Le célèbre penalty de Johan Cruyff transformé en une-deux contre Helmond Sport en 1982 fait partie de la légende du football. Pourtant, la contribution de l’acteur-clé de cette action, l'ailier gauche Jesper Olsen, n’a pas été reconnue à sa juste valeur. "D’un côté, c’était génial qu’il me demande de faire ça", explique l’ancien international danois à FIFA.com. "Mais c’est moi qui ai dû faire le plus dur !".

"Les gens demandent toujours qui avait eu l’idée. Je réponds : 'D’après vous ?'", raconte-t-il plus de trois décennies plus tard. "J’avais 21 ans et Johan 37 quand il est revenu des États-Unis. Donc bien sûr, c’est lui qui avait eu l’idée. On en avait parlé au mois en de septembre cette année-là et on avait travaillé la situation quelquefois. Il y a eu des instants de flottement. Les gens se demandaient : 'Mais ils ont le droit de faire ça ?"

Pour un jeune joueur hypnotisé par le succès des légendaires équipes de l’Ajax Amsterdam dans les années 1970, jouer aux côtés de Cruyff relevait du rêve. "Même à son âge, il réalisait des choses incroyables à l’entraînement", se souvient Olsen. "Il faut l’avoir vu pour se rendre compte de quoi il était capable. La confiance qu’il avait en son jeu est comparable à celle qu’a eue Tiger Woods pendant très longtemps et à celle qui anime LeBron James. Ils sont incroyablement sûrs d’eux, c’est génial à voir."

Intouchable
Olsen a rejoint le club néerlandais en 1981 dans une équipe première à forte consonance danoise. "Il existait une réelle connexion entre les footballs danois et néerlandais, en particulier à l’Ajax", raconte Olsen, qui y a rejoint ses compatriotes Soren Lerby et Sten Ziegler, avant que Jan Molby ne les imite. "J’ai toujours admiré l’Ajax. Je connaissais bien tous les joueurs du club à l’époque et j’appréciais leur jeu fantastique." Les trophées n’ont pas tardé à venir. Après un titre d’Eredivisie en 1982, il a réussi le doublé un an plus tard avec une équipe comptant dans ses rangs des jeunes en plein devenir comme Frank Rijkaard et Marco van Basten.

Sa vitesse, sa technique et son petit gabarit, qui lui ont valu les surnoms d’Intouchable et de Puce, ont attiré l’attention de Manchester United. Quand il rejoint l’Angleterre en 1984, en pleine domination de Liverpool, le contraste avec les Pays-Bas est radical. "À l’époque, les infrastructures étaient très petites pour un grand club, par rapport à l’Ajax ou d’autres grand noms européens", se souvient-il. "C’était complètement différent des Pays-Bas en termes de style de jeu. Il a fallu s’adapter. À l’époque, le championnat anglais était très dur pour beaucoup de joueurs, mais c’était vraiment bien de jouer dans ce championnat."

À Manchester, Olsen a participé à l’un des grands moments du club dans les années 1980 : la Cup 1985, remportée au terme d’une victoire 1:0 face à Everton, lui qui avait grandi en suivant l'épreuve sur petit écran. "À cette époque-là, c’était extraordinaire, on partait une semaine avant le match, on s’amusait bien car c’était le dernier match de la saison", évoque-t-il. "La famille venait voir le match, il y avait une réception après. Cette tradition était fantastique."

La compétition la plus prestigieuse disputée par Olsen a été la Coupe du Monde de la FIFA, Mexique 1986™. Malgré son accession au dernier carré du Championnat d’Europe de l’UEFA 1984, le Danemark faisait figure d’outsider dans un groupe qu’il partageait avec l’Écosse, l’Uruguay et l’Allemagne de l’Ouest. "Nous avions fait une très belle compétition, nous n’avions perdu qu’aux tirs au but contre l’Espagne", se souvient Olsen à propos de l’Euro. "C’était notre première expérience dans une compétition de ce calibre, la première fois que nous partions ensemble pendant aussi longtemps. Mais le Mexique, c’était complètement différent."

Se cacher puis assumer
Les Danois ont effectué un séjour en Colombie pour s’habituer au climat et à l’altitude. Lorsqu’elle se présente à Nezahualcoyotl pour affronter l’Écosse d’Alex Ferguson, l’équipe est donc en parfaite condition. Vainqueurs 1:0 sans briller, les Nordiques vont monter en puissance par la suite, avec une retentissante victoire 6:1 face à l’Uruguay. "Cet après-midi-là, tout a été parfait", estime celui qui, entré en fin de match, a eu le plaisir de clôturer la marque. "C’était au-delà de nos espérances. La moindre petite occasion se transformait en but. Tous les joueurs n’ont pas la chance de pouvoir marquer en Coupe du Monde. Mais ce jour-là, nous avons été plusieurs à avoir cet honneur !"

Pratiquement assurés de leur qualification, les Danois jouent totalement libérés, comme en atteste leur victoire 2:0 face à l’Allemagne de l’Ouest. Olsen inscrira un penalty face à la RFA et à l’Espagne, mais la chance lui tournera le dos sur un incident que de nombreux supporters de l’époque associent à son nom. Après avoir reçu le ballon à droite sur une passe du gardien Lars Hogh, il manque sa passe en retrait et ouvre le chemin du but à Emilio Butragueño. Alors qu’ils menaient 1:0, les Danois s’inclinent 5:1, el Buitre signant au passage un quadruplé. "J’ai toujours rejeté la faute sur le gardien. Je referais exactement la même chose, tout simplement parce que j’avais vu et décidé ce que je devais faire. Ça fait partie du jeu", coupe-t-il. "Après quelques années, j’ai commencé à voir cela différemment. J’en plaisantais avec les gens, j’ajoutais une note positive à l’événement. Dans ces cas-là, on peut aussi se cacher, mais à bien des égards, cela rend beaucoup plus fort d’assumer. À l’époque, je ne savais pas trop comment gérer ça, mais après coup, j’estime que cela a été une expérience extraordinaire. D’un côté, c’était un désastre, mais de l’autre, c’était une expérience riche en enseignements."