Clemens Fritz ne s'attendait sans doute pas à vivre une après-midi pareille. Fêté par toute la presse allemande comme l'un des héros de la victoire (2:0) de la Mannschaft sur la Pologne, le défenseur du Werder Brême a connu un retour sur terre plutôt brutal à l'occasion de la deuxième journée du Groupe B de l'Euro 2008. Après avoir réalisé l'un de ses meilleurs matches sous le maillot allemand, Fritz n'a rien pu faire pour prévenir le naufrage des hommes de Joachim Löw (1:2) face à une équipe de Croatie aussi inspirée qu'enthousiaste.
Où était donc passée cette Allemagne incisive et puissante qui avait montré de si belles choses contre la Pologne, quelques jours auparavant ? Jeudi, face aux ambitieux Croates, Fritz et ses coéquipiers ont montré un visage beaucoup moins séduisant. En fait, toute l'équipe fut à l'image du joueur du Werder, bien moins percutante dans les duels et extrêmement passive dans les phases défensives. "Nous nous sommes laissés endormir par les Croates. Nous n'avons aucune excuse", reconnaît l'homme aux 18 sélections au micro de FIFA.com.
L'Allemagne dominée
Après cet échec cuisant face à une équipe dont six joueurs
évoluent en Bundesliga, Fritz et ses partenaires refusent
d'éluder leurs responsabilités. "Il n'y a rien à dire,
nous n'étions tout simplement pas dans un bon jour", admet
le joueur du Werder, qui a débuté la partie au milieu de terrain,
comme contre la Pologne, avant d'occuper à nouveau le flanc
droit d'une défense à quatre éléments un peu plus tard dans le
match.
Le numéro 8 allemand ne le sait que trop bien, son équipe a eu toutes les peines du monde à trouver des espaces sur les ailes. Aligné dans un rôle de milieu défensif aux côtés de Torsten Frings, comme lors de la Coupe du Monde de la FIFA 2006, Michael Ballack n'a pas non plus réussi à peser sur la défense croate. Ces deux facteurs ont contribué à isoler encore davantage Miroslav Klose et Mario Gomez, qui se sont parfois sentis bien seuls à la pointe de l'attaque allemande. Pour battre une formation aussi talentueuse que la Croatie, les coups de génie d'un Lukas Podolski, encore une fois très à son avantage sur le flanc gauche, ne peuvent pas suffire.
"Nous devrons hisser notre niveau de
jeu"
L'attaquant du Bayern Munich a inscrit tous les buts de
son équipe depuis le début de l'Euro et occupe désormais la
tête du classement des buteurs, en compagnie de l'Espagnol
David Villa. Pourtant, l'ancien joueur de Cologne ne
demanderait sans doute pas mieux que de voir ses coéquipiers faire
preuve d'un peu plus d'efficacité dans le dernier geste.
"C'est évident, acquiesce Fritz. Nous devrons hisser notre
niveau de jeu contre l'Autriche si nous voulons aller plus loin
dans ce tournoi".
Toutefois, le défenseur international n'entend pas baisser les bras. Fritz se dit ainsi convaincu que l'Allemagne n'a pas encore joué sur sa vraie valeur depuis le début de la compétition. De ce point de vue, la défaite face aux Croates peut être considérée comme un rappel à l'ordre salvateur, à l'heure où d'autres échéances pointent déjà à l'horizon. En revanche, les Allemands se seraient bien passés de l'expulsion de Bastian Schweinsteiger, coupable d'un mavais geste en fin de partie. Le milieu de terrain du Bayern Munich devra purger au minimum un match de suspension et son absence face à l'Autriche pourrait peser lourd.
La versatilité croate
Lorsqu'elle est en pleine possession de ses moyens, la
Mannschaft reste une candidate au titre très sérieuse. A
condition de tirer les enseignements de cette défaite, l'équipe
de Joachim Löw peut revenir encore plus forte dans cette
compétition. Cette confrontation a également permis de constater
que la Croatie ne joue pas uniquement sur sa technique
exceptionnelle pour venir à bout de ses adversaires. En effet, les
Croates sont capables de passer très rapidement d'un 4-5-1 à un
4-3-3 très offensif, à peine le ballon récupéré. Comme lors du
quart de finale de France 1998 remporté 3:0, la Croatie était tout
simplement trop forte pour l'Allemagne aujourd'hui.
Fritz en est le premier conscient : "Les Croates ont une très bonne équipe et ils l'ont confirmé cette après-midi. Ce n'est pas pour rien qu'ils font partie des favoris pour le titre". Evidemment, un tel constat n'est pas pour plaire au défenseur allemand, visiblement très déçu. Sans doute aurait-il souhaité pouvoir en dire autant de lui-même et de son équipe...


