Adepte du profil bas, Juan Antonio Pizzi n'a rien perdu de sa modestie depuis qu'il est sélectionneur du Chili. Compte tenu des doutes qui ont accueilli sa nomination, il aurait pourtant beau jeu de pavoiser : sa Roja s'est non seulement offert la Copa América Centenario, six mois à peine après son arrivée sur le banc, mais elle figure également pour l'instant dans le club des qualifiés directs de la redoutable compétition préliminaire sud-américaine pour la Coupe du Monde de la FIFA, Russie 2018™.

Ses résultats sont d'autant plus remarquables qu'il a pris la tête d'une équipe forte de son premier sacre en Copa América et truffée de stars du calibre d'Alexis Sánchez, Arturo Vidal, Claudio Bravo et Gary Medel. Pizzi a su garder le cap et entretenir la motivation du groupe, tout en imprimant sa touche personnelle. La tâche n'avait rien d'une sinécure dans un milieu connu pour ses batailles d'ego.

Comment y est-il parvenu ? "Il faut s'appuyer sur la complicité des joueurs", confie l'Argentin de 48 ans lors d'un entretien exclusif avec FIFA.com. "À cet égard, j'ai la chance de travailler avec un groupe qui se connaît depuis longtemps. Les joueurs ont appris la discipline et à gérer les situations. Ils collaborent volontiers et acceptent de se laisser diriger par un entraîneur."

Pizzi connaît bien ses qualités et celles de son encadrement technique, mais il les expose sobrement : "Nous faisons les choses avec bon sens, dans la transparence et le respect. C'est une démarche que les joueurs apprécient, quels que soient leur talent, leur niveau ou leur statut en club, et qu'ils adoptent à leur tour. C'est ce que nous demandons lors de chaque regroupement, qu'il s'agisse d'entraînements, de convocations ou de championnats."

La Roja sera de nouveau mise à l'épreuve à l'occasion de la Coupe des Confédérations de la FIFA, Russie 2017, qu'elle disputera pour la première fois de son histoire. Elle a été versée dans le Groupe B, aux côtés de l'Allemagne, championne du monde, de l'Australie et du Cameroun. D'après Pizzi, le tournoi suscite des attentes "très élevées" chez les supporters, qui sont curieux de le découvrir et vont "le vivre comme une fête". Il nourrit des aspirations aussi fortes chez les joueurs et l'entraîneur lui-même, impatients de "se frotter à des équipes d'élite".

Cumul d'héritages
Pizzi ne se laisse pas obséder par l'ambition de mener la sélection chilienne à sa première victoire dans une compétition de la FIFA. Il ne compte même pas user de cet argument pour motiver ses troupes. "La motivation doit venir de soi, il est inutile de la forcer dans ce type de tournoi", estime-t-il. Fidèle à lui-même, le technicien évoque son objectif avec humilité : "Nous y allons pour gagner. Nous savons que ce sera difficile, mais nous entrons toujours sur le terrain en pleine confiance et avec l'espoir de l'emporter."

Si Pizzi prépare l'équipe dans cette optique, il est, pour l'instant, entièrement tourné vers la double journée de qualification pour la Coupe du Monde du mois de mars. Le Chili, en quatrième position, se rend en Argentine pour affronter une Albiceleste qui le marque à la culotte, avant de recevoir le Venezuela, déjà quasiment éliminé.

"Nous sommes dans le quatuor des qualifiés directs, mais nous devrons défendre notre place jusqu'au bout, comme les autres pays dans notre situation", insiste-il. "C'est pourquoi nous nous concentrons sur cette échéance. Nous aurons tout loisir ensuite de planifier le tournoi des champions. Le temps dira si notre travail paiera en Coupe des Confédérations et dans les qualifications pour la Coupe du Monde".

C'est précisément le temps qui permettra à Pizzi de construire l'héritage qu'il laissera au Chili et de se tailler une place de choix auprès des stratèges qui l'ont précédé et ont marqué le football andin de leur empreinte, à l'image de Marcelo Bielsa et Jorge Sampaoli. La question ne semble pas préoccuper Pizzi. "Je pense que les cycles antérieurs représentent un capital pour l'entraîneur qui prend les rênes d'une équipe", comment-t-il. "Marcelo, Claudio Borghi et Sampaoli ont apporté des choses à la sélection, dont je tire profit aujourd'hui."

"J'espère que le futur sélectionneur en fera de même avec mon travail et que les héritages de tous ses prédécesseurs se cumuleront, parce qu'ils enrichiront le football chilien. C'est tout ce qui intéresse les entraîneurs", conclut Pizzi en toute simplicité.