseurs. Versés dans le groupe de la Suisse, de la Turquie, troisième de la Coupe du Monde de la FIFA 2002, et du Portugal, vice-champion d'Europe en titre, les Tchèques n'auront cependant pas la partie facile.
Au cours d'un entretien exclusif accordé à FIFA.com, le sélectionneur national évoque pour nous les futurs adversaires de la République tchèque, les joueurs clés au sein de son groupe et les favoris du tournoi.
En 2002, vous avez repris en main les destinées de la
sélection tchèque. Depuis, votre équipe n'a plus manqué un seul
grand rendez-vous international. Alors, êtes-vous le porte-bonheur
de la République tchèque ?
Non, je ne crois pas. Il n'est jamais facile de répondre
à ce genre de questions. Evidemment, nous avons beaucoup de mérite
d'avoir réussi à nous qualifier régulièrement pour de grandes
compétitions internationales, mais les résultats ne font pas tout.
On ne peut pas résumer le travail d'un sélectionneur à une
qualification ou à une élimination. Le succès, ce n'est pas
seulement faire un bon parcours à l'Euro ou en Coupe du Monde.
Derrière ces résultats se cachent une foule de petits détails,
voilà pourquoi il n'est jamais facile de désigner un
responsable. Je n'ai pas l'impression d'être à
l'origine de notre réussite actuelle. Le football est trop
complexe pour se résumer à cela.
En tant que sélectionneur, quel est le tournoi qui vous a
le plus marqué ? Lequel vous a laissé le plus de souvenirs
?
Avec le temps, les souvenirs s'effacent. En général, la
compétition la plus marquante, c'est celle qui vient de
s'achever. C'est sans doute le tournoi dont on se souvient
le mieux. Cependant, quand je me penche sur ma carrière, je suis
aujourd'hui capable de faire une différence entre les grands et
les petits succès. J'ai aussi appris de mes erreurs. Cela fait
partie du football de haut niveau. Après six ou sept ans à la tête
de l'équipe nationale, on finit par changer. Le fait de nous
être qualifiés pour toutes les grandes compétitions internationales
restera sans doute comme ma plus grande fierté.
Puisque vous évoquez le passé, quels sont les exploits qui
vous ont le plus marqué, à la tête de l'équipe nationale
?
Une fois de plus, nous parlons ici de résultats tangibles, de
succès comptables. Je vais donc revenir sur mes réponses
précédentes. Force est de constater que dans le football ou le
sport de haut niveau, les choses fonctionnent différemment de ce
que l'on voit dans la vie de tous les jours. Dans ce milieu,
j'ai eu la chance de côtoyer des personnes absolument
fantastiques. En marge des qualifications et des victoires,
j'ai vécu des moments exceptionnels qui ont beaucoup de valeur
à mes yeux. J'ai passé un nombre d'heures incalculable à
discuter avec des gens qui m'étaient très proches.
Parlez-nous un peu de la République tchèque. En 1976, la
Tchécoslovaquie était sacrée championne d'Europe. En 1996 et en
2004, votre pays a atteint la finale et les demi-finales du
tournoi. Auparavant, la sélection tchécoslovaque avait terminé
troisième en Italie. Vos compatriotes ont-ils un secret pour mieux
gérer cette compétition ?
Nos joueurs savent avant tout jouer au football. Nous
évoquons toujours cette notion de succès au sens de progression, de
qualification ou quelque chose d'approchant. Pour
l'instant, nous avons prouver tout au long des éliminatoires
que nous savions jouer au football. Je pense que nous allons encore
montrer de belles choses cet été. Nos joueurs ont déjà fait leurs
preuves. Les Tchèques ont un don inné pour le sport. Le football
est le sport collectif par excellence, qui réclame de grandes
qualités individuelles. Les footballeurs tchèques sont créatifs,
vifs et très forts techniquement. Mais il existe de grandes
différences entre des éliminatoires et un tournoi. Les premières
représentent un projet à long terme. Avec du temps, les qualités
techniques et collectives finissent toujours par faire la
différence. Dans un tournoi, c'est autre chose. Il y a une
dizaine ou une quinzaine de facteurs qui peuvent influer sur le
destin d'une équipe, quelle que soit sa valeur. Nous faisons
encore partie des meilleurs en Europe. Non seulement parce que nous
obtenons d'excellents résultats, mais aussi parce que nous
proposons un jeu de qualité. Néanmoins, je dois reconnaître
qu'il existe des équipes encore meilleures que la nôtre.
Quel sera votre objectif à l'Euro ?
Je ne vais pas vous mentir : notre but est de passer le
premier tour.
Où se situe l'équipe de République tchèque actuelle,
comparée à celle qui a disputé la Coupe du Monde de la FIFA,
Allemagne 2006 ?
Nous avons entrepris quelques changements au sein du groupe.
Notre style de jeu a évolué, ainsi que notre disposition sur le
terrain. Nous sommes devenus plus flexibles. Nous sommes désormais
en mesure d'évoluer tactiquement au fil de la rencontre. Je
pense que cette équipe possède une dimension supplémentaire, par
rapport à ses devancières.
Vous disposez de beaucoup de joueurs de qualité. Quels sont
les leaders au sein de votre groupe ?
Dans certains cas, on peut parler de joueurs de classe
mondiale. C'est certainement le cas pour de grands champions
comme Petr Cech, Tomas Rosicky ou encore Marek Jankulovski.
Néanmoins, les autres internationaux ne sont pas loin d'eux.
Nous pratiquons un jeu très collectif et il m'arrive souvent de
juger mes joueurs en me souciant davantage de l'intérêt de
l'équipe que de leur valeur individuelle. Il y a un autre
joueur d'exception que j'ai oublié de mentionner : Jan
Koller, qui a toujours davantage brillé en sélection qu'en
club. Mais je ne veux pas en dire trop à ce sujet. Ce groupe a
beaucoup de personnalité. Il s'appuie sur un sens de la
solidarité impressionnant.
Parlez-nous un peu de vos prochains adversaires. Avez-vous
suivi de près les résultats de la Suisse, de la Turquie et du
Portugal ?
Je me suis surtout intéressé à la Suisse, notre premier
adversaire dans ce tournoi. Il faut procéder avec méthode. Je
commence par l'équipe que nous allons rencontrer en premier,
puis j'étudierai nos autres rivaux. Je disposerai de quelques
jours pendant le tournoi pour étudier le jeu de la Turquie et du
Portugal. Je ne peux pas faire autrement, parce que nous avons
encore plusieurs matches amicaux à préparer et que je dois déjà
travailler sur la Suisse.
Vous devez tout de même bien avoir un avis sur les équipes
qui composent votre poule ?
La Suisse évoluera à domicile et nous serons les premiers à
l'affronter. Le fait de jouer devant son public constitue un
énorme avantage. Je n'ai pas l'intention de sous-estimer
les Suisses. Lorsque nous entrerons sur le terrain, nous serons
parfaitement préparés. J'ai suivi de près plusieurs de leurs
matches. Cette sélection manque peut-être d'individualités
marquantes, mais son collectif est parfaitement rôdé. Malgré son
manque de vécu au niveau international, cette équipe sera très
difficile à manœuvrer, car elle joue de façon très compacte et
s'appuie sur une défense solide. Je n'ai rien de très
intéressant à dire sur le Portugal. La liste de ses joueurs parle
d'elle-même ! Avec des footballeurs de cette qualité, cette
sélection a de quoi faire peur. Quant à la Turquie, elle n'a
rien d'un intrus à ce niveau de la compétition. Le football
turc traverse une période faste. La sélection s'appuie sur des
joueurs rapides et techniques. Ce sera un adversaire très compliqué
à gérer. Je crois que ce groupe est très intéressant. Je dis bien
intéressant, pas facile, difficile ou indécis. Tous nos adversaires
sont d'un très bon niveau et, personnellement, je serai ravi de
me mesurer à eux.
Quel est votre favori pour la victoire finale ?
Je ne sais pas ce qu'en pensent les autres, mais
l'Allemagne me fait forte impression. Depuis quelque temps,
cette équipe obtient d'excellents résultats. De son côté,
l'Italie sait gérer une compétition de ce type. Il ne faut pas
non plus écarter l'idée d'une surprise, à l'image de ce
que nous avions vécu avec la Grèce à l'Euro 2004. Je ne serais
pas surpris de retrouver à nouveau les Grecs parmi les meilleures
équipes du tournoi. La France est également très forte. En
principe, les meilleures équipes devraient terminer aux trois
premières places.
Savez-vous ce que vous ferez à l'issue de la
compétition ?
Je n'ai encore rien décidé et j'aborderai la question
avec l'esprit totalement ouvert. Pour l'instant, je
n'ai pas trop le temps de réfléchir à mon avenir
personnel.


