Si l’histoire ne retient que le nom des vainqueurs, Jessica Houara-D’Hommeaux pourra enfin se rassurer. En plus de dix ans d’une carrière passée par trois capitales du football - Marseille, Saint-Etienne, et Paris - et malgré près de 60 capes dans une équipe - la France - réputée sur la scène mondiale, elle n’avait décroché qu’un titre - la Coupe de France - en 2010.

Ce trophée a longtemps fait office de lot de consolation pour cette joueuse talentueuse et généreuse dans l’effort. Mais en un mois de mai, les choses ont radicalement changé. Entretien.

Le portrait de Jessica Houara

Jessica, vous avez quitté le PSG pour Lyon l’été dernier. Avec trois titres en poche cette année, on imagine facilement que c’est sans regret…
L’objectif en signant à l’Olympique lyonnais était de gagner des titres. On a gagné les trois compétitions dans lesquelles nous étions engagées, à savoir la Coupe de France, le championnat, et la Ligue des champions. Le contrat est plus que rempli. Je quittais un club avec lequel je n’avais gagné que la Coupe de France, en 2010. Je n’ai donc aucun regret, même si, j’en conviens, cela avait été un véritable déchirement de quitter Paris.

C’est un club dont vous étiez fan depuis toute petite…
Oui, en effet, cela a été d’autant plus dur. Si elle a été mûrement réfléchie, la décision a été très compliquée à prendre. Pour l’anecdote, ce n’est pas moi mais mon mari qui a envoyé le SMS actant mon choix. Je n’arrivais pas à le faire !

Cela faisait quelques années que vous couriez après un titre. Comment vit-on toutes ces années sans trophée ?
Je n’ai pas douté. J’étais dans un club qui grandissait petit à petit, qui avait de l’ambition, mais qui était encore jeune au niveau du football féminin. Gagner des titres n’a pas été l’objectif numéro 1, c’est venu ensuite. Ma carrière n’a été que progression. Après le Celtic Marseille et Saint-Etienne, Paris m’a permis de faire du football mon métier et d’intégrer l'équipe de France. Lyon et la réelle faim de titres sont venus après. Mais je reste convaincue que les grands titres ne font pas forcément les grands joueurs. Les trophées c’est bien, j’en sais maintenant quelque chose, mais se sentir bien dans un club, c’est autre chose. C’est une forme d’épanouissement professionnel différente. Regardez Francesco Totti !

Vous l’avez d’ailleurs rencontré récemment !
On a eu la chance de le rencontrer lorsque nous sommes allées à Saint-Tropez avec le Président Aulas pour fêter nos trois titres. On s’est retrouvés dans le même restaurant que lui. C’était la cerise sur le gâteau. C’est chouette de rencontrer des légendes de notre sport.

Par contre, en équipe de France, vous êtes toujours en quête d’un premier grand titre. Dans quel état d’esprit abordez-vous cet Euro ?
Avec beaucoup d’humilité. L’objectif est de faire mieux que nos dernières prestations, c’est à dire passer les quarts. A partir des demi-finales, on s’autorisera à rêver à autre chose.

Après le Tournoi Olympique raté l’été dernier, Philippe Bergeroo, votre ancien sélectionneur, insistait sur le fait que le problème était avant tout mental. Etes-vous d’accord avec cela ?
Je partage en partie son opinion. Force était de constater que dès qu’on se prenait un but, on était incapable de revenir dans la partie, voire même d’égaliser. On a le talent, ça ne fait pas de doute. Maintenant pour le haut niveau, cela ne suffit pas. Il y a une dimension mentale. Mais on travaille énormément là-dessus, en plus du travail tactique et technique.

Comment, précisément, cela se travaille-t-il ?
Cela passe par plein de petits exercices. Par exemple, à chaque déjeuner et dîner, nous avons l’obligation de s’asseoir à côté de quelqu’un de différent. Le but est d’apprendre à toutes nous connaître, à ne faire qu’un, à travailler en groupe. On privilégie l’esprit de cohésion. C’est ce qui est l’essence du sport collectif : batailler ensemble, s’entraider, se battre pour sa partenaire...

Cela porte-t-il déjà ses fruits ?
Je le crois ! On a pu le voir à la SheBelieves Cup en mars. Nous sommes revenues au score contre l’Angleterre alors que nous étions menées 1:0. On a même réussi à renverser la vapeur ! Je ne sais pas si on aurait pu faire ça il y a quelques années… C’est un bon début, mais il y a encore du chemin à faire. Il faudrait surtout réussir à faire de même, en cas de besoin, dans une grande compétition.

Avec cela, et vos trois trophées cette année, connaissez-vous désormais la recette du succès ?
C’est une recette compliquée ! Il y a tellement de filles qui ont remporté de titres en club et qui n’ont rien gagné avec leur équipe nationale. Je pense aux Lyonnaises mais aussi à plein d’autres. Le club et la sélection, ce sont vraiment deux mondes à part ! Mais ce serait formidable pour nous, et pour le football français, si on pouvait répercuter les bons résultats de l’OL à l’échelon au-dessus.

Vous avez tout gagné en club, il manque un titre en bleu…
Gagner la Coupe du Monde, en France, est mon rêve ultime. Mais remporter un titre, tout court, avec les Bleues suffirait à mon bonheur ! 

Le portrait de Jessica Houara